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La mort d'un commis voyageur : Marc Messier brille dans la peau de Willy Loman

Le metteur en scène Serge Denoncourt ne s'est pas trompé en choisissant Marc Messier comme tête d'affiche pour interpréter le plus célèbre des commis voyageurs. Le comédien relève le défi haut la main, dans la pièce présentée à la Maison de la culture de Gatineau, vendredi et samedi.

Une critique de Martin Vanasse

Dans La mort d’un commis voyageur, l’auteur Arthur Miller dépeint le rêve américain et ses travers. Créé à Broadway en 1949, la pièce devenue un classique du théâtre états-unien demeure d’actualité près de 70 ans plus tard. Elle dépeint le déclin de l’empire américain, elle traite aussi d’enjeux bien contemporains comme les relations père-fils, les dérives du capitalisme et le sort qu’on réserve aux employés d'expérience qu’on pousse à la retraite sans profiter de leurs expertise et savoir-faire.

Marc Messier défend avec aplomb le rôle de Willy Loman, un homme brisé, qui a trimé dur toute sa vie et tout donné à son employeur, employeur qui le licencie sans aucune considération, comme un vulgaire mouchoir. Après Jean Duceppe et Michel Dumont qui avaient relevé avec brio ce défi d’acteur, M. Messier ajoute son nom aux comédiens marquants du personnage.

Le septuagénaire, qu’on a plus souvent vu au théâtre dans un registre comique, offre ici une solide performance. Il interprète avec beaucoup de justesse et de façon touchante, la partition d’un homme fragile et vulnérable.

Une distribution toute étoile

Car Willy Loman est au bord du désespoir. Sa vie s’écroule, et alors qu'il doit faire face à l’échec, il tente tout de même, avec un amour paternel maladroit et un peu contrôlant, de transposer ses rêves à ses fils Biff et Happy. Or, les deux jeunes hommes ne partagent pas du tout la vision de leur père. Mikhaïl Ahooja et Éric Bruneau offrent eux aussi une brillante performance, particulièrement ce dernier, dans une scène où le fils aîné repousse avec beaucoup de lucidité tous les rêves et les espoirs qu’avait pour lui le paternel.

Louise Turcot est émouvante en épouse dévouée et loyale qui s’inquiète de la dérive de son mari mais qui, impuissante, l’excuse en évitant de le confronter en le protégeant des reproches de ses fils et du voisinage. On pourrait entendre une mouche voler dans la salle quand elle livre son poignant monologue à la fin de la première partie.

Dans la peau du frère qui a réussi sa vie, lui, Robert Lalonde ajoute au drame du personnage principal. Willy n’a d’autres choix que de constater qu’il n’a rien accompli, qu’il demeure un homme ordinaire.

Le metteur en scène Serge Denoncourt, qui signe aussi la traduction, laisse pour sa part toute la place au texte fort et puissant et à ses interprètes impeccables dans un décor sobre et minimaliste.

Cette nouvelle mouture de La mort d’un commis voyageur s'avère une production incontournable. On y va pour sa distribution sans fausse note, pour réfléchir sur les thèmes abordés et pour être ému à la tombée du rideau.

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