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Des réfugiés syriens menacés d'expulsion à Aylmer

Le propriétaire d'un immeuble à logements situé à Aylmer menace des familles syriennes d'expulsion. Il affirme que certaines familles font du bruit et négligent les appartements.

Dans une lettre adressée à ses locataires syriens et dont Radio-Canada a obtenu copie, le propriétaire Devcore écrit qu'il compte ouvrir un dossier à la Régie du logement pour mettre fin au bail de certaines familles si la situation ne s'améliore pas.

En entrevue à Radio-Canada, le directeur général du Groupe Devcore, Stéphane Larabie, a expliqué que certaines familles laissaient « traîner des affaires dans les aires communes » et « faisaient cuire des frites au risque de mettre le feu au logement ».

L'entreprise compte refuser désormais toutes les familles de réfugiés syriens qui voudront s'établir dans le complexe.

Ali Arfa est bénévole auprès de réfugiés syriens. Il accompagne l'une des familles visées par la lettre au quotidien.

« Ils se sentent comme s'ils étaient en prison. Ils ont cinq enfants qui sont trop jeunes pour toutes ces restrictions. Ils ne peuvent pas jouer dehors, ils ne peuvent pas rester sur le balcon, ils ont beaucoup de difficultés avec l'administration », a expliqué M. Arfa.

De la discrimination, selon un avocat

Pour l'avocat Félix-Antoine Michaud, le comportement du propriétaire Devcore s'apparente à de la discrimination.

« Dans la lettre, il est écrit qu'ils vont cesser de louer des appartements à des familles. (...) C'est un acte discriminatoire. Dans la lettre, ils parlent aussi de familles syriennes. Une personne raisonnable peut en arriver à la conclusion qu'on ne veut pas louer à des familles syriennes et là, il y a une double discrimination, on discrimine sur la condition sociale - le fait d'être une famille -, et sur l'origine ethnique - le fait d'être syrien - », a expliqué l'avocat.

L'organisme Accueil Parrainage Outaouais affirme qu'il faut laisser du temps aux familles pour s'adapter.

« Il ne faut pas tomber dans le piège de la discrimination, des préjugés. Il ne faut pas juger tous les immigrants et toutes les communautés en regardant le comportement d'une seule famille » a souligné le directeur général d'Accueil Parrainage Outaouais, Bato Redzovic.

Le propriétaire se défend. « On voit qu’il n'y a pas de réception et qu'ils prennent ça un p'tit peu en riant. D'ailleurs, c'est la même politique que ce soit les familles syriennes ou que ce soit un Québécois. Nos règlements sont les mêmes pour l'ensemble de nos 700 locataires », a soutenu Stéphane Larabie.

Accueil Parrainage Outaouais espère réussir à convaincre Devcore de ne pas mettre sa menace à exécution. L'organisme compte rencontrer à nouveau le propriétaire la semaine prochaine pour faire le point.

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