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Glengarry-Prescott-Russell : un projet éolien controversé s’invite dans la campagne électorale

La transition vers les énergies propres amorcée par l'Ontario il y a une quinzaine d'années continue de soulever la grogne dans la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell, où bon nombre de résidants craignent que d'immenses éoliennes sillonnent bientôt leur territoire, sans qu'ils n'aient un mot à dire.

Un texte de Denis Babin

Si la construction de parcs solaires dans le secteur de St-Isidore n’a pas créé trop de remous en 2010, il en est autrement ces jours-ci pour le projet de parc éolien Champ de l’Est qui doit voir le jour à St-Bernardin, un des villages qui forment la municipalité de La Nation, et dans la municipalité voisine, le Canton de Champlain.

Un peu partout, des affiches disant « NON! » à l’énergie éolienne se dressent dans le paysage de la circonscription.

À l’heure du petit déjeuner, le sujet anime les discussions au Dépanneur Ti-West situé au coeur de St-Bernardin.

« Les éoliennes, ce n’est pas quelque chose qui est bienvenue dans le coin ici. Ça, c’est sûr », lance Grégoire Leroux, un résidant du coin.

Sa conjointe, Nicole Levac, peut difficilement concevoir que des éoliennes hautes de 132 mètres équipées de pales longues de 68 mètres puissent un jour meubler les champs agricoles des environs.

« Premièrement, parce que ce n’est pas joli. Deuxièmement, on ne connaît pas les conséquences que cela peut avoir sur l’environnement », répond-elle entre deux gorgées de café.

La conversation se déroule sous l’oeil attentif de Bonnie Jean-Louis, candidate du Nouveau Parti démocratique (NPD) de l’Ontario dans Glengarry-Prescott-Russell en vue des élections générales du 7 juin prochain.

Favorable au développement des énergies renouvelables, la candidate originaire de Hawkesbury adopte une position beaucoup plus nuancée à l’égard du projet Champ de l’Est.

« Personnellement, et même au niveau du NPD, nous valorisons davantage les énergies renouvelables à petite échelle.[...] Moi, mon principal intérêt, vraiment, c’est d’écouter les gens, de voir c’est quoi leur position et ensuite d’aller les représenter, me battre pour eux », indique Bonnie Jean-Louis.

Neuf turbines capables d’alimenter 10 000 foyers

D’une puissance maximale de 32 mégawatts, le projet Champs de l’Est doit comporter neuf turbines pouvant alimenter 10 000 foyers en électricité.

Le parc éolien, dont la mise en service est prévue en 2019, est développé par le groupe britannique Renewable Energy Systems.

La demande d’autorisation du promoteur a tout récemment été jugée complète par le ministère de l’Environnement et de l'Action en matière de changement climatique.

Le projet est affiché sur le registre environnemental de la province afin d’être soumis aux commentaires du public jusqu’au 2 juin prochain.

L’une des craintes de Julie Leroux, porte-parole du regroupement citoyen Sauvons La Nation, qui s’oppose au développement du parc éolien, c’est que ce projet soit suivi d’un autre d’une ampleur beaucoup plus importante.

« C’est certain qu’il n’y a personne qui est contre la vertu. Il n’y a personne qui souhaite de la pollution. Par contre, il faudrait que ce [projet] soit fait de façon sensée et non pas au détriment des citoyens », dénonce-t-elle.

Un pouvoir municipal quasi inexistant

L’adoption de la Loi sur l’énergie verte par les libéraux en 2009 a changé la donne pour les municipalités.

Depuis l’entrée en vigueur de la Loi, la grande majorité des projets d’énergie renouvelable sont exemptés des mécanismes [règlements de zonage et plans directeurs] qui régissent l’aménagement du territoire au niveau local.

« Les municipalités n’ont pas leur mot à dire à savoir si oui ou non elles permettent [ces projets-là] sur leur territoire », résume le directeur du département d’urbanisme et de foresterie des Comtés unis de Prescott et Russell, Louis Prévost.

Quel avenir pour la Loi sur l’énergie verte?

Le candidat libéral dans la circonscription de Glengarry-Prescott-Russell Pierre Leroux admet d’emblée qu’il serait difficile de faire marche arrière sur les projets déjà annoncés.

Celui-ci n’en demeure pas moins ouvert à l’idée de modifier la Loi sur l’énergie verte s’il est élu député de la circonscription.

« Est-ce que ça veut dire que je vais être toujours d’accord avec le Parti [libéral]? Non! Des fois, je vais être capable de me mettre "sur les deux pieds" et de dire : "Ma population, elle veut quelque chose et je suis capable de me battre pour [elle]" », affirme M. Leroux.

Pour sa part, le candidat libertarien Darcy Neal Donnelly affirme qu’il irait beaucoup plus loin s’il est élu, bien qu’il admette d’emblée qu’une victoire de sa part soit improbable.

Le camionneur de métier, qui s’oppose à toute forme d’intervention du gouvernement dans ce dossier, mettrait la Loi sur l’énergie verte au rancart.

« Vraiment, je suis contre. Si c’était un projet privé, pour un fermier lui-même qui le fait sur sa ferme, d’après nous autres [les libertariens], c’est correct. Mais quand le gouvernement se mêle dans les affaires des entreprises, ce n’est pas bon », pense le candidat de 57 ans.

Au moment d’écrire ces lignes, nous n’avions pas été en mesure de recueillir les commentaires du candidat vert Daniel Reid.

La candidate progressiste-conservatrice Amanda Simard, de son côté, n’a pas répondu à nos multiples demandes d’entrevue. Son chef, Doug Ford, a cependant déjà déclaré que cette loi est un « désastre » et promet de l’abolir.

Pour quel parti le vent soufflera-t-il dans Glengarry-Prescott-Russell le jour du scrutin?

La porte-parole du regroupement Sauvons La Nation ne compte pas mousser une candidature en particulier.

« Notre rôle n’est pas de dire aux gens pour qui voter, mais d’essayer de les informer pour qu’ils puissent prendre des décisions à leur avantage », conclut Julie Leroux.

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