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EXCLUSIF - Les isolements et les contentions en forte hausse dans les Centres jeunesse de l'Outaouais

Radio-Canada a appris que le nombre de cas d'isolements et de contentions des jeunes dans les Centres jeunesse de l'Outaouais augmente de plus en plus. Des statistiques obtenues en vertu de la Loi sur l'accès à l'information révèlent que les mesures de contrôle sont en forte hausse, en 2015, par rapport à 2014.

Un texte de Guillaume Dumont

Selon le syndicat et la direction des Centres jeunesse de l'Outaouais, cette situation est le résultat d'une augmentation de la violence et de la détresse chez ces jeunes, qui sont âgés de moins de 18 ans.

Le nombre d'isolements est passé de 36, en 2014, à 213, en 2015. Il s'agit d'une augmentation de 492 % en un an. C'est de loin la plus forte hausse annuelle, depuis 10 ans.

Par ailleurs, les données des trois derniers mois de 2015 ne nous ont pas été transmises, ce qui fait que le total réel est sans doute plus élevé.

La durée moyenne des isolements a cependant baissé. Elle était de 45 minutes en 2014 et de 15 minutes en 2015. Par contre, la durée maximale des isolements est passée d'une moyenne d'environ 20 minutes à presque deux heures durant la même période.

 

L'isolement est seulement utilisé en dernier recours, lorsqu'un enfant adopte une conduite dangereuse et qu'il risque de se blesser ou de blesser quelqu'un d'autre de façon imminente, selon les Centres jeunesse de l'Outaouais. Le lieu où s'effectue l'isolement doit permettre d'assurer la sécurité de l'enfant.

Le nombre de contentions est aussi en forte hausse

Les jeunes des Centres jeunesse de l'Outaouais ont été mis en contention 527 fois en 2014 et 833 fois en 2015, une augmentation de 58 %. Le portrait statistique est certainement plus élevé parce qu'il manque les données des trois derniers mois.

Selon les Centres jeunesse de l'Outaouais, une présence et une attention continuelle auprès de l'enfant doivent être assurées pendant toute la durée de la contention. Lorsque la conduite dangereuse se termine, la contention prend fin.

Cette tendance à la hausse intervient alors que le nombre de jeunes qui fréquentent les Centres jeunesse de l'Outaouais est en diminution depuis 10 ans.

La violence et la détresse augmentent

L'utilisation des mesures de contrôle est en hausse parce qu'il y a plus de jeunes qui présentent plusieurs problèmes différents en même temps, notamment de santé mentale et de toxicomanie, selon le président du syndicat des Centres jeunesse de l'Outaouais, Martin Leblanc.

« La violence, on la voit de plus en plus en résidences ouvertes, on la voit beaucoup dans les résidences des tout-petits, où on dessert une clientèle de 6 à 12 ans, c'est la résidence où on voit le plus de violence, où il y a le plus de contentions », explique M. Leblanc.

Certains jeunes des centres jeunesse sont parmi les plus vulnérables de notre société et ils ont vécu des histoires d'horreur. Les moyens de contrôle sont parfois l'unique moyen de résoudre une crise, selon lui.

« Dans un cas, on a déjà vu que le mécanisme de protection était de prendre ses excréments et, quand il faisait une crise, de se beurrer avec. Pourquoi? Parce qu'il avait découvert auparavant que s'il se beurrait de ses excréments, il ne se faisait pas agresser par son agresseur », a-t-il poursuivi.

M. Leblanc ajoute que l'isolement et les contentions sont toujours utilisés en dernier recours, lorsque la sécurité du jeune ou de l'intervenant est compromise.

Il faut plus d'intervenants, selon le syndicat

Le président du syndicat des Centres jeunesse de l'Outaouais, Martin Leblanc, souhaite que le ratio d'intervenants par jeune soit augmenté, surtout dans les centres où il y a davantage de violence. Il ajoute que certains employés ne veulent plus travailler dans ces unités.

« Tu as des unités où les gens ne veulent plus travailler-là, donc quand tu as atteint assez d'ancienneté pour ne pas être disponible dans cette unité-là, tu vas travailler ailleurs. Ce qui fait que souvent, ces unités-là se ramassent avec des gens qui ont moins d'expérience », explique-t-il.

Le directeur des programmes jeunesse, Martin Vachon admet que le métier d'intervenant en centre jeunesse est un travail difficile en raison de la violence. « C'est très, très, très épuisant pour l'équipe, c'est très exigeant, alors c'est pour ça que dans les derniers mois, considérant l'augmentation de difficulté que l'on voit chez quelques jeunes on a mis en place des mesures particulières pour aider notre équipe. »

Pistes de solutions

M. Vachon affirme qu'on a augmenté le nombre d'intervenants dans les unités problématiques pour répondre à la recrudescence de la violence. « On a augmenté le personnel, on permet aux gens de faire des changements d'unités dans certaines situations pour avoir une pause et la formation aussi aide énormément pour améliorer les techniques d'intervention auprès des jeunes. » Il ajoute que des plans d'intervention sont en cours pour aider les jeunes en détresse à améliorer leurs comportements.

Martin Leblanc voudrait cependant qu'il y ait davantage de formations offertes aux intervenants pour mieux lutter contre la violence.

De son côté, M. Vachon ajoute qu'il serait illusoire de penser qu'il est possible de stopper l'ensemble de la violence dans les Centres jeunesse de l'Outaouais. « On ne pourra pas dans un milieu comme les centres jeunesse arriver à un degré zéro de comportements d'agressivité des jeunes. »

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