La bibliothèque interdite prend l'affiche à compter de mercredi au Studio Azrieli du Centre national des Arts d'Ottawa.

Le spectacle, écrit comme un opéra-tango, est un mélange de chansons et de textes à saveur politique. On y fait la rencontre d’un poète devenu concierge dans une bibliothèque de Buenos Aires en 1941 qui se fait subitement enlever et incarcérer par un inspecteur. Les créateurs ont voulu rendre hommage à des écrivains et poètes comme Borgès qui se sont soulevés contre le fascisme.

Notre journaliste culturel Kevin Sweet s’est entretenu avec Denis Plante, l’auteur et le co-metteur en scène du spectacle et l’interprète Sébastien Ricard.

Kevin Sweet : Denis Plante, l’idée pour ce spectacle était la vôtre…

Denis Plante : Oui. Ça faisait longtemps que je voulais associer ma pratique comme musicien de tango à un spectacle sur l’histoire de l’Argentine. C’est quand j’ai rencontré Sébastien que j’ai eu un déclic. Et j’ai donc écrit quelque chose sur mesure pour lui.

KS : Pourquoi cette fascination avec l’histoire de l’Argentine?

DP : Moi, je joue d’un instrument très rare qui s’appelle le bandonéon qui est l’instrument essentiel du tango argentin. Donc, je reviens constamment vers les origines de cet instrument-là et de cette culture-là. Et j’avais envie de m’exprimer sur des enjeux politiques qui sont encore d’actualité. Dans ce spectacle, on parle d’un poète qui a été censuré par quelqu’un qui a remporté des élections truqués.

KS : Sébastien, pouvez-vous en dire davantage sur la pertinence du spectacle? À votre avis, pourquoi a-t-on besoin de raconter cette histoire aujourd’hui?

Sébastien Ricard : On a parfois l’impression qu’au Québec on est loin des régimes totalitaires et que la liberté d’expression est quelque chose acquise. Et pourtant, je crois qu’il y a des choses qu’il ne vaut mieux pas toucher. Il y a des sujets qui sont encore tabous parce qu’on en parle rarement, mais lorsqu’on les aborde, on voit poindre une certaine censure. Plus loin de nous, il suffit de regarder ce qui s’est passé en Catalogne où les gens ont l’impression de ne pas pouvoir exprimer leurs choix électoraux.

KS : Comment définissez-vous ce spectacle-là?

DP : Ça s’inscrit dans le théâtre musical. Mais je ne l’ai jamais pensé comme ça. La forme esthétique, elle, est apparue d’elle-même. J’ai d’abord composé des chansons, ensuite un monologue et des textes politiques. Et j’ai cousu le tout ensemble.

KS : Sébastien, c’est important pour vous de revoir la façon qu’on présente du théâtre?

SR : Oui! C’est difficile de se dire qu’on va penser différemment le théâtre. Je pense qu’il y a des choses qui surviennent et qu’on réalise qu’un spectacle de théâtre peut être différent. On leur présente un spectacle qui est quand même exigeant. C’est un spectacle qui donne beaucoup de liberté et de joie aux spectateurs. J’ai fait beaucoup d’apprentissages sur la scène.

KS : Vous avez dit que c’est un spectacle que vous aviez à défendre avec conviction et audace. Qu’est-ce que vous voulez dire?

DP : On aborde des enjeux sensibles. Par exemple, ma belle famille qui est encore en Argentine a été marquée par l’histoire du pays dans les années 1940 et les années 1970 où l’état totalitaire était assassin. Je savais que c’était des sujets délicats qui touchaient des gens très près de moi.

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