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Des proches de victimes de meurtre en Outaouais déplorent l'aide insuffisante reçue après les crimes

Le Québec offre une aide limitée aux proches des victimes de meurtre et ne réussit pas à combler les besoins multiples des personnes en deuil.

Un texte de Pascale-Marie Dufour

Amélie Boisvenu

Le 20 avril 2014, la vie d'Amélie Boisvenu bascule. Angela DiStasio, sa belle-mère, qu'elle héberge depuis quelques semaines, est assassinée par un ex-conjoint violent. Le crime a lieu dans un logement du secteur d'Aylmer, où Amélie vit avec son amoureux - le fils de la victime et du meurtrier - et leur nouveau-né.

Le fils d'Angela DiStasio, travailleur autonome, s'absente du travail pendant cinq jours. Unique pourvoyeur de la famille, il ne peut se permettre une plus longue absence sans salaire.

Pas question pour le jeune couple de retourner vivre là où le meurtre a été commis. Impossible non plus de résilier le bail, auquel il reste deux mois de loyer à payer. La jeune famille trouve un refuge temporaire gratuit chez des proches, ce qui lui permet de verser le loyer restant au propriétaire du logement.

« Je n'ai pas rencontré personne en trois ans qui m'a dit : "Ben moi, je serais resté là-bas au lieu de payer 1 600 $ pour sortir et un camion de déménagement à 200 $" », a raconté Amélie Boisvenu.

Les enquêteurs du Service de police de Gatineau (SPVG) ont emporté des tiroirs de cuisine et des portes d'armoire tachés de sang. Le propriétaire réclame au jeune couple un dédommagement de plusieurs centaines de dollars pour ces pièces manquantes, requête qu'il a abandonnée par la suite.

Total des dépenses imprévues : environ 2 000 $ pour Amélie Boisvenu et son conjoint.

Les assurances, dans ce cas-ci, ne remboursent pas les victimes, parce que les tiroirs comme les portes existent encore et pourront éventuellement être remis aux locataires.

« Financièrement, c'était comme un choc. Les 2 000 $ de dépenses, ce n'était pas juste », a-t-elle poursuivi. « Ces 2 000 $-là, on aurait tellement pu le mettre ailleurs que de le gaspiller pour un événement qui n'était pas notre responsabilité ».

Aucun soutien psychologique

Alors que le fils d'Angela Distasio a eu droit à un soutien psychologique, Amélie, sa bru, n'en a pas eu, même si le meurtre a été commis chez elle, dans sa chambre.

Le soutien psychologique payé par Québec est limité aux enfants et aux parents d'une victime de meurtre.

« J'aurais dû plus pousser et contester pour avoir de l'aide psychologique », a-t-elle regretté. Mme Boisvenu estime qu'elle aurait voulu bénéficier de cette aide quelques années plus tard, y compris pendant le procès.

André de la Durantaye

Le 25 mai 2012, André de la Durantaye, père de famille, apprend à la radio qu'un triple meurtre est survenu dans la maison de ses beaux-parents. Son beau-père, Claude Lévesque, sa conjointe Louise Leboeuf et leur fille Anne-Katherine Powers ont été poignardés à mort.

L'épouse d'André, fille de Claude Lévesque, a eu droit à une aide psychologique, mais lui n'a pas pu en obtenir.

« Il n'y a pas juste les victimes, les proches des victimes directes, il y a plein de monde qui est affecté par ce genre de crime, c'est sûr que ça aurait pu être avantageux d'avoir recours à ces services-là », a-t-il réagi.

C'est André qui est désigné liquidateur testamentaire. Une tâche qu'il trouve lourde et stressante. La maison où ont eu lieu les trois crimes est abîmée par les enquêteurs. D'importants travaux sont exécutés avant de pouvoir mettre la maison en vente. Mais un an plus tard, il n'y a pas encore d'acheteur et les factures s'accumulent.

Une aide insuffisante

Il a fallu trois ans à Amélie Boisvenu et à son conjoint pour se remettre sur pied financièrement à la suite des dépenses imprévues causées par le meurtre de sa belle-mère.

André de la Durantaye a dû payer pour avoir accès à des conseillers juridiques pouvant l'aider à surmonter les nombreuses complications engendrées par le triple meurtre de sa belle-famille.

Il aurait souhaité avoir des congés spéciaux pour être présent en cour. Ces congés lui auraient permis de soutenir sa conjointe lors du procès du meurtrier et de l'annonce du verdict, des moments particulièrement éprouvants.

Appauvrissement des victimes

Les cas d'André de la Durantaye et d'Amélie Boisvenu ne sont pas isolés.

Selon l'Association des familles de proches assassinés ou disparus (AFPAD), les proches des victimes de meurtre s'appauvrissent souvent dans toutes les sphères de leur vie.

« C'est une détresse supplémentaire pour des gens déjà fortement ébranlés », a souligné la directrice générale de l'association, Nancy Roy.

« Si on est un proche des victimes dans la définition même de la loi, un parent, un frère, une soeur, un grand-père, là on est très peu indemnisé. C'est ce qui devrait être revu par la loi », a-t-elle expliqué. « On est indemnisé pour les frais funéraires et on reçoit 30 séances de psychothérapie à vie. C'est très peu, c'est moins de six mois à une fois par semaine ».

L'AFPAD se bat depuis des années pour que les personnes endeuillées reçoivent une aide à la hauteur de leurs besoins.

La ministre québécoise de la Justice, Stéphanie Vallée, a refusé de nous accorder une entrevue sur ce sujet.

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