Les ménages canadiens ont une dette moyenne de 162 400  $ selon Statistique Canada. Plusieurs agences, dont la Banque du Canada et le Bureau de la responsabilité financière de l'Ontario ont manifesté leur inquiétude quant à l'endettement des ménages à la lumière de l'augmentation des taux d'intérêt. Mais les dettes ne comportent pas toutes le même risque.

Un texte de Katherine Brulotte

Statistique Canada publie des données sur la famille économique, qui inclut les situations de colocation. La valeur moyenne de la dette des « familles économiques » en 2016 était de 180 500 $ en Ontario selon Statistique Canada. L'Ontario se classe troisième dans la liste des provinces où les ménages sont les plus endettés au pays.

Le facteur principal pour évaluer le risque lié à l’endettement pour une population en général est le taux d’endettement par rapport au revenu.

Le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario publiait la semaine dernière un commentaire sur l’endettement des ménages. L’économiste en chef David West qualifiait la situation de l’Ontario de vulnérable et évaluait la dette moyenne des ménages à 154 000 $. La plus grande part étant consacrée à l’hypothèque.

Les dettes hypothécaires élevées, particulièrement dans les grandes villes, comme à Toronto et Vancouver, représentent un certain risque dans le marché actuel. Selon David West, une correction importante sur le marché immobilier pourrait causer de gros ennuis aux ménages qui détiennent des hypothèques élevées.

Mais ce sont les autres dettes, celles liées à la consommation, qui préoccupent davantage les économistes. D’abord, les taux d’intérêt des dettes de consommation, et en particulier des cartes de crédit, sont généralement beaucoup plus élevés que pour les taux hypothécaires.

Le conseiller financier Rajiv Bissessur affirme que les dettes de consommation, notamment celles des cartes de crédit, peuvent devenir des dettes « toxiques » lorsque l’emprunteur n’arrive pas à rembourser son solde mensuel et se retrouve à payer de l’intérêt sur les intérêts.

Le conseiller financier Fabien Major de Major Gestion privée affirme que des emprunts obtenus pour acheter des biens qui représentent des investissements ou encore qui seront utilisés pour générer un revenu, comme des outils ou de la machinerie, pourraient être qualifiés de dettes intelligentes.

Selon lui, les achats de services ou d’objets qui perdent de la valeur, comme des équipements de loisirs, des véhicules de luxe ou des soins esthétiques, ne devraient pas être faits à crédit.

Le risque réside dans la précarité de la situation financière des emprunteurs. Le Bureau de la responsabilité financière de l’Ontario prévoit un ralentissement de la croissance économique au cours des deux prochaines années, particulièrement dans les domaines de la consommation et de l’immobilier, les principaux facteurs de croissance au cours de la dernière décennie.

En ce moment, les Ontariens consacrent en moyenne 12 500 $ par année au remboursement de leurs dettes.

La portion du revenu des ménages utilisée pour payer leur dette est plus importante chez les ménages à faible revenu ( 31 % ) et chez les jeunes familles( 17 % ) que dans la population en général ( 13,7 % ).

MM. Bissessur et Major croient tous deux que les Canadiens pourraient être mieux protégés contre l’endettement si des règles plus strictes entouraient le crédit. « Les prêteurs ont un portrait plus ou moins clair de la situation des emprunteurs », affirme Fabien Major. Rajiv Bissessur renchérit : selon lui, les institutions devraient avoir accès à des données plus précises sur tous les emprunts des consommateurs.

Les experts ne s’entendent pas non plus sur ce que pourrait être un taux d’endettement raisonnable.

Le calcul des dettes ne serait pas non plus très complet selon les deux conseillers financiers. Pour bien évaluer leur capacité de payer, les consommateurs devraient tenir compte de toutes les dépenses dont ils ne peuvent pas facilement se défaire, comme les téléphones cellulaires acquis dans le cadre d’un contrat de téléphonie ou la location d’équipement de câblodistribution, par exemple.

La proportion de Canadiens qui n’ont aucune dette est également en baisse constante depuis 1990.

Avec la collaboration de Vincent Wallon

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