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Gatineau parmi les pires villes en matière de signalements de violence conjugale

Si la violence conjugale est en baisse au Canada, la région de la capitale nationale présente un cas paradoxal : Gatineau a le deuxième plus fort taux de violence familiale déclarée par la police, Ottawa affichant la plus faible proportion au pays.

C'est ce que révèle l'Enquête sociale générale de Statistique Canada, dont les résultats ont été rendus publics jeudi.

Gatineau figure en tête de liste en 2014, derrière Saguenay, avec 327 signalements en moyenne par tranche de 100 000 habitants au total. Dans le détail, les signalements de victimes féminines et masculines sont respectivement de 455 et 197 pour 100 000 habitants.

À l'autre extrême du classement, Ottawa compte 94 signalements pour 100 000 habitants. Dans la capitale nationale, les signalements de victimes féminines et masculines sont respectivement de 127 et 59 pour 100 000 habitants.

À la lecture de ces données, il apparaît que la violence conjugale affecte autant les hommes que les femmes, mais ces dernières apparaissent néanmoins surreprésentées dans les signalements en termes de proportions.

À l'échelle du pays, 760 000 Canadiens admettent avoir été les victimes de violence de la part de leurs conjoints.

Il s'avère que seulement 30 % des victimes dénoncent leurs agresseurs à la police, une démarche souvent utilisée en dernier recours, selon la professeure au Département de psychologie à l'Université de Québec à Montréal (UQAM), Ghayda Hassan.

Un classement à relativiser

En chiffre absolu, le nombre de victimes de violence déclarée par la police est aussi plus important à Gatineau (1060) comparativement à Ottawa (920).

Cette situation est d'autant plus frappante que la population de la capitale nationale dépasse les 880 000 habitants, alors qu'elle n'est que de 265 000 dans la métropole de l'Outaouais.

Selon la directrice générale de la Maison d'amitié à Ottawa, Francine Groulx, le grand écart entre Gatineau et Ottawa ne signifie pas qu'il y a moins de cas de violence conjugale sur la rive ontarienne de la rivière des Outaouais.

« Pas du tout, au contraire. [...] Je sais que pour les maisons d'hébergement dans la région d'Ottawa, nous fonctionnons toujours à pleine capacité, et même souvent, à surcapacité », souligne-t-elle.

Elle indique que la ligne de soutien provinciale Fem'aide reçoit jusqu'à 3000 appels par an, juste pour la région de la capitale nationale. Selon elle, l'organisme Maison d'amitié reçoit un volume similaire de coups de téléphone chaque année.

L'attitude de la police d'Ottawa

À l'automne 2015, l'Université d'Ottawa avait publié une étude sur la violence faite aux femmes, portant sur un échantillon de 219 répondantes ayant porté plainte à la police.

Les faits considérés allaient de la violence sexuelle aux menaces, en passant par les agressions physiques.

La recherche a révélé que 64 % des personnes interrogées étaient satisfaites du traitement donné à leur plainte pour violence conjugale. Elles n'étaient cependant que 44 % à avoir eu le sentiment que leurs agressions sexuelles avaient été prises au sérieux par les agents.

Ce problème d'attitudes vis-à-vis des victimes de violence sexuelle a été mis en lumière récemment par Mélodie Morin, une ancienne étudiante de l'Université d'Ottawa.

Cette dernière avait fait une sortie publique pour dénoncer la police d'Ottawa, qui selon elle, n'avait pas assuré un suivi approprié à la suite de sa plainte pour agression sexuelle.

Francine Groulx refuse néanmoins de montrer du doigt les policiers de la capitale nationale, parce que les raisons qui expliquent qu'il y ait moins de signalements à Ottawa sont multiples.

« Évidemment, on se concerte pour les soutenir davantage », reconnaît-elle, mais elle affirme qu'il faut aussi travailler avec les femmes afin de réduire leurs craintes de dénoncer leurs agresseurs, tout en démystifiant le rôle des policiers et du système judiciaire.

Avec des informations de Jérôme Bergeron

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