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Éducation sexuelle : un nouveau programme pas toujours appliqué

Masturbation, sexe anal et oral, identité de genre : l'inclusion de ces notions dans le nouveau programme ontarien de sexualité en 2015 avait suscité une levée de boucliers chez certains parents. Le gouvernement est allé de l'avant quand même, mais, deux ans plus tard, le programme est enseigné de façon inégale d'une école à une autre.

Un texte de Michel Bolduc et de Lisa-Marie Fleurent

Radio-Canada en est venue à ce constat après avoir recueilli les témoignages d’une dizaine de parents, d’élèves et d’éducateurs, notamment.

Quelques exemples :

  • Un conseil scolaire public français laisse à la discrétion de l’enseignant la décision de parler ou pas, selon ses élèves, de sujets délicats comme la masturbation ou le sexe anal.
  • Des dizaines d’élèves d’une école publique anglaise de Toronto ne suivent pas le cours d’éducation sexuelle, parce que leurs parents ont obtenu une exemption pour des raisons religieuses, notamment.
  • Un enseignant d’une école catholique française était mal à l’aise de parler d’homosexualité.

Ce sont généralement les enseignants d'éducation physique qui se chargent du programme.

La surintendante Sylvie Longo du Conseil scolaire public Viamonde explique que l'enseignant évalue d'abord si ses élèves sont « prêts » à traiter de thématiques comme la masturbation ou le sexe anal.

Ce que dit le programme sur le sexe anal et oral (7e année) :

Sur l'identité de genre (8e année) :

Pas de commentaire

Face à Internet

Radio-Canada a parlé à une demi-douzaine de parents, mais seulement deux de ces mères ont voulu être identifiées.

Stéphanie Baptist, dont la fille fréquente une école catholique à Toronto, dit que les notions prévues dans le programme à l'élémentaire lui ont été enseignées, se réjouissant du fait que l'adolescente ne se fie pas à Internet pour s'informer.

Magali Laville est la mère de l'adolescente Lahïssa Léveillé (voir la vidéo en une). Elle a aussi enseigné le programme sur la sexualité dans une école primaire du Conseil Viamonde. Elle affirme qu'il est parfois préférable que le professeur attende de parler de certains sujets, selon le niveau de maturité de son groupe d'élèves.

Elle ajoute que les parents devraient voir le cours de sexualité comme un « complément » qui ne remplace pas la nécessité de parler de ces questions avec leur enfant.

Sujet tabou?

La sexologue Lyba Spring, qui a animé des ateliers dans les écoles, raconte que ce ne sont pas tous les enseignants qui sont à l'aise de parler de sexualité.

Selon elle, des intervenants spécialisés de la santé publique devraient se charger du programme.

Du côté du Conseil scolaire catholique anglais de Toronto (TCDSB), le coordinateur Robert Gallo admet que certains enseignants appréhendaient au départ les sujets comme l'identité de genre. Toutefois, un atelier de formation organisé par le Conseil a permis d'apaiser ces craintes, raconte-t-il.

À sa connaissance, tous les enseignants du Conseil appliquent l'ensemble du programme.

Quant aux parents, tout comme les autres conseils scolaires, le TCDSB leur envoie une lettre chaque année pour les prévenir que leurs enfants parleront de sexualité en classe et il n'a « pas vu d'épidémie » jusqu'à maintenant de demandes d'exemption.

Des exemptions

C'est tout le contraire à l'école publique Thorncliffe Park de Toronto.

Des dizaines de parents de cette école primaire située dans un quartier multiethnique avaient retiré leur enfant de la classe en 2015 pour protester contre le nouveau programme d'éducation sexuelle.

Depuis, la situation est revenue à la normale. Les inscriptions sont même à la hausse, indique le porte-parole du Conseil scolaire public anglais de Toronto (TDSB), Ryan Bird.

En revanche, il confirme que des dizaines de parents ont demandé que leur enfant soit exclu du cours de sexualité pour des raisons religieuses, notamment.

Le ministère de l'Éducation permet ce genre d'accommodements, mais sans en connaître l'ampleur à l'échelle provinciale, le gouvernement ne compilant pas de statistiques à ce sujet.

« Pas optionnel »

Pour sa part, la ministre de l'Éducation, Mitzie Hunter, soutient que le programme d'éducation sexuelle, modernisé pour la première fois en près de 20 ans, n'est « pas optionnel ».

La députée néo-démocrate France Gélinas accuse, quant à elle, le gouvernement de fermer les yeux sur les ratés dans l'application du programme.

Mme Gélinas souligne qu'il peut y avoir des « répercussions sociales quand les enfants ne sont pas éduqués ».

Infographie de Vincent Wallon

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