Retour

Distance, dépression, jambe cassée, rien n'arrêtera Geneviève L'Abbé

Pour certains jeunes athlètes, la vie n'est pas compliquée. Ils habitent une grande ville, où l'on retrouve toutes les ressources pour la pratique de leur sport. Ils ont des parents qui les transportent du point A au point B pour leurs entraînements ou leurs compétitions. Leur seul défi? Se surpasser. Genevieve L'Abbé n'est pas une de ces athlètes.

Un texte de Patrick Henri

Au premier jour de la deuxième semaine des Jeux du Canada à Winnipeg, la kayakiste Genevieve L’Abbé de l’Ontario a remporté, avec sa coéquipière Lexy Vincent, la médaille d’or au 1000 m en K2.

La route vers l’or a été longue et remplie de défi pour l’athlète de 19 ans.

Née à Cold Lake en Alberta, Geneviève L’abbé a vécu au Nunavut et à Edmonton avant que sa famille décide de s’établir à Sydenham, un village près de Kingston en Ontario. C’est là, à 12 ans, qu’elle s’initie à la pratique du canoë-kayak.

C’est avec un grand sourire et plusieurs éclats de rire qu’elle raconte son parcours.

Premier défi : la distance

Dès les premiers coups de pagaies de Geneviève, on remarque son talent. Rapidement, on lui propose de se rendre à Ottawa, où elle pourra être prise en main par une équipe d’entraîneurs chevronnés.

Elle n’a que 14 ans quand elle quitte sa famille une première fois pour s’installer dans la capitale nationale pour l’été.

À l’automne, elle revient à la maison, mais n’a pas la chance de s’entraîner à la même fréquence que ses coéquipiers d’Ottawa. Elle se joint aux clubs d’aviron, de natation et d’athlétisme de son école, afin d’être aussi active que possible.

Quand la saison débute, l’écart se creuse entre Geneviève et les autres membres de l’équipe, restés à Ottawa. Malgré ses efforts, il est évident que Geneviève n’a pu maintenir le rythme.

Comme son rêve est de faire de la compétition de haut niveau, en février 2015 elle prend la difficile décision de quitter famille et amis pour s’établir définitivement à Ottawa.

Deuxième défi : Championnats du monde junior 2015

Maintenant qu’elle peut se consacrer à son sport, Geneviève connaît du succès. Lors des qualifications pour l’équipe nationale junior en 2015, elle se classe cinquième et pourra représenter le Canada aux Championnats du monde de canoë-kayak, à Montemor-O-Velho, au Portugal.

Pour s’y rendre, elle doit payer 4500 $. Avec sa mère, elle décide d’organiser une campagne de sociofinancement sur le site Go Fund Me.

Elle promet alors aux éventuels donateurs de ne pas les décevoir.

Elle ne prend part qu’à une seule course, le K2 500m. À un mètre de l’arrivée, le kayak qu’elle partage avec Anna Negulic se renverse.

Les semaines qui ont suivies ont été très difficiles pour Geneviève. Elle se sentait responsable d’avoir laissé tomber sa partenaire, son équipe, son pays et surtout, tous ceux qui ont contribué à sa campagne de sociofinancement.

Après quelques mauvaises courses, elle est au bout du rouleau. Déprimée, elle perd toute sa confiance en elle et décide de prendre un mois de repos.

À la suite de plusieurs rencontres avec un psychologue sportif, elle recommence l’entraînement.

Troisième défi : une jambe cassée

En février, elle participe à un camp de performance avec l’équipe du Québec en Floride. Alors qu’elle retourne à son hôtel, celle qui voyage toujours en vélo quand elle n’est pas sur l’eau, se fait happer par une voiture.

La fracture est juste au-dessus du genou, impossible de mettre un plâtre. Le seul remède est le temps. Incapable de connaître de bonnes performances la saison suivante, elle perd son financement d’athlète et doit tout recommencer.

Quatrième défi : les études

En plus de devoir mettre les bouchées doubles à l’entraînement, pour remonter vers le sommet, Geneviève amorce en septembre 2016 des études en ingénierie à l’Université Carleton d’Ottawa.

C’est un programme très difficile et comme le canoë-kayak n’est pas un sport universitaire, elle doit jongler afin de rater le moins d’entraînements possible.

Aucun cours n’est offert en ligne et parce qu’elle a reçu une bourse reliée à ses performances scolaires, elle doit maintenir de bons résultats.

Attention, il va pleuvoir

C’est en avril 2017 qu’elle a senti que tout était rentré dans l’ordre. Elle se sent bien et commence à obtenir de bonnes performances.

Sa jambe lui fait parfois mal, mais elle a appris à vivre avec la douleur.

Aux Jeux du Canada, elle prendra part à trois différentes épreuves. Après avoir goûté à l’or en K2, Geneviève L’Abbé espère répéter l’exploit lors de ses deux autres courses, cette fois en K4. C’est un bon défi, mais elle en a vu d’autres...

Plus d'articles

Commentaires