Retour

DOSSIER SPÉCIAL - Gangs de rue d'Ottawa : mieux organisés et encore plus violents

Certains sont de petits voleurs à peine sortis de l'adolescence. D'autres, des criminels de carrière, qui dirigent des réseaux bien établis et très rentables dans la région. Pour bien comprendre le phénomène des gangs de rue, ICI Ottawa-Gatineau a recueilli les témoignages de différentes sources policières locales. Voici une plongée dans cet univers méconnu.

Une analyse de Guillaume Dumont

Selon nos sources policières, environ 435 membres et associés de gangs de rue sont répartis dans 15 groupes plus ou moins organisés, lesquels se séparent le territoire d'Ottawa.

Le nombre de membres et de groupes varie selon les entrées et les sorties de prison.

D'après nos informations, les activités vont du trafic de drogue au vol, en passant par le proxénétisme et, dans une moindre mesure, le trafic d'armes.

Les drogues restent les plus payantes

D'après nos informations, le trafic de cocaïne, principalement sous forme de crack, demeure la principale source de revenus des gangs de rue à Ottawa.

La vente de crack au détail peut rapporter jusqu'à 5000 $ par semaine à un vendeur, qui travaille dans certains quartiers chauds de la capitale nationale.

D'autres drogues, comme le fentanyl et la méthamphétamine en cristaux (ou « crystal meth ») sont cependant de plus en plus populaires chez les gangs de rue, en raison des marges de profit encore plus importantes qu'elles génèrent.

Depuis quelques années cependant, nos sources policières observent un nouveau scénario quant à la provenance de la drogue.

Alors que par le passé les gangs de rue s'approvisionnaient principalement chez des groupes du crime organisé mieux établis - comme les motards - ils ont désormais de plus en plus recours à leurs propres réseaux d'importation.

Selon nos sources, les gangs recrutent des « mules » - pour transporter la drogue - et importent de plus petites quantités directement des pays producteurs de cocaïne, en Amérique du Sud, aux Caraïbes ou aux États-Unis. Cette façon de procéder leur permet de maximiser les profits.

Ce sont les membres plus âgés des gangs de rue, dont certains ont atteint la quarantaine, qui dirigeraient ces importations et qui superviseraient la vente dans la rue à l'aide de gangsters plus jeunes, d'après nos informations.

Des gangs de rue fragiles qui implosent

Alors que les gangs de rue à Ottawa étaient divisés principalement en deux grandes familles ennemies, les Bloods et les Crips, nos sources affirment maintenant que le portrait a changé.

Des conflits auraient éclaté à l'interne entre des sous-groupes d'une même famille, notamment chez les Crips.

Les alliances « familiales » et les opportunités d'affaires seraient désormais plus importantes que les couleurs et les groupes d'appartenance.

De nombreux gangs plus ou moins organisés restent cependant actifs, principalement dans le sud d'Ottawa, le sud-est, Vanier et certains quartiers de l'ouest de la ville.

Les groupes d'allégeance Bloods se concentrent particulièrement autour du quartier Vanier, de l'avenue Bayshore, du croissant Woodridge, de la rue Ritchie et du croissant Ramsey. Les Crips sont quant à eux surtout basés autour de Ledbury-Banff, de Cedarwood et de la route Russell.

La plupart des groupes tirent d'ailleurs leurs origines et leurs noms de logements sociaux où leurs membres habitaient ou habitent toujours.

En 2016, Ottawa a inscrit un nouveau record de 54 fusillades - et l'année n'est pas terminée. Le record précédent était de 49, en 2014. Un peu moins de la moitié de ces fusillades (25) sont liées aux gangs de rue, selon la police.

En superposant la carte des lieux d'origine des gangs de rue et celle des fusillades, on remarque que de nombreux tirs ont eu lieu près des repaires des gangs.

Les territoires à Ottawa ne sont cependant pas aussi définis que dans d'autres villes - pensons à Montréal et Toronto. Ici, les groupes n'hésitent pas à brasser des affaires loin de leur quartier d'origine, comme dans le marché By, ce qui donne parfois lieu à des affrontements pour la possession temporaire d'un coin de rue, selon nos sources.

Ottawa reçoit aussi souvent des gangs de rue venus d'autres villes, comme les Crack Down Posse, qui viennent vendre de la drogue dans la capitale, tout en étant basés à Montréal ou à Toronto.

D'après nos informations, Gatineau connaît le même phénomène.

Plus encore, des membres de gangs de rue originaires d'Ottawa ont démarré des groupes qui portent leurs noms dans l'Ouest canadien, notamment à Calgary et à Edmonton, pour tirer profit de ces marchés.

De plus en plus d'armes à feu en circulation

D'après nos sources, il est devenu presque inévitable pour les membres de gangs de rue d'Ottawa de posséder ou d'avoir accès à des armes à feu.

Comme cet accès n'est pas aussi facile qu'à Toronto ou à Montréal, les membres d'un même gang partagent souvent une seule et même arme, dissimulée dans une cache, selon nos sources.

Auparavant, les policiers remarquaient surtout l'utilisation d'armes de chasse ou des « Saturday night special » - des armes à feu de mauvaise qualité et peu coûteuses destinées à servir une seule fois. Les gangs de rue seraient désormais en possession d'un arsenal de bien meilleure qualité.

De nombreux revolvers et armes automatiques seraient ainsi importés des États-Unis et revendus plusieurs fois leur prix d'origine dans les rues de la capitale.

Certains gangs d'Ottawa se spécialiseraient même dans la vente et la location d'armes à feu.

Les jeunes : un maillon essentiel

L'âge moyen des membres des gangs de rue est d'environ 23 ans. Mais selon les chiffres de la police d'Ottawa, leur premier contact « négatif » avec les forces de l'ordre survient presque toujours durant l'adolescence.

Ainsi, presque un quart des futurs membres de gangs de rue ont eu un premier contact avec les policiers à 12 ans ou moins.

Selon nos sources, les jeunes sont recrutés pour différentes raisons, notamment parce qu'en cas d'arrestation, ils risquent des peines beaucoup moins sévères que les adultes.

Leurs aînés les utilisent notamment pour transporter la drogue et pour commettre des infractions moins risquées, comme des vols.

En perpétrant ces crimes, les jeunes se font promettre d'obtenir le droit de porter les couleurs de l'organisation ou d'arborer les tatouages du gang.

Une fois accrédité officiellement, il est cependant difficile de s'en sortir. C'est ce que vous verrez lundi, dans notre reportage sur un ancien membre de gang de rue.

Plus d'articles

Vidéo du jour


L’amour selon le zodiaque