Autrefois présentés comme des films historiques, les films de guerre sont aujourd'hui perçus comme un genre cinématographique. Bien qu'ils abordent souvent les thèmes du patriotisme, de l'héroïsme et de la propagande, plusieurs de ces longs métrages révèlent aussi des histoires humaines sensibles et singulières. Voici quatre coups de canon à voir au Festival du film de l'Outaouais (FFO) cette année.

Un texte de Jean-François Chevrier

Les gardiennes

L’actrice française Nathalie Baye renoue pour une troisième fois avec le cinéaste Xavier Beauvois dans cette oeuvre forte qui rend hommage aux femmes de la Grande Guerre.

Alors que les soldats français quittent leurs terres et familles pour le front en 1915, les femmes travaillent sans relâche à la maison. Hortense (Baye) embauche une jeune femme, Francine, pour lui donner un coup de main à la ferme. Leur relation devient le fil conducteur de cette histoire, puisque Francine (interprétée par Laura Smet, la fille de Nathalie Baye) devra s’occuper de cette mère fragilisée par l’âge et la rancune face à la guerre. Pour la plus jeune, cette rencontre avec la doyenne du village aura des effets marquants.

Xavier Beauvois propose ici un film dense et réfléchi qui s’ajoute à sa filmographie prolifique : le cinéaste a déjà reçu le Grand prix au Festival de Cannes en 2010 pour Des hommes et des dieux, 15 ans après le Prix du jury pour N’oublie pas que tu vas mourir.

Projections :23 mars, 21 h, au Cinéma 925 mars, 21 h, au Cinéma Aylmer

Seul dans Berlin

D’innombrables films racontent les horreurs du régime nazi et même si l’histoire d’Otto et Anna Quangel a déjà été racontée maintes fois à la télévision et au cinéma, il n’en demeure pas moins que cette version de ce fait vécu détonne du lot, surtout en raison de sa distribution. L’actrice oscarisée Emma Thompson partage l’écran avec Brendan Gleeson et Daniel Brühl dans ce long métrage réalisé par Vincent Perez (qui nous a également offert le film Dalida l’an dernier).

Seul dans Berlin, c’est la résistance silencieuse orchestrée par les Quangel après la mort au front de leur fils unique. Le couple d’ouvriers décide de placer des centaines de petits messages anonymes à divers endroits de Berlin qui auront pour but d’ébranler le régime d’Hitler. La Gestapo tente de retrouver, forçant ainsi Otto et Anna à transformer leur vie. Ils seront capturés en 1942 et exécutés en 1943.

Bien que ce film ait été critiqué pour son manque d’originalité, il a été applaudi par l’industrie, recevant trois prix au Festival international du film de fiction historique en 2016.

Projections :23 mars, 21 h, au Cinéma Aylmer24 mars, 19 h, au Cinéma 9

Les enfants de la chance

Autre fait vécu, autre histoire citoyenne. Dans ce film réalisé par Malik Chibane, le jeune juif Maurice Gutman (Mattéo Perez) est séparé de sa famille après un banal accident. Alors qu’il séjourne dans un hôpital de Garches, sa famille est capturée à son insu par les nazis et est déportée vers le camp d’Auschwitz. À sa sortie de l'hôpital, deux ans plus tard, il comprendra que sa famille a disparu.

Bien que le sujet puisse paraître lourd, le film est léger et même drôle : on suit l’aventure du jeune Maurice et ses nouveaux amis pensionnaires. Lorsque le médecin lui diagnostique une tuberculose qui requiert un traitement beaucoup plus long, on comprend la raison pour laquelle le cinéaste a choisi le titre Les enfants de la chance : une jambe cassée au lieu de la maladie pulmonaire, et Maurice aurait sans doute vécu le même drame que ces parents... Malik Chibane raconte avec humilité et sensibilité un moment sombre de la Deuxième Guerre.

Projections :23 mars, 15 h, au Cinéma Aylmer24 mars, 17 h, au Cinéma 9

Alias Maria

Ici, l’histoire repose sur les faits et gestes d’une enfant soldat membre de la guerilla des FARC. Maria, 13 ans, a comme mission de transférer le bébé naissant de son commandant à une ville voisine. L'adolescente cache toutefois un secret : elle est elle-même enceinte, ce qui est proscrit au sein de la milice. Maria (incarnée par Karen Torres) devra donc se sauver pour ne pas compromettre sa mission de livrer un bébé qui ne lui appartient pas. Alias Maria est hommage à cette femme, forcée de se soumettre aux ordres des hommes plus puissants.

Le réalisateur José Luis Rugeles propose un huis clos avec très peu de dialogues. Tout tourne autour de l’image, de la jungle, du sentiment d’urgence, des regards et des réactions d’enfants qui souhaitent survivre.

Un 90 minutes pendant lesquelles le conflit colombien est présenté de manière brute. Le film a été présenté dans la section Un certain regard au Festival de Cannes en 2015 et a été sélectionné pour représenter la Colombie lors de la 89e remise des Oscars.

Projection :28 mars, 17 h, au Cinéma Aylmer

Plus d'articles