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Dyane Adam : « C'est au tour du centre sud-ouest de se créer sur le plan universitaire »

Dans une entrevue avec Marjorie April, animatrice de l'émission matinale Y'a pas deux matins pareils, la présidente du conseil de planification de l'Université de langue française en Ontario, Dyane Adam, revient sur le processus de rédaction du rapport et explique sa vision d'une Université franco-ontarienne en plein coeur de Toronto.

Cette entrevue s'est déroulée dans le cadre d'un déjeuner du Club canadien où Mme Adam était conférencière.

1- Lors de votre conférence au Club canadien, vous avez dit que ce rapport sur l’Université de langue française vous avait fait « sacrer ». Qu’est-ce qui a été le plus difficile pour préparer ce rapport?

Le plus difficile a été de me confronter à nouveau à la bureaucratie : c’est tout un monde! Le conseil ne faisait pas partie du gouvernement, mais il était nommé par décret ministériel. Les processus de requête étaient longs.

J'avais aussi besoin de compétences autres que celles de mon équipe. Il fallait donc embaucher des gens, mais là, on se retrouvait devant toutes les limites d’embauche au sein du gouvernement provincial, comme des appels d’offres, etc. C'est cela qui m’a fait sacrer, parce qu'évidemment, j’étais vraiment poussée par le temps [un délai de six mois].

On a travaillé très étroitement avec le ministère pour rendre notre mandat possible. Mais en ce qui concerne le contenu, le contrôle de nos processus, qui on a rencontré, comment on l'a fait, tout ça était à la discrétion du conseil.

2- Votre rapport a été plutôt bien accueilli par une majorité de personnes. En revanche, certaines critiques sont aussi apparues. Ça a été le cas d'associations étudiantes d'universités bilingues qui ont exprimé leur crainte que la création d'une université de langue française en Ontario divise les ressources financières, qui sont parfois déjà limitées. Que leur répondez-vous?

Je ne sais pas trop si je comprends la préoccupation concernant le fait de diviser les ressources financières. Dès que les associations francophones étudiantes ont soulevé la nécessité de créer une université de langue française, ça allait de soi qu'il allait falloir créer et investir dans cette région, ici.

C’est nécessaire et toute la francophonie va bénéficier de cela. C'est maintenant au tour du centre sud-ouest de se bâtir et de se créer sur le plan universitaire. Plusieurs partenaires de l’est et du nord se sont dits intéressés [à participer au projet].

3- Une autre critique venant des associations étudiantes concernait l’endroit où serait située cette université [au centre-ville de Toronto]. Certains estiment que cela coûte cher et que tous n'y auront donc pas accès.

Cela est intéressant, parce que nous avons fait des consultations dans la région, en plus d'une étude indépendante commandée par le gouvernement et qui a sondé les étudiants du sud-ouest. Savez-vous quel était leur premier choix, et de loin? Toronto centre-ville!

C’est là que ça se passe, c’est là que les jeunes veulent être et c’est là qu’on va attirer aussi [des étudiants]. Il ne faut surtout pas que cette université se retrouve dans une quelconque région de Toronto où l’on n’a pas accès à du transport public ou encore, où il ne se passe rien.

4- Vous estimez qu’il y aura environ 300 étudiants en 2020. De ces 300, selon vous, la moitié viendra des écoles secondaires de langue française de la province, tandis que l'autre moitié viendra de l'étranger ainsi que d'autres universités. Certains parents pourraient dès lors vous dire qu'ils n'ont pas pu envoyer leurs enfants à l'école secondaire en français, parce qu'il n'y en avait pas dans leur région ou que c'était trop loin. Ne devrait-on pas nous attaquer à ce problème en priorité?

On a déjà beaucoup d’élèves de langue française dans notre région. Le problème que nous avons concerne davantage le fait que nous ayons très peu de possibilités de poursuivre des études en langue française après le secondaire.

De sorte que plusieurs élèves quittent le système scolaire de langue française en neuvième ou dixième année en se disant : « Il faut que je me prépare [à faire des études supérieures en anglais], donc je vais aller faire ma onzième ou douzième année dans le système scolaire anglophone. »

Moi je crois que c’est en créant l’université et des programmes qu'on va encourager les parents à laisser leurs enfants dans le système scolaire de langue française, puisqu’ils auront désormais l'option de continuer.

5- Que pensez-vous du fait que l’histoire des Franco-Ontariens ne soit quasiment pas, voire pas du tout, enseignée dans les écoles secondaires de la province?

Je trouve cela dommage, parce que, d’une certaine manière, il faut se comprendre pour savoir où l'on est et qui on est dans une société. Il faut connaître nos propres racines et savoir à quoi on ressemble.

D'autant plus que maintenant la francophonie est plurielle : elle vient de partout. C'est nécessaire que ces personnes apprennent l’histoire. C’est important d’ancrer notre réalité dans le passé, mais aussi d’avoir un regard sur l’avenir.

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