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Gangs de rue et problèmes de santé mentale : explosion des confinements à la prison de Hull

Les mises en confinement des détenus à la prison de Hull ont augmenté de 120 % de 2013-2014 à 2014-2015, soit la plus forte hausse dans les prisons au Québec. C'est ce que révèlent des données du ministère de la Sécurité publique obtenues par Radio-Canada, en vertu de la Loi sur l'accès à l'information. Selon le Syndicat des agents de la paix en services correctionnels de la province, la situation s'expliquerait par la présence importante des gangs de rue à l'intérieur des murs, associée à davantage de cas en santé mentale.

Un texte de Guillaume Dumont

Le nombre de mises en confinement à la prison de Hull est ainsi passé de 392 en 2013-2014, à 873 en 2014-2015.

Selon le ministère de la Sécurité publique, les cas ont cependant reculé en 2015-2016, à 628. Malgré tout, la moyenne des cinq dernières années a augmenté de près de 60 %. Soulignons que la durée moyenne des mises en confinement a diminué, passant de 2,4 à 2 jours à la prison de Hull.

Gangs de rue et santé mentale

Le président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec, Mathieu Lavoie, confirme que les agents doivent recourir de plus en plus souvent à des mesures d'isolement.

Selon M. Lavoie, la hausse des problèmes de santé mentale depuis plus de dix ans chez les détenus complique le travail des agents correctionnels.

« On n'a pas les ressources pour accueillir ce genre de clientèle-là, qui pose problème en raison de leurs problématiques, parce qu'on ne peut pas les mélanger avec d'autres », explique-t-il.

Cette situation entraîne aussi une augmentation du trafic de médicaments à l'intérieur des prisons, ce qui force parfois le recours au confinement, selon M. Lavoie.

« Ça peut être pour les protéger des autres, pour éviter qu'ils se fassent taxer leurs médicaments », donne-t-il comme exemple.

Il ajoute que la présence grandissante de membres de gangs de rue complique la donne.

« Il y a différentes factions qu'on ne peut pas mettre en contact », note M. Lavoie. « Donc, la surpopulation fait en sorte qu'à un moment donné, on n'a plus d'endroit pour mettre les détenus. »

Conséquences psychologiques du confinement

De son côté, le professeur en criminologie à l'Université de Saint-Boniface, Jean-Claude Bernheim, affirme qu'il y a un regain de tension dans les prisons provinciales, en raison de l'augmentation du nombre de détenus et d'un manque de personnel.

La hausse des mises en confinement a aussi des conséquences importantes sur la santé des détenus, d'après lui.

« L'isolement fait que les gens sur le plan psychologique et même physiologique réagissent souvent très fortement et c'est ce que les coroners ont constaté », précise-t-il. « Les taux de suicide et les automutilations sont proportionnellement plus fréquents dans les secteurs d'isolement ou quand les personnes sont isolées. »

M. Bernheim avance aussi que les délais maximums de mise en confinement ne sont pas toujours respectés dans les prisons québécoises.

« On constate que souvent, ce délai maximum est dépassé », dit-il. « Les 4 ou 5 jours peuvent monter à 10-15 jours, des fois plus. »

Hausse du nombre de détenus et interdiction de fumer

Le ministère de la Sécurité publique du Québec explique quant à lui cette forte augmentation par différents facteurs, dont la hausse de la population carcérale à la prison de Hull.

Les sanctions disciplinaires seraient aussi à la hausse, notamment en raison de l'entrée en vigueur de l'interdiction de fumer, en février 2014.

Le ministère soutient que la possession de tabac de contrebande et la hausse des comportements contraires au règlement - comme le don ou l'échange de timbres de nicotine ou la consommation de produits imitant le tabac, comme le thé - ont fait augmenter les statistiques de mises en confinement.

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