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Dossier du « père grand-père » : une victime déplore l'attitude de la SQ

L'une des filles du « père grand-père » incestueux Jacques Roger Lesage affirme avoir été laissée à elle-même par les policiers de la Sûreté du Québec (SQ), alors qu'elle s'apprêtait à dénoncer son père.

Lucie Lesage a été agressée sexuellement par son père dès l'âge de 7 ou 8 ans. Il y a trois ans, un soir de novembre 2014, elle a trouvé la force de briser le silence, après trois décennies de sévices sexuels. Elle s'est rendue au poste de la SQ à Gatineau pour porter plainte.

« Une fois rendue sur place, c'était le soir, j'ai sonné à un intercom », a raconté Mme Lesage. « J'ai demandé à rencontrer un policier pour dénoncer une agression sexuelle. Ils m'ont dit qu'ils ne faisaient pas ça et qu'il fallait que je me rende au poste de police où j'habitais. J'ai dit que j'habitais à Val-des-Monts. On m'a dit de me rendre au poste de la MRC des Collines. »

La conversation s'est passée à travers un intercom, sur le mur. C'était juste une voix.

Lucie Lesage

« J'ai trouvé ça difficile. Dénoncer des abus sexuels, ce n'est pas évident et là tu te rends dans un lieu où tu penses qu'on va t'accueillir pour te guider et tu parles à une espèce de micro », a-t-elle confié à Radio-Canada.

Mme Lesage déplore qu'aucun policier de la SQ n'ait pris le temps de la rencontrer en personne et qu'elle ait dû se rendre à un autre poste de police. Elle affirme qu'elle a failli renoncer à porter plainte.

J'ai trouvé ça très froid. [...] Je trouve ça pas humain.

Lucie Lesage

Un accueil qui fait toute la différence

Une fois au quartier général de la Sécurité publique de la MRC des Collines-de-l'Outaouais, Lucie Lesage a demandé à voir un policier. On lui a ouvert la porte immédiatement. À l'accueil, elle a été dirigée vers une enquêteuse, qui l'a invitée dans son bureau.

Mme Lesage a balbutié quelques phrases; elle a expliqué qu'elle était incapable de s'exprimer. Elle s'est écroulée. Sa soeur Sylvie Lesage, qui l'accompagnait, l'a aidée. Par la suite, Lucie Lesage a pu rédiger sa plainte.

Le lendemain, l'enquêteuse l'a rappelée. Lucie Lesage souligne que le processus a été très humain et que les enquêteurs ont pris le temps de la rassurer.

Une autre soeur, Nathalie Lesage, a elle aussi porté plainte contre leur père après avoir entendu l'annonce de son arrestation à la radio. Elle est allée aussitôt rencontrer l'enquêteuse affectée au dossier.

Si la police lui avait tourné le dos à ce moment-là, Nathalie Lesage n'aurait peut-être jamais porté plainte.

« Dans mon cas, je crois que si j'avais dû attendre 24 heures je ne l'aurais pas fait », a-t-elle déclaré à Radio-Canada.

Un cas loin d'être isolé

Selon la directrice générale du Centre d'aide aux victimes d'actes criminels de l'Outaouais (CAVAC), Kathleen Dufour, l'histoire de Lucie Lesage n'est pas un cas isolé.

« Nous sommes au fait de certaines expériences négatives de la part victimes qui se rendent au poste de police pour dénoncer, porter plainte », a expliqué Mme Dufour. « Mais je dirais que depuis quelques années, ce sont des cas qui sont de moins en moins nombreux. »

La Sûreté du Québec a annoncé qu'elle commenterait le dossier mardi.

D'après les informations de Pascale-Marie Dufour

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