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Il y a 15 ans, une bavure de l'armée américaine tuait quatre Canadiens en Afghanistan

Quatre soldats canadiens, Marc Léger, Ainsworth Dyer, Richard Green et Nathan Smith, sont instantanément tués par des tirs amis près de Kandahar, au sud de l'Afghanistan, le 17 avril 2002.

Des pilotes de F-16 américain décident de larguer une bombe à guidage laser de 225 kg sur des troupes canadiennes qui effectuaient un entraînement de nuit.

Ils tuent ainsi par erreur quatre soldats canadiens et en blessent sérieusement huit autres.

Une semaine après la tragédie ont lieu à Lancaster, dans l'est de l'Ontario, les obsèques officielles du héros de la région, Marc Léger, alors âgé de 29 ans, aîné d'une famille de trois enfants.

Présent aux obsèques, l'ex-ministre libéral Don Boudria rend hommage au sergent défunt.

« J'espère que notre deuil sera en quelque sorte un appui, pour eux et surtout pour elle, son épouse, qui a perdu cet être tellement cher », a-t-il déclaré.

Pour les parents de Marc Léger, la perte de leur fils est immense.

Sept mois plus tard, le 15 novembre 2002, les habitants de la petite municipalité de Lancaster viennent rendre un dernier hommage au sergent Marc Léger.

Ses parents sont touchés par cette solidarité. « Il y a un proverbe africain qui dit que ça prend un village pour élever un enfant, ça a pris Lancaster pour élever notre garçon », a commenté la mère du défunt, Claire Léger.

Les pilotes américains accusés

Les proches de Marc Léger, dont sa grand-mère, sont soulagés d'apprendre que des accusations sont déposées contre les deux pilotes américains fautifs, le major Harry Schmidt, alors âgé de 37 ans, et le major William Umbach, 43 ans. C'est le major Schmidt qui a largué la bombe sur les Canadiens.

« J'espère qu'il sera puni, franchement, parce que de la manière que c'est arrivé, ça n'aurait pas dû », commente la grand-mère du défunt.

Le major Schmidt affirme pour sa part qu'il a confondu les tirs canadiens avec une attaque de combattants talibans. Il ajoute que ses supérieurs ne l'avaient jamais averti que des Canadiens feraient des exercices d'entraînement cette nuit-là, près de l'aéroport de Kandahar.

De plus, la défense avait indiqué que l'on avait administré des amphétamines (Dexedrine) aux deux pilotes pour prévenir la fatigue lors de leur longue mission, ce qui aurait affecté leur jugement.

Au terme d'une audience administrative à l'été 2004, William Umbach reconnaît sa responsabilité et prend sa retraite. Harry Schmidt écope d'une amende de 5600 dollars américains et il ne pourra plus piloter pour l'aviation américaine.

La mère du caporal Marc Léger, Claire Léger, se dit satisfaite des sanctions imposées au pilote responsable de la mort de son fils. Néanmoins, elle aurait bien aimé que le major Schmidt s'excuse de ses actes.

En 2005, jour du Souvenir à Ottawa, Claire Léger reçoit la Croix d'argent, remise aux mères de soldats morts au combat.

« On ne verra plus notre fils, ça, à un moment donné, ça me frappe. Ça me réveille encore le soir », déplore Mme Léger. « Quand on voit nos petits-enfants, c’est pour eux qu’on continue. »

Le père de Marc Léger, Richard Léger, a affirmé pour sa part que c'était un « honneur de servir son pays ».

« L’honneur d’une famille d’avoir quelqu’un dans l’armée, c’est quelque chose, aujourd’hui », réagi-t-il.

Premiers soldats canadiens morts au combat depuis 1953

Cette bavure militaire en pleine mission pour lutter contre le terrorisme fait réagir, surtout qu'il s'agit des premiers Canadiens morts au combat depuis 1953, lors de la guerre de Corée.

Bon nombre de soldats canadiens vont mourir au combat à la suite des événements de 2002. Le gouvernement conservateur de Stephen Harper décide de ne plus mettre en berne le drapeau au Parlement. Une nouvelle directive interdit aussi la couverture médiatique de l'arrivée des cercueils à la base militaire de Trenton, autant de choix que le père de Marc Léger désapprouve et interroge.

« On aimerait bien que les soldats reviennent; il y a un prix à payer pour notre liberté, mais jusqu’à quel point? », dit-il.

Un bilan dressé en septembre 2016 fait état de la perte de 162 Canadiens, soit 158 militaires, 2 travailleuses humanitaires, 1 journaliste et 1 diplomate, depuis l'arrivée des troupes canadiennes en Afghanistan en 2002.

D'après le reportage de Daniel Bouchard

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