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Eye on Juliet : l’audacieuse proposition de Kim Nguyen

Pour son sixième long métrage, le réalisateur québécois Kim Nguyen réussit un pari audacieux : celui de nous émouvoir en abordant les sentiments humains et la solitude par le truchement d'un petit robot à six pattes.

Une critique de Martin Vanasse, reporter culturel à l'émission Les matins d'ici.Dans sa proposition, le réalisateur rappelle son plus récent film Two Lovers and A Bear en traitant une fois de plus les relations amoureuses de deux êtres esseulés dans un décor désertique.Le film, qui aurait pu être froid et distant, s’avère touchant et attendrissant. Et ce, beaucoup grâce aux performances des acteurs Joe Cole et Lina El Arabi. Lui, dans la peau de Gordon, seul devant ses écrans d’ordinateurs dans un bureau gris et terne. Et elle, incarnant Ayusha, seule, dans le désert aride, tentant de s’émanciper comme femme et de s’affranchir de ses parents. Il ne fait aucun doute que les deux comédiens ont été bien dirigés par Kim Nguyen.

Amour sous surveillance

Gordon travaille à Détroit dans une firme de sécurité américaine. Surmontant une peine d’amour, il est chargé de surveiller à distance, avec des hexapodes munis de caméra, un pipeline dans le nord de l'Afrique, pour contrer les possibles intrusions de contrebandiers.

Pendant l’un de ses quarts de travail, il épie une jeune fille, Ayusha, qui vient fumer dans les collines. C’est aussi là qu’elle fréquente en cachette son petit copain Karim, parce que ses parents voudraient, selon la tradition, la forcer à se marier un garçon plus âgé qu’elle.

Gordon sera captivé par l’histoire d’amour interdite des deux tourtereaux qui manigancent pour quitter le pays. Obnubilé par la jeune femme, il continuera de suivre ses allées et venues en la baptisant Juliette.

Réalisation soignée... et quelques bémols

Kim Nguyen a choisi d’utiliser la caméra en plongée et en contre-plongée. Cela a pour effet, dans une rencontre virtuelle entre les deux personnages pourtant séparés par des milliers de kilomètres, de donner l’impression qu’ils se regardent dans les yeux.

Le réalisateur de Rebelle réussit même à humaniser les robots, qui se déplacent comme des crabes, avec leurs qualités et leurs petits défauts de fabrication. Il flirte aussi avec l’humour quand Gordon taquine son collègue de bureau, et qu’à l’écran, on voit leurs robots comme si c’étaient ces derniers qui se donnaient la réplique.

Encore faut-il toutefois accepter que le robot-araignée se déplace dans la ville sans être repéré par les résidents... Il s'agit là d'un élément plus ou moins plausible, avouons-le.

Et que dire de la fin du film, qui aurait pu être plus puissante sans cette conclusion à l’eau de rose.

Il n'en demeure pas moins que ce conte moderne est une belle métaphore sur l’omniprésence de la technologie dans nos vies et comment elle éclipse les rapports humains. De plus, on peut aussi souligner la magnifique contribution musicale du groupe canadien Timber Timbre, qui ajoute beaucoup à l'ambiance du long-métrage de 96 minutes.

Avec son nouveau film, Kim Nguyen démontre une fois plus son audace et son talent à sortir des sentiers battus.

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