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Fais-toi une belle vie : un spectacle inégal, mais qui fait du bien

Malgré un texte qui s'éparpille et un jeu parfois inégal, la pièce Fais-toi une belle vie, présentée en première mondiale à Gatineau, fait rire et incite à la réflexion sur les choses et les personnes qui nous empêchent d'accéder au bonheur.

Une critique de Kevin Sweet

Une névrosée alcoolique, une « control freak » qui a peur du sucre et tout ce qui contient du gluten, un « mononcle » avec un sérieux penchant pour les bains de minuit et une adolescente effrontée : voilà les quatre personnages qui gravitent autour de Mike (Guillaume Lemay-Thivierge), un ancien agent double en convalescence en raison d’un épuisement professionnel.

Pour aider leur ami à se réhabiliter, tous vont se retrouver dans un chalet. Où les relations amoureuses et des amitiés autrefois harmonieuses seront mises à rude épreuve, avec pour résultat que le séjour dans la nature de Mike ne sera pas de tout repos. De vives discussions sont provoquées lorsque la jeune Janie Sucre s’invite à la fête.

Mike en repartira un homme changé, avec une plus grande conscience de l’« environnement toxique » dans lequel il évolue.

Un spectacle inégal

Était-ce dû au fait qu’il s’agissait de la première médiatique, mercredi soir? Toujours est-il qu'en début de spectacle, Émily Bégin ne projetait pas suffisamment. Cela rendait la compréhension difficile pour les gens assis dans les dernières rangées de la salle, qui, a priori, peut représenter un défi pour les spectacles théâtraux.

De plus, pendant une vingtaine de minutes, les performances des acteurs ont été plutôt mécaniques. Par la suite, tous se sont glissés dans la peau de leur personnage et la chimie a opéré.

Sandrine Bisson brille plus que les autres, dans cette comédie. Son expérience sur les planches se voit. Elle incarne avec beaucoup de zeste et de conviction Nancy, cette femme qui ne peut s’empêcher de laver les fenêtres dès qu’elle met les pieds dans le chalet. Elle est en contrôle de son personnage, en tout temps.

Guillaume Lemay-Thivierge a, quant à lui, un jeu inégal. Son personnage en « burn out » a plutôt l’air d’un enragé que d’un homme anéanti par la fatigue et l’anxiété. Par moments, il tombe dans la caricature. Malgré tout, son jeu s'avère particulièrement efficace et convaincant lors d’une scène touchante entre Mike et Janie Sucre (incarnée par Charlie Lemay-Thivierge, sa vraie fille).

Cette dernière a un double rôle dans ce spectacle. Elle agit en tant que narratrice et partie prenante de l’histoire. En tant que narratrice, son personnage doit briser le quatrième mur et donner au public des informations supplémentaires, souvent superflues ou relevant de l'évidence. La jeune actrice, qui tient ici son premier rôle au théâtre, a néanmoins su charmer le public.

Un texte qui s'éparpille

François Chénier, qui signe le texte de Fais-toi une belle vie, semble avoir voulu ratisser trop large.

L’épuisement professionnel, pourtant au coeur de l’histoire, n’est exploré que vers la fin du spectacle. L’auteur nous donne notamment très peu de détails pour comprendre comment Mike en est arrivé à être dans cet état.

Il n’y a guère d’indices non plus sur ce qui lie les personnages, ni des tensions existant entre eux, et qui finiront par éclater. Ces informations auraient cependant pu être transmises par le biais de la narratrice.

Le spectateur se perd aussi dans la notion du temps. Les jours se succèdent au chalet, mais les personnages, eux, ne semblent pas changer souvent de vêtements...

Ce qui laisse le plus perplexe, par contre, c’est la scène en forme d’iPhone. Le personnage de Janie Sucre utilise son téléphone pour arrêter et faire avancer l’action, mais les appareils intelligents et leur emprise sur notre quotidien ne sont pas suffisamment abordés pour justifier une telle scénographie. Une scénographie « cool », certes, mais accessoire au final.

Fais-toi une belle vie demeure un spectacle qui fait rire et fait du bien. On a entendu le public rire à de nombreuses occasions, lors de la première médiatique, mercredi soir. Et avec raison. Car François Chénier a malgré tout créé cinq personnages auxquels il peut être facile de s’identifier ou dans lesquels la foule peut aisément reconnaître une connaissance.

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