Retour

FOOTBALL - Les 1001 vies de Henry Burris du Rouge et Noir

Photo : Johany Jutras


À l'aube de la deuxième saison du Rouge et Noir d'Ottawa, plusieurs disaient que Henry Burris était trop vieux, pas assez bon et qu'il prenait de mauvaises décisions sur le terrain. En d'autres mots, qu'il était un quart-arrière fini. Pourtant, l'athlète de 40 ans a déjoué les pronostics les uns après les autres, pour connaître l'une de ses saisons les plus prolifiques. Rencontre avec celui qui foule les terrains de la Ligue canadienne de football (LCF) depuis près de deux décennies.

Un texte de Kim Vallière

Après la saison de misère du Rouge et Noir l'an dernier, ils étaient plusieurs à réclamer la tête du quart-arrière avant la deuxième campagne de la franchise.

« Je ne porte pas attention à ça. J'ai toujours cru en moi », maintient le vétéran de 19 saisons, qui avait été victime de 14 interceptions et n'avait lancé que 11 passes de touché. En 2014, Ottawa n'avait arraché que deux petites victoires en 18 rencontres.

« Je comprends pourquoi les gens me blâmaient ; nous étions une équipe en construction. Mais je ne fais rien différemment cette année. Maintenant que nous avons les bonnes personnes aux bonnes places, ça rend mon travail plus facile », explique celui qui a atteint des sommets personnels et battu de multiples records de la LCF cette année.

« Les statistiques sont bonnes pour l'histoire, c'est quelque chose que tu regardes quand ta carrière se termine », ajoute-t-il. « Pour le moment, les records ne veulent rien dire pour moi, tant que notre club n'a pas soulevé la Coupe Grey à la fin de la saison ».

Burris place l'équipe au coeur de ses préoccupations. Chaque fois qu'il rencontre un coéquipier ou un entraîneur du Rouge et Noir dans les corridors de la Place TD, l'athlète a un bon mot, un surnom ou une blague à offrir.

Cette bonhomie naturelle, sans prétention, fait de Burris l'un des joueurs les plus respectés dans le vestiaire d'Ottawa.

Un athlète en puissance à 40 ans

En plus des records et des honneurs personnels, Burris peut se vanter de faire partie du cercle restreint des joueurs de football professionnel qui poursuivent leur carrière après avoir atteint la quarantaine.

Sa longévité, il la doit à un coup du destin.

En 2007, Burris a subi une blessure qui allait changer son approche du sport. En plongeant sur les lignes de côté, alors qu'il portait l'uniforme des Stampeders de Calgary, il s'est disloqué l'épaule gauche.

« Ça m'a fait très peur. C'est une sensation que je ne veux plus jamais ressentir », confie-t-il. « Je me suis juré que je n'allais plus jamais me blesser. »

Depuis, Burris n'a pas raté un seul match de football.

Pour réussir à garder sa promesse, le quart-arrière a dû changer ses habitudes. Lui qui ne fréquentait pas le gymnase auparavant s'est mis à soulever des poids pour améliorer sa force musculaire. Il a aussi exploré d'autres types d'entraînement, comme le Pilates et le yoga.

« J'ai découvert comment tirer le maximum de mon corps, comment me mettre dans la meilleure position possible pour absorber les plaqués. C'est la seule raison pour laquelle je peux encore avoir un impact sur le terrain à 40 ans », admet sans détour Burris.

Il surveille également son alimentation de près, allant jusqu'à faire des tests d'intolérance alimentaire pour savoir quel produit éviter de consommer, afin de ne pas nuire à ses performances.

C'est cette préparation physique et mentale qui le distingue du jeune homme qu'il était, lorsqu'il a fait ses débuts au football professionnel, dans la LCF, en 1997.

« Quand j'avais 20 ans, je voulais courir plus vite que tout le monde, montrer à quel point mon bras était fort. Je tentais les passes dans les mauvaises situations », raconte-t-il. « Maintenant, je sais que je dois me concentrer sur les détails pour avoir du succès. »

Et l'après-football...

Photo : PC/Mike Carroccetto

L'adrénaline des matchs, l'ambiance sous les projecteurs, la camaraderie entre les joueurs, Burris n'est pas prêt à abandonner tout ce qui entoure la vie d'un joueur de sitôt.

« C'est certain que je reviens l'an prochain. Je ne pourrais pas quitter après ce que nous avons accompli ici cette année », indique celui qui a contribué à transformer la saison 2014 cauchemardesque du Rouge et Noir en scénario de rêve, en aidant l'équipe à terminer au premier rang de de la Division est de la LCF.

Le pivot ose à peine imaginer ce que le groupe de joueurs avec lequel il joue pourrait accomplir l'an prochain.

« Je vais raccrocher mes crampons le jour où mes capacités vont commencer à faiblir. J'ai toujours dit que lorsque je ne pourrai plus courir pour éviter les plaqués, quand je ne serai plus assez rapide pour gagner du temps, ce sera le temps », raconte le père de deux jeunes garçons.

L'après-carrière

Burris fait preuve de la même discipline dans la préparation de son après-carrière que dans sa routine quotidienne : aucune place à l'improvisation.

« Je vais organiser des camps de football pour les jeunes d'Ottawa et faire carrière dans les médias, à la radio et à la télévision », détaille celui qui a déjà animé le segment météo d'une émission télé matinale.

Une transition naturelle, entre le terrain et les studios, pour celui qui est comme un poisson dans l'eau devant les caméras.

Celui que l'on surnomme « Smillin' Hank », en raison du large sourire qui semble imprimé sur son visage, possède une bonne humeur naturelle et une générosité évidente.

« J'aime mettre du soleil dans la journée des gens, dire les bonnes choses pour les faire rire et possiblement changer la vie de quelqu'un. Être capable d'avoir un effet sur la vie des gens à travers mes passions, que ce soit le football ou les médias, c'est le scénario rêvé pour moi », souligne-t-il.

Ses futurs auditeurs devront toutefois patienter encore un moment. Avant de passer de l'autre côté du micro, Burris espère soulever la Coupe Grey pour la troisième fois de sa carrière.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine