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Examen d'accès à la profession infirmière : des organismes dénoncent le faible taux de passage des francophones

Des associations canadiennes s'inquiètent pour l'avenir des soins infirmiers en français. Elles jugent insuffisantes les mesures entreprises par l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario (OIIO) pour corriger la situation. Un taux alarmant d'étudiants francophones à travers le pays échouent à l'examen d'accès à la profession.

Un texte de Stéphany Laperrière avec la collaboration de Lisa Marie Fleurent

En 2015, le taux de succès à la version française du NCLEX-RN, l'examen d'accréditation des infirmiers dans neuf provinces et deux territoires du pays, était de 27,10 %.

En comparaison, 70,37 % des étudiants qui ont choisi la version anglaise de l'examen la même année l'ont réussi au premier essai.

Le manque d'accès à du matériel de préparation en français et la qualité de la traduction de l'examen seraient les principaux responsables de cette différence marquée, selon la directrice générale par intérim de l'Association des collèges et universités de la francophonie canadienne (ACUFC), Lynn Brouillette.

Pour le moment, aucun ordre n'a consenti à la demande, ajoute Lynn Brouillette. 

Le Nouveau-Brunswick a annoncé l'an dernier que les étudiants pourraient reprendre l'examen autant de fois que nécessaire pendant deux ans.

En Ontario, une mesure similaire devrait bientôt être approuvée par le gouvernement, selon l'OIIO. Actuellement, les étudiants de la province n'ont que trois essais pour réussir le NCLEX-RN.

L'OIIO dit aussi tenter de trouver les raisons pour lesquelles le taux de succès à la version française de l'examen est si bas.

Manque de matériel de révision en français

Taylor Peachey, une étudiante francophone diplômée de l'Université Laurentienne en sciences infirmières, a choisi de passer le NCLEX-RN en anglais.

Elle dit avoir pris cette décision en raison de la mauvaise réputation de la version française de l'examen et du manque de matériel de révision en français.

Taylor Peachey dit maintenant regretter d'avoir choisi un programme universitaire francophone, ayant dû tout réapprendre en anglais pour l'examen.

« En écrivant cet examen, j'ai eu beaucoup de difficulté parce qu'il fallait que je relise les questions plusieurs fois. L'anglais était tellement différent que ce que j'ai appris en français », explique-t-elle.

Pour l'instant, aucun étudiant du programme francophone de sciences infirmières de l'Université Laurentienne n'a tenté cette année de se présenter à l'examen en français, selon les données de l'OIIO. En 2015, moins de cinq étudiants diplômés de ce programme avaient choisi la version française.

Mauvaise traduction

Dans un article publié dans le Nurse Education Today en août, des chercheurs de l'Université de Toronto et de l'Université d'Ottawa se sont penchés sur la qualité du français dans le NCLEX-RN. 

Parmi les 202 étudiants qui ont participé à l'étude, plusieurs se sont plaints de la traduction de l'examen. Certains ont même cru qu'elle avait été faite à l'aide de Google Translate. 

L'OIIO indique que la traduction des questions de l'anglais vers le français est effectuée par des Canadiens et révisée par un comité formé de trois à six infirmiers autorisés bilingues.  

Pour l'Association canadienne des écoles de sciences infirmières (ACESI), une solution simple serait de faire une version bilingue du NCLEX-RN, ce qui permettrait aux étudiants de comparer la version anglaise et française en cas de doute sur la traduction d'une question. 

Sa directrice générale, Cynthia Baker, déplore le fait que l'OIIO n'ait pas suivi cette recommandation. 

« Selon eux [l'OIIO], la traduction est correcte », dit-elle. 

Développer ses propres ressources

Afin de répondre aux besoins des étudiants francophones, cinq universités canadiennes se sont rassemblées pour développer du matériel de révision en français. 

Cette initiative est financée par ACUFC à hauteur d'environ 200 000 $, des fonds qui devaient être utilisés pour offrir de la formation linguistique en milieu de travail, indique sa directrice générale. 

« C'est frustrant, d'une façon, d'avoir à mettre cet argent-là pour développer du matériel et le faire rapidement alors que nous avions d'autres objectifs pour ces fonds-là », dit Lynn Brouillette. 

Elle déplore que l'ACUFC n'ait pas été consultée par les ordres professionnels avant leur décision d'adopter le NCLEX-RN.

De son côté, l'OIIO affirme que la disponibilité du matériel de révision en français n'est pas de son ressort. 

« L'OIIO n'a pas de rôle à jouer dans la révision ou le développement de guides de préparation ou de cours pour le NCLEX-RN, puisque ceci pourrait avoir un impact sur l'intégrité du processus d'examen », indique l'organisme par communiqué. 

Une dizaine de modules de révision en français pour le NCLEX-RN devraient être disponibles sous peu pour les programmes universitaires francophones, selon Lynn Brouillette.

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