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Gaston Carrière : une vie de combat syndical, sans langue de bois

Personnage coloré, homme de conviction, les qualificatifs ne manquent pas pour décrire Gaston Carrière, qui après 37 ans dans le milieu syndical, prendra sa retraite le 6 octobre prochain. Une soirée, où sa contribution sera soulignée, a lieu aujourd'hui.

Gaston Carrière a été embauché en 1973, alors que l'usine de Gatineau est la propriété de la Canadian International Paper (CIP). À l'image de sa carrure, sa mémoire en impose quand vient le moment d'évoquer sa première journée de travail.

« Je suis rentré le 31 octobre 1973, de 16 h à minuit. Je travaillais au "groundwood" comme on l'appelait. Je chargeais des billes de bois dans des caissons », se remémore-t-il.

Par la suite, il réussira à se faire embaucher comme homme de métier, un poste qu'il occupe depuis. Rapidement, il décide de joindre le mouvement syndical.

« J'ai embarqué tout de suite comme délégué de 1973 à 1980. De 1981 à 1987, [j'ai été] trésorier. On n'était pas loin de 1800 travailleurs. Après ça, de 1987 à 1996, j'ai été vice-président des hommes de métier. On avait au-dessus de 400 travailleurs de métier. Après ça, j'ai été cinq ans en pénitence. De 2001 à aujourd'hui, je suis revenu comme président », détaille-t-il en esquissant un sourire.

Le témoin d'une tranche d'histoire

Parler de syndicat avec Gaston Carrière, c'est retracer les grands changements connus par l'industrie de la transformation du bois dans la région.

Au fil de ses quatre décennies d'engagement, Gaston Carrière a participé à 11 négociations et plusieurs grèves, dont celle de 10 jours en 1987 et la plus longue de 16 semaines, en 1990.

Si ce n'est pas le genre de personne à étaler ses états d'âme ou ses regrets, il confie néanmoins que le plus difficile pour lui a été de voir les pertes d'emplois se succéder à un rythme effréné.

« 1987, 1992, 1993, 1996, 1998, 2007, 2010 c'était tous des moments où ils ont fermé les machines à papier. [...] Ça sortait à coup de trois, quatre, cinq puis 600 », énumère-t-il.

Il avoue que la période allant de 1992 à 1995 a été particulièrement dure à vivre parce que 600 personnes ont été mises à la porte sur une période de trois ans, par petits groupes.

Cette époque correspond à l'arrivée des machines qui étaient capables d'effectuer les tâches de plusieurs travailleurs et à la fusion de différents groupes d'employés.

Résultat, de presque 1800 travailleurs dans les années 1970, l'usine de Gatineau n'en compte aujourd'hui plus que 126.

La bataille de sa vie

Son combat le plus ardu, Gaston Carrière l'a mené à partir de 2010, lors de la fermeture de la l'usine.

Alors que 330 travailleurs perdaient leur emploi, le propriétaire de l'époque, la compagnie Bowater, accordait des primes de plusieurs millions à ses cadres.

Dès lors, la relance est devenue la priorité du syndicat, qui tenait à ce que les travailleurs les plus âgés puissent avoir droit à leur fond de pension.

Il aura fallu trois ans de discussions, de négociations et d'efforts de tous les ordres de gouvernement, ainsi qu'un nouveau propriétaire, pour parvenir à une relance des activités.

« J'ai fait ce que j'avais à faire. L'usine va bien, tout notre monde a eu sa retraite. Il est temps de donner le flambeau au suivant. [...] Je calcule que depuis qu'on est reparti, on a à peu près 140 gars qui ont accédé à leur retraite », souligne Gaston Carrière.

En dépit des soubresauts qui secouent l'industrie forestière, le chef syndical reste convaincu que l'usine de Gatineau a de beaux jours devant elle.

D'après un reportage de Nathalie Tremblay

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