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La Bolduc : portrait d’un personnage féminin rassembleur

Après avoir été présenté en grande primeur à une poignée de cinéphiles invités à l'ouverture du 20e festival du film de l'Outaouais, La Bolduc prend finalement l'affiche aujourd'hui.

Une critique de Martin Vanasse

En présentant le long métrage ce soir-là à Gatineau, le réalisateur de Paul à Québec, François Bouvier, avouait qu’il souhaitait depuis longtemps raconter l’histoire d’un visage emblématique. On peut affirmer sans se tromper qu’il a vu juste en la personne de Mary Travers, dite La Bolduc. Issue d’un milieu modeste, la Gaspésienne, devenue une chanteuse à succès pendant la sombre époque de la Grande dépression des années 30 au Canada, a marqué l’imaginaire collectif.

La Bolduc rappelle la recette d’un autre film : Louis Cyr : l’homme le plus fort du monde. De toute évidence, le public aime les récits du passé qui montrent des gens sans histoire qui sortent de l’ombre en devenant des modèles, voire des mythes. Mais si on connaît les chansons de la plus célèbre « turluteuse », on connaît moins bien la femme.

Pour défendre le rôle-titre, la polyvalente Debbie Lynch-White relève le défi haut la main. Elle excelle, autant avec l’étendue de son jeu, que la qualité de son interprétation des chansons et sa maîtrise de la « turlute » et des instruments de musique. Elle s’avère le pilier du film.

Féministe malgré elle

Femme de son temps, Mary Travers se destinait à un rôle de mère au foyer. La musique sur scène et sur disque sont arrivés par hasard, et elle composait mal avec cette soudaine célébrité. Les scénaristes Frédéric Ouellet (Grande Ourse, Les Rescapés, Victor Lessard) et Benjamin Alix ne manquent pas de le souligner, en plus d’en profiter pour faire un parallèle avec le combat mené par Thérèse Casgrain à la même époque. Si le rapprochement Bolduc-Casgrain imaginé dans le film n’a jamais eu lieu, il demeure que c’est une belle occasion de rappeler, en toile de fond, le sort qu’on réservait aux femmes en 1930, le statut qu’elles occupaient dans la société et le chemin parcouru depuis.

Aux côtés de l’actrice principale, Debbie Lynch-White, il faut signaler la solide performance du comédien Émile Proulx-Cloutier, qui interprète tout en nuances le mari chômeur qui n’a d’autres choix que d’accepter que c’est sa femme qui doit subvenir aux besoins de la famille. Relégué à un rôle secondaire dans une société patriarcale où l’homme est le pourvoyeur, il aura fort à faire pour ne pas être humilié et tirer son épingle du jeu, complètement dépassé par la réussite soudaine de son épouse.

Le reste de la distribution composée de Rose-Marie Perreault, Serge Postigo, Mylène Mackay et Bianca Gervais complètement harmonieusement le tout.

Une reconstitution historique réussie

Doté d’un budget de 5,7 millions de dollars, l’équipe du film a réussi à reconstituer avec beaucoup de réalisme le Montréal des années 30. Des voitures, en passant par les costumes et même un tramway, le souci du détail s’avère être une des réussites du long métrage.

La Bolduc demeure toutefois un film au scénario et à la réalisation conventionnels. L’histoire est bien racontée, mais la tranquille trame narrative lasse par moment. Mais clairement, le film très rassembleur, aura assurément, un grand succès auprès des cinéphiles.

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