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L'amour à la carte : remises en question autour de la femme parfaite

C'est un trio solide, composé de l'énergique et versatile Marie-Eve Fortier, qui porte le texte du Canadien Norm Foster à la scène au Théâtre de l'île, cet été. Une pièce écrite en 2003, mais qui n'a rien perdu de sa pertinence. Au contraire.

Une critique de Kevin Sweet

La peinture d’une femme aux longs cheveux blonds avec le dos dénudé qui trône au centre du décor de L’amour à la carte évoque bien la question au coeur de ce spectacle : est-ce que la femme parfaite existe? Et la metteure en scène Kira Elhers ne nous laisse jamais perdre de vue ce questionnement sur l'objectification de la femme avec le choix, judicieux et intelligent, de braquer les projecteurs sur ce tableau au début et à la fin de chaque scène.

Plus qu'une femme-objet

Le soir du 50e anniversaire de Philippe (Richard Bénard), Jean-Louis (Carol Beaudry) décide de lui offrir un abonnement à un site de rencontre. « Tu ne trouves pas ça pathétique qu’un homme célèbre ses 50 ans en tête-à-tête avec son ami? » demande Jean-Louis à Philippe.

Pour trouver la femme idéale, les deux hommes doivent d’abord faire une liste des 10 qualités recherchées.

Jean-Louis, un homme marié depuis 23 ans, privilégie des qualités superficielles. Philippe, un statisticien, est à la recherche d’une femme « imprévisible » avec un sens de l’humour, cultivée, qui pourrait partager son amour pour les chiffres et les résultats de sondage. Les hommes ne s’entendent sur aucune qualité, sinon que cette femme « idéale » doit posséder un appétit vorace pour le sexe.

Jusqu’ici, on pourrait croire que l'auteur nous réserve une pièce truffée de clichés dans laquelle deux « mononcles » vont essentiellement voir leur fantasme se matérialiser sur les planches en la forme d’une blonde qui n'est pas sans rappeler une poupée gonflable.

C’est ce qui arrive... en partie.

Josiane, incarnée par Marie-Eve Fortier, débarque subitement chez Philippe. Josianne n'est toutefois pas juste belle, elle est aussi en mesure d’exprimer son opinion.

L’auteur Norm Foster a voulu donner à cette créature rêvée des attributs qui lui permettent de se tenir debout par elle-même. Or, lorsque Josianne commence à émettre son opinion de façon un peu trop tranchée, elle crée un froid entre les deux amis, si bien Jean-Louis et Philippe apportent quelques modifications à leur liste de préférences.

C’est à ce moment qu’ils réalisent que la personnalité de Josiane peut être modifiée au gré de leurs désirs. Les hommes tenteront donc d’en profiter jusqu’à ce qu’ils réalisent que peu importe ce qu’ils souhaitent, Josiane ne sera jamais la femme idéale et ne correspondra jamais à leurs attentes.

Mais ultimement, le mot de la fin, Norm Foster le donne à Josiane.

Remises en question essentielles

En entrevue, Kira Elhers disait vouloir camper l’action de la pièce au début des années 1990. Pourtant, ses choix de mise en scène nous font penser que nous sommes plutôt dans la décennie précédente. La musique évoquant les succès des Pointer Sisters, les polos aux cols montés à l’intérieur du veston, les pantalons blancs rappelant la série Miami Vice et les épaulettes n'en sont que quelques exemples.

La metteure en scène réussit néanmoins à rappeler l’époque des films Petit Homme avec Tom Hanks et Les sorcières d’Eastwick avec Cher et Susan Sarandon, des longs métrages sortis à la fin des années 1980.

Kira Ehlers laisse ses acteurs jouer gros.

Marie-Eve Fortier est comme une boule d’énergie sur scène, deux heures durant, alors que Richard Bénard a une certaine physicalité qui fait penser à Robin Williams, par moments. Et à l'instar de M. Williams, il est attendrissant.

Carol Beaudry est pour sa part crédible dans le rôle de Jean-Louis, un homme qui trompe sa femme, mais qui est consterné lorsqu’il apprend que sa femme le trompe à son tour.

« Est-ce que je suis has been? » demande Jean-Louis à son ami.

Il s'avère rafraîchissant de voir, dans une pièce de théâtre, deux hommes non seulement remettre en question leurs vies amoureuses, mais aussi se remettre en question par rapport à leur conception de la femme idéale et de la place de celle-ci dans leur vie... et pas juste dans leur lit.

Autant de questionnements qui doivent percer le quatrième mur.

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