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Devenir mère après la crise du verglas : « Ça ressemblait à la fin du monde dehors »

Si l'arrivée d'un enfant est en général un souvenir impérissable, il l'a été encore plus pour Nathalie Martin : sa fille aînée a vu le jour juste après la crise du verglas. Sa fin de grossesse a été marquée par le stress et l'inquiétude, une situation qui a d'ailleurs des répercussions sur la santé de sa fille aujourd'hui âgée de 20 ans.

Un texte d’André Dalencour pour Les malins

Installée aujourd’hui dans la région de Gatineau, Nathalie Martin résidait à Montréal pendant la crise du Verglas.

En janvier 1998, alors tout juste âgée de 22 ans, elle était enceinte de sa première fille Laetitia et entrait dans son huitième mois de grossesse. Sa crise du verglas a commencé par un accident de voiture sur l’autoroute Décarie. Elle s’en rappelle comme si c’était hier.

« On était en pleine tempête. Donc gros accident, […] ma voiture est une perte totale, mais heureusement moi je n’ai rien », raconte-t-elle.

Rapidement, elle a obtenu son congé de l’hôpital et elle rentre se mettre au chaud chez elle, au coin des rues Sherbrooke et Frontenac. C’est là qu’elle apprend que la Rive-Sud où vivent ses parents est frappée par des pannes d’électricité. Sa mère prend alors la décision de venir chez elle.

C’est quand elle voit sa mère épuisée et à bout de souffle, après avoir passé plus de trois heures dans les transports en commun, qu’elle a réalisé l’ampleur de ce qui se passait.

« Ça ressemblait un peu à la fin du monde dehors », lâche-t-elle. Le soir même, Nathalie s’est à son tour retrouvée dans le noir.

Bye l’insouciance, bonjour le stress

Chez elle, il n’y avait rien du tout pour répondre à la situation. Pas de chandelles ou de gazinière d’appoint.

« Faut se remettre dans le contexte. J’ai 22 ans, je suis dans un appartement, je n’ai pas de poêle à bois ni de foyer, puis je ne suis pas vraiment équipé parce qu’à 22 ans on ne s’inquiète pas vraiment », explique-t-elle.

Comme à l’époque elle achetait ses aliments au jour le jour, il n’y avait pas non plus de réserve de nourriture dans son logement. Avec son conjoint de l’époque et sa mère, ils décident de sortir pour aller s’approvisionner au supermarché le plus proche.

D’habitude, les deux kilomètres de marche se font sans trop de problèmes. Pas cette fois.

« Je me souviens que le stress dans tout ça, c’était est-ce que je vais tomber en contraction parce que j’étais du dans la première semaine de février », souligne-t-elle. « Donc, c’était ça le stress. Parce que c’est le chaos dehors, je n’ai plus de voiture. Même des gens de la rive sud, de ma famille, ne peuvent même pas venir me chercher. »

La télévision ne fonctionne plus faute de courant et le téléphone est hors service. Il faut se rappeler aussi qu’à l’époque, les cellulaires sont rares.

L’angoisse : l’accouchement en plein chaos

Après deux jours sans électricité, son niveau de stress a augmenté d’un cran quand elle a eu vent des rumeurs provenant de l’hôpital où elle devait enfanter.

« Ce que moi j’entendais, c’est qu’il y avait des femmes qui accouchaient, se faisaient faire des césariennes sous des lumières d’urgence. Ce n’était pas drôle à entendre », se remémore-t-elle.

Par la fenêtre qui donne sur le parc en face de chez elle, Nathalie observe l’étendue des dégâts causés par Dame nature. L’angoisse se fait encore plus forte : si son travail commence, personne ne pourra voler à son secours.

« Il n’y avait pas d’ambulance qui pouvait se rendre directement en face de chez moi », glisse Nathalie. « Il aurait fallu que je me déplace probablement. »

Au total, elle a été privée d’électricité pendant approximativement cinq jours. La nuit, elle dormait avec son chien, plusieurs couvertures et des chandelles allumées pour se tenir au chaud.

« On restait là, parce que ce qu’on entendait qu’à Montréal on allait être les premiers rétablis dans le coin ou on était, […] mais ce n’était pas le cas », se rend-elle compte avec le recul. « Et on ne pouvait pas aller à l’hôtel parce que j’avais un gros chien et je ne voulais pas le laisser tout seul dans l’appartement. »

Les conséquences du stress

Finalement, Nathalie a accouché le 18 février, soit quelques semaines après la fin de la crise.

À l’évocation des études sur l’effet du stress chez les femmes qui sont devenues mère lors de la crise du verglas, elle acquiesce - sa fille a des problèmes d’anxiété et souffre d’un diabète de type 1 - mais se montre nuancée.

« Moi je crois effectivement que subir des gros stress lorsque t’es enceinte, ça affecte ton bébé », admet-elle. « C’est sûr que ce sont des petites choses qui me passent par la tête, mais en même temps, je suis qui moi pour dire que c’est certain [la crise du verglas] a eu un effet, parce qu’il y aussi d’autres circonstances de la vie, d’autres choses. »

Elle estime qu’il faudrait faire des analyses génétiques sur sa fille pour savoir si son ADN porte la signature distinctive détectée chez des enfants nés après la crise.

Une chose est sûre néanmoins : cette expérience l’a marquée à tout jamais. La jeune femme naïve et insouciante a appris à devenir plus prévoyante. Par exemple, en achetant des propriétés où il y avait des foyers.

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