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Hausse importante de cas de gonorrhée en Outaouais

Un rapport de l'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) montre que les infections gonococciques au Québec ont connu depuis deux ans une progression importante. Et ce sont les jeunes hommes qui sont particulièrement touchés par cette infection transmise sexuellement ou par le sang (ITSS).

Un texte de Chantal Payant

De 2015 à 2016, le nombre de cas déclarés de gonorrhée dans la province est passé de 3930 à 4774. On en projette près de 6000 en 2017, une augmentation de 52,7 % en deux ans.

En Outaouais, la progression des cas de gonorrhée est aussi inquiétante, puisqu'elle a plus que doublé, malgré l'ouverture en 2016 à Gatineau d'une clinique de dépistage des ITSS et du lancement d'un site web à l'intention des jeunes aime-toi.ca.

On projette près de 200 cas en 2017, alors qu'on en comptait 90 en 2015, une augmentation de 122 %.

À titre comparatif, le nombre de cas déclarés de gonorrhée à Ottawa est passé de 328 en 2015 à 371 en 2016, une hausse de 13 %.

Une situation préoccupante, selon des responsables de la Direction de la Santé publique en Outaouais (DSPO).

Mme Lévesque indique que plusieurs facteurs peuvent expliquer cette augmentation des cas de gonorrhée, entre autres le dépistage plus régulier des populations à risque et les tests qui ont été raffinés.

« On fait beaucoup plus de dépistage, on a augmenté le nombre de tests effectués, on a un test beaucoup plus sensible », explique Mme Lévesque qui ajoute que « chez les hommes, on fait aussi des détections plus facilement au niveau de la gorge et de l'anus, ce qui pourrait expliquer une augmentation des cas déclarés chez les hommes. »

Reste que selon l'INSPQ, « la progression du nombre de tests effectués est nettement moindre que la progression du nombre de cas déclarés ».

Les jeunes hommes particulièrement à risque

Les cas de gonorrhée sont beaucoup plus nombreux chez les hommes que chez les femmes, et ce sont ceux âgés de 15 à 29 ans qui semblent le plus à risque. En 2016, 79 % des cas déclarés de gonorrhée étaient masculins.

Près du quart des cas déclarés étaient des jeunes hommes âgés de 15 à 24 ans, alors que cette proportion était de 50 % chez les femmes dans cette tranche d'âge.

À la DSPO, on ne communique pas pour le moment la répartition des cas de gonorrhée entre hommes et femmes pour 2016 ou 2017.

Jeunes et homosexuels

Selon l'INSPQ, en 2016, plus de la moitié des infections gonococciques chez les hommes avait été contractée à la suite de relations annales (58 %) ou orales (34 %). Cette proportion est de 11 % chez les femmes.

Selon des données de la DSPO, en 2014, « les hommes ayant des relations sexuelles avec d'autres hommes constituaient 60 % des cas de gonorrhée. Près de la moitié (47 %) de cas de gonorrhée chez l'homme sont des infections au niveau du rectum ou de la gorge ».

Et toujours selon les données de la DSPO, une personne sur deux en Outaouais, atteinte d'une gonorrhée, est âgée de 15 à 24 ans.

Mme Lévesque indique qu'il est difficile, à ce stade-ci de l'analyse des données, de tirer des conclusions claires pour l'Outaouais en 2017, mais elle note que les homosexuels sont un groupe à risque.

« On va quand même émettre que des hommes qui ont des rapports sexuels avec d'autres hommes semblent être une population particulièrement touchée », dit-elle.

On boude les condoms ?

Des intervenants auprès des populations homosexuelles affirment que l'arrivée des antirétroviraux contre le VIH a causé un certain relâchement au chapitre des relations sexuelles protégées.

Selon Sylvain Laflamme du Bureau régional d'action sida (BRAS), les antirétroviraux offrent un faux sentiment de protection et les condoms sont moins à la mode.

Une hypothèse que Mme Lévesque dit avoir entendue. Elle ajoute aussi que la gonorrhée se transmet beaucoup par voie orale génitale et « qu'entre hommes, le port du condom, pour des contacts oraux génitaux, n'est pas une pratique courante ».

Résistance aux antibiotiques

Une autre source de préoccupations pour les responsables de la santé publique, c'est la progression de l'inefficacité des antibiotiques dans le traitement de certaines souches de gonorrhée.

Cette infection, provoquée par 1260 souches différentes de la Neisseria gonorrhoeae, se traite au moyen de plusieurs antibiotiques, comme la ciprofloxacine, la céfixime, la ceftriaxone et l'azithromycine.

Le rapport de l'INSPQ indique que pour la première fois en 2017, une souche était insensible à deux antibiotiques de troisième génération et était résistante à certains autres.

Un grand nombre de souches se sont également révélées résistantes à plusieurs antibiotiques.

En 2016, l'INSPQ précise que les traitements ont échoué dans le cas de neuf personnes souffrant d'une infection gonococcique. Sur ces neuf cas, sept étaient des hommes ayant tous eu des rapports sexuels avec d'autres hommes.

L'INSPQ suggère une mobilisation accrue pour la prévention des ITSS auprès des hommes homosexuels, puisque cette population est également à risque d'autres ITSS comme le chlamydia et la syphilis.

Campagne de sensibilisation

Face à ces données inquiétantes, la DSPO compte lancer d'ici quelques semaines, un plan d'action afin d'informer la population des dangers liés aux contacts sexuels non protégés.

Mme Lévesque affirme ce que plan d'action nécessitera la participation de plusieurs partenaires comme les écoles et les groupes qui interviennent auprès des groupes à risque d'infections aux ITSS.

Ce plan va venir s'ajouter à plusieurs efforts de prévention des ITSS, y compris de la gonorrhée, déjà en cours.

Pour Mme Lévesque, ces efforts ont porté leurs fruits.

« En fait notre situation était pas mal stable depuis les cinq, six dernières années, ici en Outaouais », dit-elle. « Notre moyenne a évolué au cours des deux ou de la dernière année, alors on a toujours déployé plusieurs efforts de lutte aux ITSS avec nos partenaires ».

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