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Honneurs et ovations pour Malala Yousafzai au Parlement canadien

La lauréate du prix Nobel de la paix Malala Yousafzai s'est adressée aux députés et aux sénateurs dans une Chambre des communes pleine à craquer, mercredi midi. Après avoir reçu la citoyenneté canadienne honoraire des mains de Justin Trudeau, la jeune Pakistanaise a incité le Canada à s'investir dans l'éducation des filles, partout dans le monde.

Réservée, arborant un sourire timide et parlant anglais d'une voix assurée, Malala Yousafzai a qualifié « d'honneur incroyable » le fait de devenir citoyenne d'honneur du Canada. Un pays qui se porte à la défense de l'humanité et qui constitue un exemple pour le monde entier, a-t-elle déclaré en substance.

Dans son discours au Parlement canadien, cette jeune Pakistanaise - que des talibans avaient tenté d'assassiner en octobre 2012 - avait certes des éloges. Mais aussi des attentes : « Cher Canada, faites de l'éducation des filles le thème central de votre présidence au G7 l'an prochain, a-t-elle demandé. Usez de votre influence pour contribuer à combler le déficit dans le financement de l'éducation. »

Malala Yousafzai a aussi appelé le Canada à jouer un rôle de leader dans le Partenariat mondial pour l'éducation et à faire en sorte que les réfugiés puissent tous avoir une éducation de niveau secondaire.

Faisant référence à la politique d'accueil des réfugiés syriens mise en place par le gouvernement canadien, elle a dit : « J'espère que vos voisins suivront votre exemple. »

Un premier voyage au Canada compromis

La jeune femme a rappelé qu'elle en était à sa première visite au pays, mais pas à sa première tentative d'en fouler le sol. Le 22 octobre 2014, l'avion qui les transportait, son père et elle, n'avait pas sitôt atterri à Toronto que des responsables canadiens lui apprenaient qu'un homme était entré, armé, au parlement canadien. Malala dit que c'est avec tristesse que son père et elle avaient accepté de rebrousser chemin.

Mercredi, Malala Yousafzai a entamé son discours devant les parlementaires canadiens en évoquant le nom de « Dieu, le plus miséricordieux, le plus bienfaisant ». Elle a par la suite affirmé qu'à son avis l'auteur de l'attaque sur la colline du Parlement « se disait musulman, mais il ne partageait pas [s]a foi ». Cela lui a valu les applaudissements nourris de l'assistance.

« Il partageait plutôt la haine de l'homme qui a attaqué la mosquée de Québec, a-t-elle encore dit. La même haine de l'homme qui a tiré sur moi et sur deux de mes amies écolières. »

Justin Trudeau, une « inspiration »

Sur un ton plus léger, Malala Yousafzai a raconté que quantité de personnes au Royaume-Uni et aux États-Unis lui demandaient si elle allait « rencontrer Trudeau ».

Et Malala a dit en substance : ce jeune premier ministre qui a des tatouages, qui fait du yoga « et dont on dit encore beaucoup plus » suscite énormément d'intérêt. « J'ai serré sa main. J'ai rencontré Trudeau. C'est fait finalement », s'est-elle amusée à dire.

Puis, sur un ton plus sérieux, elle a remercié le Canada pour l'honneur et pour l'amitié qu'il lui manifeste, disant encore du premier ministre canadien qu'il était « une inspiration ».

« Avancez et faites-vous entendre » - Malala Yousafzai

« Je dis aux enfants du Canada : "Vous n'avez pas à être plus vieux que le très jeune premier ministre Trudeau pour être leader" », a dit la jeune femme qui cachait jadis ses livres d'école sous son foulard dans l'espoir de ne pas s'attirer les foudres des talibans.

À cette époque, la toute jeune Malala croyait qu'il fallait être adulte pour mener des batailles. La vie a fait en sorte qu'elle en a mené dès l'adolescence, ce qui l'incite aujourd'hui à dire aux jeunes filles : « Avancez et faites-vous entendre. »

Au Pakistan, a-t-elle aussi raconté aux parlementaires canadiens, sa mère avait placé une échelle derrière la maison, afin que la maisonnée puisse fuir en cas de danger.

Les temps ont bien changé pour cette famille maintenant établie au Royaume-Uni. Les parents de Malala accompagnent leur fille ces jours-ci au Canada, et sa mère a versé quelques larmes en entendant sa fille raconter que le Fonds Malala était désormais dirigé par une Canadienne d'origine ougandaise, Farah Mohamed.

Les Canadiens, chanceux de pouvoir fréquenter l'école

Plus tôt en matinée, la jeune femme a visité une école secondaire d'Ottawa, en compagnie de Sophie Grégoire, la femme du premier ministre.

Aux élèves rassemblés devant elle, la jeune Pakistanaise a déclaré « qu'ils étaient bénis d'avoir l'occasion de lire, d'apprendre, de venir à l'école et d'avoir des amis. C'est une occasion qui n'existe pas pour beaucoup de jeunes. »

Survivante et militante pour la paix et l'éducation

Malala Yousafzai a été consacrée messagère de la paix de l'Organisation des Nations unies (ONU). À 19 ans, elle est devenue la plus jeune messagère de l'organisation. La jeune femme est déterminée à poursuivre son combat pour assurer un accès à l’éducation pour les jeunes filles de la planète.

Le 9 octobre 2012, Malala Yousafzai, alors âgée de 15 ans, a survécu à une tentative d’assassinat perpétrée par des talibans au Pakistan. Le tireur avait fait irruption dans son autobus scolaire, lui avait tiré dessus et l'avait blessée gravement.

Les talibans l’avaient prise pour cible en raison de sa campagne pour le droit des filles à fréquenter l’école au Pakistan. Elle caressait, à cette époque, le rêve de devenir médecin.

Soignée à Birmingham, au Royaume-Uni, Malala avait passé trois mois en convalescence à l’hôpital. Au Royaume-Uni, dorénavant, elle continue de militer pour le droit des filles à l’éducation.

Le 12 juillet 2013, à l’occasion de son 16e anniversaire, l'ONU a créé la Journée Malala pour défendre l'éducation dans le monde.

En octobre 2014, elle a reçu le prix Nobel de la paix.

Un honneur décerné pour mérite exceptionnel

La citoyenneté honoraire qu'a reçue la jeune femme est purement symbolique et ne lui confère pas de droits, ni de privilèges, ni de de statuts tels qu’un permis d’entrée spécial au Canada, le droit de voter ou celui de détenir un passeport canadien.

Pour les détenteurs de cette citoyenneté honoraire, il n’y a ni obligation ni devoir associés à la citoyenneté canadienne.

Le Canada a fait citoyens honoraires dans le passé cinq autres personnes : Raoul Wallenberg, Aung San Suu Kyi, Tenzin Gyatso, le 14e dalaï-lama et Karim Aga Khan IV.

Cet honneur est décerné par le gouverneur général, avec la permission du Parlement du Canada, aux citoyens étrangers de mérite exceptionnel.

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