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EXCLUSIF - Prostitution juvénile : des clients arrêtés s'en tirent sans accusations à Ottawa

Radio-Canada a appris que des clients qui sollicitent les services sexuels de prostituées mineures s'en tirent sans accusation criminelle, après avoir été arrêtés par la police, à Ottawa. Certains sont dirigés vers des programmes parajudiciaires, alors que d'autres sont relâchés sans aucune conséquence, faute du témoignage des jeunes prostituées.

Un texte de Guillaume Dumont

Aujourd'hui âgée de 30 ans, Roxanne* s'est prostituée pour la première fois lorsqu'elle en avait 15. « Je voyais l'argent tomber du ciel et je vivais dans une famille pauvre », explique-t-elle. « J'ai pu m'acheter du linge que je voulais, manger la bouffe que je voulais, aller où je voulais », confie-t-elle, d'une voix timide.

Des cas comme Roxanne, il y en a des dizaines, selon des données obtenues par Radio-Canada auprès de la police d'Ottawa et de Gatineau, au moyen de la Loi sur l'accès à l'information.

La prostitution juvénile est une réalité méconnue, mais bien présente dans la région de la capitale nationale.

Depuis 2010, 12 proxénètes et 4 clients ont été arrêtés pour avoir exploité et sollicité les services sexuels de mineures.

Des arrestations, mais pas toujours d'accusations

Radio-Canada a cependant appris que certains clients arrêtés par la police à Ottawa pour avoir sollicité les services sexuels de mineurs échappent à des accusations criminelles. Le Service de police d'Ottawa (SPO) n'a cependant pas été en mesure de nous confirmer le nombre exact de cas.

Ces individus doivent plutôt se plier à des mesures parajudiciaires, comme des travaux communautaires ou des dons de charité.

« Il y a des programmes parajudiciaires où les clients peuvent payer une amende, faire des travaux communautaires ou recevoir différentes formes de thérapie », explique le sergent Jim Elves, de la police d'Ottawa.

Selon nos informations, d'autres clients sont relâchés sans conséquence, à la discrétion de la police et de la Couronne, lorsque des prostituées mineures refusent de témoigner.

Le sergent Jim Elves soutient qu'il n'est pas au courant de ces cas précis. Mais il explique que les policiers et la Couronne doivent parfois opter pour autre chose qu'un procès, lorsque la preuve est difficile à présenter, même si tous aimeraient mieux voir les clients de prostituées mineures en prison.

La nouvelle loi fédérale est-elle efficace?

Aujourd'hui âgée de 30 ans, Roxanne travaille encore comme escorte à Ottawa, mais elle ne s'est jamais considérée comme une victime.

« Je suis venue au monde dans ce milieu-là. J'ai [donc] continué dans les mêmes voies et l'argent était très facile », rapporte-t-elle.

Roxanne estime qu'elle a toujours été capable de se débrouiller elle-même et qu'elle n'a pas besoin de la Loi sur la protection des collectivités et des personnes victimes d'exploitation [projet de loi C-36], censée la protéger.

La loi fédérale, qui criminalise l'achat de services sexuels, n'est pas efficace pour protéger les travailleuses du sexe, mineures ou pas, selon Frédérique Chabot, une porte-parole de POWER Ottawa, une organisation de défense des travailleuses du sexe.

Elle soutient même que la législation actuelle met en danger les prostituées.

« Les clients sont extrêmement nerveux » , explique-t-elle. « Donc, les travailleuses du sexe ont besoin de refaire exactement ce qu'elles faisaient sous l'ancien régime, c'est-à-dire d'embarquer dans les autos rapidement, de ne pas consulter les listes de mauvais clients, d'aller dans des endroits isolés pour travailler. »

Il faut plutôt appliquer les lois déjà existantes contre l'exploitation sexuelle des mineurs pour protéger ces derniers, estime Frédérique Chabot.

« Je n'ai pas de solution », avance-t-elle. « Est-ce qu'on les [clients] met en prison? Si ça a violé la loi sur le consentement des mineurs, on a déjà décidé qu'en tant que société, il y a déjà des sanctions pour ça. »

Vers une nouvelle vie

Même si elle ne se considère pas comme une victime, en ayant commencé à se prostituer à 15 ans, Roxanne souhaite changer de vie d'ici dix ans et se trouver un nouveau métier.

« J'ai du chemin à faire avant d'arriver dans le domaine de l'emploi. Dans 10 ans, je veux travailler et faire comme tout le monde », lance-t-elle.

*À la demande du témoin, Radio-Canada a changé son prénom.

Avec la collaboration de Jérémie Bergeron

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