On ne tue pas la une en affirmant que Gatineau est encore et toujours en quête d'identité culturelle... Cette semaine, dans le cadre de la série Labrosse-Wellington, nous avons demandé à des artistes d'ici si leur ville était un lieu propice à la création. La grande question : peut-on vivre de son art à Gatineau?

Un texte de Julien Morissette pour la série Labrosse-Wellington

Nous avons lancé cette réflexion grâce à Andréa Martel Crites, conseillère en entrepreneuriat artistique au Carrefour jeunesse-emploi de l'Outaouais (CJEO). Depuis sept ans, Andréa s'occupe du programme Jeunes volontaires d'Emploi-Québec, qui vise à soutenir des projets de démarrage d'entreprises chez les 16 à 29 ans.

Étant elle-même artiste diplômée de l'École multidisciplinaire de l'image (EMI), à l'Université du Québec en Outaouais (UQO), Andréa connaît bien les défis auxquels font face les artistes qui veulent faire de leur art une priorité.

Mettons d'abord une chose au clair : les jeunes artistes doivent gérer leur carrière et leurs activités comme des travailleurs autonomes ou de petites entreprises. Le cliché de l'artiste solitaire et détaché de toute vision commerciale ou marchande disparaît tranquillement de la mentalité des créateurs. Ceci explique pourquoi les artistes de 16 à 29 ans sont encadrés au CJEO.

Des artistes gatinois qui vivent de leur art

Notre petite enquête non scientifique nous a menés sur des terrasses du Vieux-Hull et du quartier Val-Tétreau, où les conditions étaient favorables à la discussion et au franc-parler.

Stéphanie St-Jean Aubre, artiste multidisciplinaire, et Guillaume Perreault, auteur et illustrateur de bandes dessinées, ont tous deux décidé de rester dans leur ville natale pour faire carrière.

Malgré les lieux de diffusion disponibles, les salles d'exposition, les salons du livre et une offre culturelle diversifiée, ils sont convaincus qu'il reste beaucoup de travail à faire pour stimuler la communauté créative et faire sortir le public gatinois.

 

Guillaume et Stéphanie ne font pas que montrer le public du doigt : ils renvoient aussi la balle aux créateurs qui, selon eux, doivent s'unir, s'encourager et collaborer.

Le combat de Culture Outaouais

La directrice générale de Culture Outaouais en a long à dire lorsqu'on aborde la question du sentiment d'appartenance à la région de l'Outaouais. Julie Martineau constate que le public connaît surtout les artistes originaires d'ici, qui ont quitté la région - comme Alexandre Désilets, Patrice Bélanger, Pierre Lapointe, Philippe Falardeau, Laurence Nerbonne et D-Track.

David « D-Track » Dufour est en effet établi à Montréal depuis deux ans et il réussit à vivre de son art, à Gatineau comme à Montréal. Le slameur-rappeur dit avoir déménagé dans le but de trouver de nouvelles sources d'inspiration et de collaborer avec d'autres artistes, afin de « se renouveler et d'approcher les choses d'un autre angle. » Tout est question de communauté de création, finalement.

Alors, quels sont les éléments pour stimuler cette communauté d'artistes et faire de Gatineau un lieu propice à la création? « Ça prend des lieux de création accessibles et un réseau fort de pairs », soutient Julie Martineau.

Une identité culturelle à définir

En vue du renouvellement de la politique culturelle du gouvernement du Québec, le maire Maxime Pedneau-Jobin reconnaissait dans un mémoire que Gatineau « éprouve encore de la difficulté à se doter d'une personnalité qui la distinguerait parmi les villes du Québec et du Canada. »

Mireille Apollon, la présidente de la Commission des arts, de la culture, des lettres et du patrimoine de Gatineau, semble sur la même longueur d'onde. Lors d'une entrevue accordée au mois d'août à notre antenne, elle a souligné que la ville a fort à faire pour exister, d'un point de vue identitaire, face à une agglomération de la dimension d'Ottawa.

Pourtant, nos intervenants ont souligné qu'il faudrait, au contraire, faire d'Ottawa et de Gatineau un pôle culturel unique, qui aurait une envergure nationale. Cette question nous servira d'ailleurs de point de départ pour le prochain épisode de Labrosse-Wellington!

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