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EXCLUSIF - Nouvel outil de traduction au fédéral : des textes truffés de fautes

Le Bureau de la traduction s'est engagé à déployer un outil de traduction automatique, mais des résultats obtenus avec cet outil par ICI Ottawa-Gatineau sont peu concluants et truffés d'erreurs.

« To decline our invitation » devient « diminuer notre invitation » et des expressions connues comme « it's raining cats and dogs » deviennent incompréhensibles : « c'est la pluie les chats et les chiens ».

Tous les fonctionnaires fédéraux seront invités à se servir de l'outil le premier avril, notamment pour s'envoyer des courriels.

Le malaise au sein de l'organisme est grand, selon un employé qui a parlé à visage couvert, par crainte de perdre son poste.

ICI Ottawa-Gatineau a composé des courriels fictifs, une source les a fait traduire par cet outil. Ils en sont ressortis bourrés d'erreurs.

Photo : ICI Radio-Canada / Chantal Mainville

La présidente-directrice générale du Bureau de la traduction, Donna Achimov, rappelle que les fonctionnaires pourront aider à perfectionner le logiciel.

« Si ça ne fonctionne pas du tout, les gens peuvent faire des plaintes et il y a des traducteurs professionnels qui regardent s'ils peuvent améliorer le processus », soutient la présidente-directrice générale.

Effet raté

Le Bureau de la traduction est l'organisme qui appuie le gouvernement fédéral pour traduire ses textes. L'outil de traduction automatique qu'il a créé a du moins la particularité de bien reconnaître les expressions courantes de la fonction publique.

Cependant, pour le professeur de traduction à l'Université d'Ottawa Charles Leblanc, l'effet visé avec le nouvel outil est raté.

« Ça me dit qu'on ne tient pas la traduction au sérieux », explique le professeur.

« Les communications [...] en français vont se détériorer »

Les conditions d'utilisation précisent que cet outil doit servir à des communications non officielles. Mais la crainte, selon la source anonyme d'ICI Ottawa-Gatineau, c'est que les fonctionnaires l'utilisent à d'autres fins.

« Ça signifie que les communications au gouvernement en français vont se détériorer, et en anglais elles vont rester pareilles, parce que la majorité des traductions vont de l'anglais au français », raconte la source. « Donc à plus long terme, on peut craindre que des traducteurs perdent leur emploi. »

Le Bureau de la traduction assure que cet outil ne mènera pas à des compressions, mais l'Association canadienne des employés professionnels a d'autres inquiétudes.

« Le danger que je vois cependant c'est au niveau de la crédibilité du Bureau, face à ce que les fonctionnaires vont voir comme un produit qui devrait avoir une qualité du Bureau de la traduction », soutient la présidente de l'association, Emmanuelle Tremblay.

De son côté, le député libéral Greg Fergus, de la circonscription d'Hull-Aylmer, où se trouve ce bureau, souhaite que son gouvernement fasse marche arrière. « Le Parti libéral du Canada a développé la politique sur les langues officielles alors j'attends qu'on [s'occupe de] cette question-là comme il faut. »

Au gouvernement, on ne parle pas pour l'instant de reculer, mais rappelle que les ministres concernés ont eu un mandat clair, celui de mettre fin à la négligence de l'ancien gouvernement en matière de langues officielles.

Selon le reportage de Catherine Lanthier

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