OTTAWA - De la Ligue de hockey junior majeur du Québec à la Ligue américaine, à son arrivée dans la LNH, en passant par son détour par la Suisse et son grand retour avec les Sénateurs d'Ottawa, Guy Boucher a toujours été décrit comme un penseur du hockey, un vulgarisateur.

Un texte d’Alexandre Gascon

Les années passent, mais Boucher ne change pas. L’entraîneur est arrivé dans la Ligue nationale de hockey avant de souffler 40 bougies sur son gâteau d’anniversaire. Il a connu le succès partout où il est passé, mais il demeure d’une grande modestie.

Qui que vous soyez, lorsque vous posez une question, vous obtiendrez une réponse, une vraie.

Lundi matin, tandis qu’il avait décidé de donner congé à la plupart de ses joueurs pour le traditionnel morning skate à quelques heures du match de sa bande contre le Canadien, l’homme de 46 ans a passé une vingtaine de minutes pour répondre aux questions des journalistes.

Le pilote des Sens a raconté la belle histoire d’un de ses joueurs, Chris DiDomenico, qui a pris un détour de 10 ans avant de jouer dans la LNH et qui totalise maintenant cinq points en autant de rencontres.

Il a exposé ses intéressantes théories sur le repos, la récupération, les entraînements et la formation à 11 attaquants et 7 défenseurs qu’il privilégie.

Pour le lecteur curieux, voici le compte-rendu de son point de presse.

Sur Christopher DiDomenico (un but et une passe contre le CH)

« Je l’ai eu junior et c’était un joueur dominant. C’est une histoire spéciale. Il s’est blessé au quatrième ou cinquième match en finale du championnat (la Coupe du Président dans la LHJMQ en 2009, NDLR). C’était pas beau, c’est une des affaires les plus dégueulasses que j’ai vues. Ça lui a pris un an et demi. Il a été en fauteuil roulant pendant extrêmement longtemps. Le temps de se remettre sur pieds, juste marcher, de réapprendre à faire les choses. Être sur la glace, c’était une bonne année et demie je te dirais avant même de pouvoir penser au hockey et de pouvoir ressembler un peu à ce qu’il ressemblait avant. Ça, se sont tes années dans la Ligue américaine. Il a été obligé d’aller en Italie se refaire dans les ligues moins fortes, tranquillement il a réussi à s’amener en Suisse en Ligue B, il a dominé la Ligue B. On l’a eu après ça, à la Coupe Spengler. Il était meilleur que plein de gars qui étaient dans la Ligue nationale l’année précédente. Je me suis dit à ce moment-là, peut-être qu’il serait capable de passer à un autre niveau. Il a traîné son équipe de la Ligue B à la Ligue A et il était dominant là aussi. À ce moment-là je me suis dit qu’il est probablement capable d’en faire plus. Si on regarde les moins de 20 ans, il était avec nous dans le top 6 en avant de gros noms qui sont des vedettes dans la Ligue nationale maintenant. Il était en avant de ces gars-là dans ce temps-là. Il a été obligé de prendre un peu de recul. Mais dans les derniers matchs qu’il a joués, son hockey c’est vraiment Ligue nationale, sa vision c’est Ligue nationale, comment il gère la rondelle c’est Ligue nationale. Maintenant est-il capable de le faire en dépit de sa grosseur, sa vitesse, sa force physique? Il va avoir l’occasion. »

Comment générer de l’attaque

Tour à tour, Erik Karlsson, Zach Smith, Bobby Ryan et Kyle Turris ont manqué des matchs. Malgré tout, les Sens sont sur un pied d’égalité au 4e rang de la LNH pour les buts marqués (43) en dépit d’une attaque presque anonyme et de ses blessures à des joueurs clés.

« Le fait que nos défenseurs ne soient pas blessés et notre gardien de but non plus fait en sorte qu’on peut se fier à ça. Les cinq premiers matchs on avait le même genre d’attaque et Erik Karlsson n’était pas là. On est allé dans l’Ouest et il y a deux matchs où on a compté six buts. 6-0 et 6-1. Karlsson n’était pas là. Je ne veux pas non plus commencer à dire que notre attaque est basée sur Erik Larlsson parce que 1- ce serait faux et 2- ce serait manquer de respect envers les autres gars qui ont eu leur mot à dire pendant qu’Erik n’était pas là. Ça revient au concept d’équipe, qui est extrêmement fort. Tout est basé sur quand il y en a un qui manque, il y en un qui le remplace et il a les mêmes habitudes de travail, les mêmes habitudes offensives et défensives ce qui fait qu’on est capable de palier pendant un certain temps aux gars qui manquent, aux trous créés. »

« On n’est pas une puissance, on le sait, on le reconnaît. Notre force : on est une équipe. On essaie de survivre en ce moment et jusqu’à présent, on survit. »

L’implication des défenseurs

Avant les matchs du 31 octobre, il s’est marqué en moyenne plus de 3 buts par match par équipe, une valeur en hausse cette année. Boucher a sa petite idée pour l’expliquer.

« Ce qui a changé dans les cinq, six dernières années, c’est l’implication des défenseurs. Les défenseurs sont impliqués dans l’échec avant jusqu’au fond de la zone, les défenseurs sont impliqués dans la transition, dans le jeu, sont toujours le quatrième homme. Presque toutes les équipes ont un quatrième homme au moins une poussée offensive sur deux, si c’est pas toutes. Les sorties de zone la même chose, les défenseurs sont très impliqués. Tu n’as pas le choix, avec la pression que les défenseurs mettent sur l’adversaire, tu es obligé de créer d’autres ouvertures et ça, c’est ton défenseur qui va le faire. Ce qui fait qu’aujourd’hui, les équipes sont rendues meilleures. Avant c’était une tendance, maintenant c’est une expertise dans la ligue. Le fait que la ligue a changé de types de joueurs : les gros bonhommes plus lents ont plus de difficultés. Qu’est-ce que tu fais? Ben, tu rentres encore plus de gars rapides. Si tu regardes New Jersey, c’est sûr que quand tu rentres un premier choix au total, tu es transformé assez vite, mais c’est un gars rapide. Ils ont fait des échanges, ils sont allés chercher Marcus Johansson et plein de gars qui sont extrêmement rapides. Leur équipe a changé parce qu’ils ont changé leur rapidité. La rapidité fait en sorte qui se fait des jeux difficiles à gérer pour les gardiens de but et pour les défenseurs. »

11 attaquants, 7 défenseurs

Avant d’annoncer, quelques minutes avant le duel contre Montréal, que Mark Borowiecki était sur la touche et que Max McCormick prendrait sa place, l’entraîneur des Sénateurs comptait utiliser une formation à sept défenseurs. Un style qu’il affectionne tout particulièrement. Voici pourquoi.

« C’est quelque chose que je fais depuis 20 ans, depuis que je suis dans le midget. Dans ce temps-là je passais pour un hurluberlu, mais aujourd’hui plusieurs équipes font cela. C’est qu’au fil des années j’ai vu où le hockey s’en allait et je trouvais que plus les défenseurs étaient actifs, plus c’était demandant pour eux. Tu leur demandes d’en faire plus mais ils sont juste six. »

« Avant tu pouvais accrocher, les gros bonhommes pouvaient arrêter les autres en mettant le bâton entre les jambes, ce qui fait que tu ralentissais la vitesse d’un adversaire alors les défenseurs étaient capables de rester plus longtemps sur la glace. Aujourd’hui, tu ne peux plus rester longtemps. Tu vas voir 30 minutes peut-être pour ton meilleur défenseur, mais il va le faire à plus de reprises qu’avant. Avant, il pouvait rester une minute et demi sur la glace et ça dérangeait pas son jeu, mais à un moment donné tu peux plus faire ça. Le jeu est tellement rapide et ils sont tellement impliqués que dans ce contexte-là, avec un autre défenseur, tu te fatigues moins, premièrement. Tu peux avoir des experts, c’est-à-dire que tu as un défenseur qui a de la misère à cinq contre cinq, mais qui est extraordinaire en avantage numérique, tu l’as sur ton club. »

« J’adore être 11 à l’attaque. Quand tu dis les joueurs n’aiment pas ça, ça dépend. Habituellement, les défenseurs n’aiment pas ça. Karlsson, ça ne change rien à ses minutes, il va jouer 25 à 30 minutes pareil, lui il s’en fout complètement. En avant, avec 11, tu te retrouves sans quatrième ligne. À Tampa, sur ma quatrième ligne je pouvais avoir Nate Thompson, et après ça c’est Steven Stamkos, et le coup d’après c’est Vincent Lecavalier. Le gars de l’autre bord il attend ta quatrième ligne, mais elle n’est jamais là. C’est très difficile à matcher et tes gars de quatrième ligne, tes joueurs de ce trio-là obtiennent des points et leur confiance augmente. Il y a tellement de raisons pour quoi j’aime ça. Ça fait tellement longtemps que je le fais, c’est sûr que je prêche pour ma paroisse. Des fois, tu peux pas le faire. Jai eu des équipes où je pouvais pas le faire, ça te prend le nombre et la qualité. Mais quand tu demandes aux attaquants, ils adorent ça, ils détestent jouer à quatre lignes. Quand c’est quatre trios que tu roules, tes vedettes ils en ont plein leur casque assez vite. »

L’entraînement matinal

Guy Boucher ne tient plus nécessairement un entraînement obligatoire le matin des jours de matchs comme le veut les us et coutumes de la LNH. Il ne croit pas à la théorie qui prétend que c’est bénéfique pour les joueurs.

« Quand on a une pratique la journée d’avant, pas de morning skate. Quand on en a pas la journée d’avant, on a un morning skate. »

« Je vais être franc avec vous autres, ceux qui faut qui s’habituent le plus à ça et qui détestent qu’il n’y en ait pas, c’est vous autres (les journalistes). Les joueurs sont ben contents le matin d’avoir dormi une heure de plus. Au lieu d’avoir leur meeting à 9 h 15, il est à 10 h 30, ils sont ici à 9 h 30, ils ont dormi une heure de plus. C’est énorme. Au lieu de deux pratiques, ils en ont une. C’est de l’énergie, le soir ils n’ont plus de jus. »

« Dans la Ligue nationale, le repos c’est une arme. Si on n’est pas capables de gérer ça, on peut pas demander à nos joueurs de performer sur une base constante. C’est ma job. »

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