La Commission de la capitale nationale (CCN) avait deux beaux prétendants pour emménager sur ses plaines LeBreton. Elle vient d'en choisir un, tout en disant à l'autre prétendant de patienter un peu... juste au cas où ça ne marcherait pas avec le favori dans un an ou deux. Je ne connais pas beaucoup d'amoureux qui accepteraient ce genre d'arrangement! Évidemment, on ne parle pas d'amour, mais de relations d'affaires. Ce n'est pas pareil, sauf que...

Personne n'aime être le « plan B », « le-perdant-qui-avait-tout-pour-gagner-mais-qui-na-pas-gagné-quand-même ». Pas étonnant de voir que l'équipe - qui avait mis tant d'énergie, de ressources et d'argent dans la préparation d'un projet de réaménagement aussi spectaculaire aux yeux de plusieurs - ressente de la frustration devant son échec à convaincre le comité d'évaluation de la CCN.

Plusieurs ont été surpris de voir la proposition de DCDLS perdre devant le projet plus conservateur, de RendezVous LeBreton, lequel mise principalement sur le développement immobilier, la création de quartiers et la construction d'un aréna pour les Sénateurs. Des valeurs sûres, a déclaré la CCN, qui ont déjà fait leurs preuves.

Certains pourraient débattre du génie d'ajouter 4400 unités de condos au centre-ville d'Ottawa où on prévoit en construire des centaines d'autres... Mais il faut voir les choses à long terme, sur une perspective de 15, 20, 30 ans.

Devcore Canderel DLS (DCDLS) proposait de son côté un aquarium, un Musée de l'auto, un parc de rouli roulant gigantesque, une soufflerie pour imiter le saut en chute libre... Une proposition certainement plus excitante, propre à injecter un peu plus de « fun » à Ottawa.

La présentation vidéo et les rendus d'architectes du groupe étaient d'ailleurs tellement plus spectaculaires que ceux de leur adversaire, qu'ils montraient clairement sur quoi misait le groupe : en mettre plein la vue, inspirer, faire rêver.

Sauf qu'on ne juge pas des propositions pour le développement d'un terrain si important que sur la base de vidéos promotionnelles et de beaux dessins d'architectes.

Le comité d'évaluation de la CCN n'a pas été convaincu par le plan d'affaire de toutes ces belles attractions proposées par DCDLS. Pourquoi un Musée de l'auto à Ottawa, a noté le comité? Un tel musée à Windsor à la limite, aurait eu une justification et un intérêt historique. Mais à Ottawa, pourquoi?

Toutefois, les derniers qui devraient être surpris ou choqués par le processus sont les gens de Devcore Canderel DLS eux-mêmes. Pendant 18 mois, ils ont versé de gros salaires à des gens très compétents pour scruter à la loupe la longue liste de critères imposés par la CCN, afin de tirer profit au maximum de ces règles et soumettre le meilleur projet possible.

Ils savaient dès le début qu'il y avait un risque de perdre! Ils savaient mieux que tout autre que même en perdant, ils demeuraient le « plan B » de la CCN, au cas où les négociations avec le « plan A » aboutissent à un échec.

Oubli mon aquarium, chérie!

Daniel Peritz, un des hauts dirigeants de Canderel et porte-parole du groupe DCDLS, a raison cependant de souligner deux choses : le groupe RendezVous LeBreton de M. Melnyk ne devrait pas avoir le droit de solliciter les partenaires mis de l'avant par Devcore dans ses négociations avec la CCN. Pas le droit de venir voler son projet d'aquarium ou de Musée, par exemple.

Pour reprendre l'analogie amoureuse: est-ce qu'un prétendant déchu accepterait facilement de se laisser pîquer son aquarium de poissons exotiques ou sa Bugatti d'époque, sous prétexte que la Belle préfère ces éléments? Le « plan B » ne peut devenir le buffet à volonté du « plan A ». Comme le dit M. Peritz de DCDLS, cela remettrait en question tout le processus de sélection et de concurrence entre les deux promoteurs.

Un processus complexe

Le processus de sélection de la CCN est difficile à comprendre, difficile à suivre. D'une part, l'agence donne l'impression de choisir un promoteur, tout en lui disant qu'il n'est pas vraiment encore choisi. Et à l'autre promoteur, on suggère qu'il n'est pas vraiment perdant, même s'il n'a pas gagné le droit de négocier... Comme si la CCN tentait de garder l'intérêt de deux fiancés en même temps...

On comprend que la CCN veuille garder toutes ses options ouvertes et minimiser les risques. La CCN a toutefois repoussé d'un an l'échéance pour la fin prévue des négociations : de début 2017, elle estime maintenant que l'annonce du promoteur retenu serait faite en 2017-2018!

Perdre l'intérêt de tout le monde

Mais qu'arrivera-t-il d'ici là, si la CCN s'aperçoit que M. Melnyk et ses partenaires n'ont pas les reins assez solides pour livrer la marchandise? Est-ce Devcore Canderel DLS sera encore là dans son coin, dans un an ou deux ans, et toujours intéressé, avec tous ses partenaires, prêts à prendre la relève? À dire « oui, je le veux »? Difficile à dire...

Le pire qui puisse arriver pour les plaines LeBreton, c'est que la CCN, charmée encore par les belles promesses de beaux prétendants, se retrouve toute seule encore avec rien. C'est pourtant ce qui est arrivé Ô combien de fois au cours des 50 dernières années sur les plaines LeBreton.

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