Le film Cheval indien du réalisateur montréalais Stephen Campanelli prend l'affiche partout au pays vendredi. L'adaptation cinématographique de l'oeuvre canadienne phare de l'auteur ojibwé Richard Wagamese nous entraîne à l'intérieur des pensionnats autochtones et nous présente l'histoire d'un garçon qui parvient à échapper aux horreurs grâce à son amour pour le hockey.

Un texte de Kevin Sweet

À la suite de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, les Canadiens sont tous, pour la plupart, devenus familiers avec les pensionnats autochtones et les horreurs vécues par des enfants amérindiens entre 1820 et 1996, l’année où la dernière école résidentielle a fermé ses portes au pays.

Certes, il y a eu quelques documentaires et la couverture médiatique des recommandations de la Commission mais il n’y a pas eu, jusqu’à maintenant, d’oeuvres cinématographiques puissantes qui nous permettaient de vivre les atrocités des pensionnats autochtones comme si on y était pour vraiment comprendre l’ampleur de cette tragédie qualifiée de génocide culturel.

Cheval indien est ce film.

Du roman au grand écran

Cheval indien est une adaptation du roman du même nom publié en 2012 par l’auteur ojibwé Richard Wagamese. On y suit l’histoire d’un jeune garçon autochtone prénommé Saul qu’on arrache à sa famille et qu’on place dans un pensionnat autochtone en Ontario où des religieux tentent de l’assimiler en l’obligeant, notamment, à parler en anglais. La Commission sur la Vérité et la Réconciliation a aussi révélé que des enfants ont été abusés physiquement et sexuellement pendant leur « éducation » dans les écoles résidentielles. Le film y fait allusion mais subtilement.

Comme pour plusieurs Canadiens, c’était jusqu’à tout récemment une page de l’histoire que le réalisateur Stephen Campanelli ne connaissait pas.

Le hockey deviendra l’échappatoire de Saul et une carrière prometteuse dans le sport national de notre pays lui permettra de quitter le pensionnat à l’adolescence. Mais, son passé n’est jamais loin derrière.

Troublant et pertinent

Cheval indien est un film troublant mais pertinent et important à ce moment précis de notre histoire.

On y suit Saul à trois moments différents de sa vie: son enfance où il est joué par Sladen Peltier, son adolescence où Saul est incarné par Forrest Goodluck et enfin on voit Saul en tant qu’homme adulte en la personne de Ajuawak Sapashesit.

D’emblée, il faut applaudir tous ces acteurs pour le courage qu’il leur a fallu pour revivre des horreurs qui ne sont pas de la fiction mais des choses qui se sont belle et bien produites. Au sein même de leurs propres familles.

Une scène en particulier, où une jeune fille, qu’on sépare de sa soeur décide de s’enlever la vie, est particulièrement difficile à regarder et hante bien longtemps après avoir vu le film. Le sentiment qui nous habite c’est celui de la honte.

Et pour tous les moments de légèretés que nous procurent les scènes où l’on assiste à l’ascension de Saul dans le monde de hockey et la liberté que lui procure ce sport, son passé qui le rattrape dans sa vie d’adulte et le racisme auquel il est confronté, nous ramènent rapidement à la réalité et nous rappellent le cercle vicieux dans lequel les autochtones vous diront qu’ils sont pris depuis un siècle. Ceci n'est pas un film hollywoodien où tout finit bien. Et la suite des choses, on la connaît.

N'en demeure pas moins qu'il est grandement temps que ce passé rattrape aussi l’ensemble des Canadiens. Nos erreurs sont maintenant sur grand écran, on ne peut plus y échapper.

On a la chance ici d’apprendre une leçon que l’histoire ne pourra jamais nous enseigner: l’empathie.

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