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Des sénateurs opposés aux modifications de l’hymne national

Certains membres du Sénat sont déterminés à empêcher le Parlement de modifier les paroles de la version anglaise de l'Ô Canada pour que le texte représente autant les hommes que les femmes.

La sénatrice Joan Fraser, qui se décrit elle-même comme une « féministe convaincue », soutient que les modifications proposées sont grammaticalement incorrectes et qu'il s'agit d'une tentative erronée pour que l'hymne national reflète les « valeurs actuelles ».

L'ex-journaliste et rédactrice, nommée au Sénat par l'ex-premier ministre libéral Jean Chrétien en 1998, juge les amendements du projet de loi « maladroits et lourds ».

« Voici un bel exemple de ce qui se passe lorsque vous laissez les politiciens s'en mêler », a-t-elle expliqué au sujet du projet de loi C-210.

Le texte est maintenant rendu à sa dernière étape, soit à la troisième lecture au Sénat, en attente du vote final.

Ceux qui appuient la proposition, comme le député de Hull-Aylmer, Greg Fergus, souhaitent son adoption à temps pour les célébrations du 150e anniversaire de la Confédération canadienne, le 1er juillet.

Ce projet de loi a été piloté par Mauril Bélanger, décédé en août dernier de la maladie de Lou Gehrig. Le texte propose que les paroles « All thy sons command » soient modernisées et changées pour « All of us command ».

Ainsi, l'expression « sons » (fils en français) serait remplacée par « us » (nous), qui n'est pas genrée.

La Chambre des communes avait adopté le projet de loi, en juin 2016, avec l'appui des élus libéraux et néo-démocrates. La plupart des députés conservateurs s'y étaient opposés.

D'autres réticences au Sénat

De son côté, le sénateur conservateur de Nouvelle-Écosse Michael MacDonald qualifie le projet de loi C-210 de « bâclé ».

Selon lui, le texte ne devrait pas être adopté sous sa forme actuelle, estimant qu'il s'agit d'une « tentative d'aseptisation » d'un symbole national. De plus, la mesure n'a pas ou très peu reçu d'appui de la population.

« Si nous révisons tout constamment parce que ça a été écrit par une autre génération, nos symboles nationaux n'auront plus aucune valeur. Notre histoire ne signifierait plus rien et ce serait honteux de le faire », a-t-il lancé dans une entrevue à CBC.

La sénatrice Joan Fraser renchérit, estimant qu'il s'agirait « d'un dangereux précédent, si nous commençons à ajuster des paroles écrites il y a longtemps par un homme mort depuis. »

« Si nous sommes obnubilés par l'idée que nous devons en tout temps être modernes, nous perdons une partie de notre patrimoine », a-t-elle récemment déclaré dans un discours au Sénat.

« Ce n'est peut-être pas un héritage parfait - et je n'insinue pas qu'il l'est - mais c'est le nôtre. Il mérite le respect et l'acceptation pour ce qu'il est : imparfait, mais qui est le nôtre », a-t-elle poursuivi.

La sénatrice indépendante de l'Ontario Frances Lankin est quant à elle favorable au projet de loi.

« Cela rendrait notre hymne national plus inclusif », a-t-elle argumenté. « Bien qu'il s'agisse d'un petit changement, il pourrait avoir un effet majeur sur la façon dont la prochaine génération voit l'évolution de notre histoire. »

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