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Immigration dans les écoles catholiques et publiques : un double système encore pertinent en Ontario?

L'Ontario est l'une des dernières provinces au pays à financer entièrement son système catholique, au même titre que le réseau public. Cette province accueille aussi le plus grand nombre d'immigrants au Canada. Ceux-ci sont de plus en plus nombreux à appartenir à diverses confessions religieuses et à choisir l'école publique. L'Ontario devrait-il revoir son approche?

Un texte de Catherine Lanthier

Selon les dernières données recensées par le ministère ontarien de l'Éducation, au moins deux fois plus d'élèves nés à l'étranger fréquentent une école publique plutôt qu'une école catholique en Ontario français.

Pour accueillir massivement ces nouveaux arrivants, le Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario (CEPEO) a dû mettre en place « des mesures extraordinaires pour assurer les besoins des élèves », explique la directrice de l'éducation, Édith Dumont. Des tuteurs en francisation ont notamment dû être embauchés cette année.

Malgré cette réalité, les écoles publiques disposent du même financement que les établissements catholiques, qui attirent moins de clientèles issues de l’immigration.

Ce constat préoccupe certains parents, reconnaît du bout des lèvres Mme Dumont. En dépit des ressources disponibles, certains craignent en effet que l’apprentissage de leur enfant soit ralenti par les défis auxquels font face des classes aussi diversifiées dans le réseau public.

Le CEPEO a d’ailleurs fait part de sa situation particulière à la province, afin d’obtenir un financement adapté. Mais la situation n'a toujours pas bougé depuis.

Des critères pour être admis à l’école catholique

De son côté, le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE) soutient qu'il accueille autant d'immigrants que les établissements publics.

« Je pense que c'est un faux débat. Il faut faire le tour des écoles pour remarquer que la démographie change », lance le directeur de l’éducation du CECCE, Réjean Sirois. « Nos écoles, ce sont des microsystèmes du visage canadien, et c'est ce qu'on retrouve de plus en plus. »

On est aussi inclusifs que tous les autres conseils scolaires.

Réjean Sirois, directeur de l'éducation, CECCE

En effet, les deux conseils scolaires francophones en accueillent le même « nombre absolu », souligne M. Sirois. Mais proportionnellement, il y a au-delà de deux fois et demie plus d’enfants issus de l’immigration du côté public que du côté catholique.

(Source : ministère de l’Éducation de l’Ontario 2014-2015)

De plus, pour être admis dans une école primaire catholique du CECCE, il faut respecter certains critères. Ainsi, l'enfant ou l'un de ses parents doit être baptisé.

Au secondaire, le baptême n'est plus nécessaire, mais l'élève doit rencontrer les membres d'un comité d'admission et respecter les valeurs catholiques de son école. Celles-ci sont d'ailleurs affichées de façon visible dans les établissements du conseil.

Ainsi, dans le hall principal du Collège catholique Samuel-Genest d’Ottawa, une photographie du pape bien en évidence se dispute la place avec un imposant crucifix, alors que la phrase « Jésus le Christ au cœur de notre école » est peinte en caractères gras sur une poutre du plafond.

Selon l’enseignante Chimène Nounbo Kokora, qui s’occupe de l'intégration des nouveaux arrivants dans ce collège, ceux-ci doivent se présenter à la messe « comme tout le monde », peu importe leur confession religieuse. Ils n'ont cependant pas l'obligation de communier.

Quand on fait le comité d'admission, on leur dit que c'est une école catholique, qu'on met Jésus au centre de ce que l'on fait. Ça n'empêche pas qu'ils pratiquent leur religion.

Chimène Nounbo Kokora, enseignante, Collège catholique Samuel-Genest

Une forme d’exclusion?

De tels critères d’admission pourraient amener une possible division des élèves sur le plan religieux, indique la professeure en science de l'éducation à l'Université du Québec en Outaouais (UQO) Andrée-Anne Gélinas-Proulx.

« De par le fait qu'on démontre qu'il y a certains critères d'admission, il y a une forme d'exclusion », explique-t-elle.

Pour des nouveaux arrivants qui appartiennent à d'autres communautés religieuses, participer régulièrement à une messe catholique peut aussi s’avérer un engagement de taille.

Sarah Bilonda a quitté la République démocratique du Congo (RDC) pour vivre au Canada avec sa famille. L’adolescente de 17 ans fréquente l'École secondaire publique De La Salle, dans la Basse-Ville d'Ottawa.

« Je ne suis pas de religion catholique, je préfère venir dans une école publique », explique-t-elle. « Tout le monde se sent le bienvenu. Par exemple, on a des salles pour les musulmans [...] qui sont offertes pour leur temps de prière. »

Au Canada, les statistiques confirment que les immigrants de foi chrétienne sont en perte de vitesse, même s’ils demeurent majoritaires.

Ce sont les nouveaux arrivants de confession musulmane, hindoue, sikhe et bouddhiste qui sont de plus en plus nombreux au pays. S’ils représentaient à peine 3 % de ceux qui sont arrivés avant 1971, cette proportion a atteint 33 % entre 2001 et 2011, selon le dernier recensement de Statistique Canada.

L'Ontario en accueille la grande majorité :

(Source : Recensement de 2011, Statistique Canada)

Le rôle social de l’école

La professeure Andrée-Anne Gélinas-Proulx observe tout de même une diversité ethnoculturelle dans les écoles catholiques. Mais c'est sur le plan de la diversité religieuse qu’il y aurait des lacunes.

Selon elle, il est souhaitable qu'une école recrée une microsociété, où elle « va amener les élèves à être bien préparés pour vivre dans une société canadienne, ontarienne, qui démontre cette diversité ».

C’est cette préparation qui manquait à la jeune Millie Louis à sa sortie du Collège catholique Samuel-Genest. Lorsqu'elle a commencé à étudier dans un établissement postsecondaire d’Ottawa, elle a vécu un choc en étant dans un milieu où se côtoyaient différentes croyances religieuses.

Au début, c'était vraiment différent. [...] C'était un peu difficile de m'adapter, mais avec le temps, j'apprends à connaître d'autres personnes. J'apprends à être plus ouverte envers d'autres religions.

Millie Louis, ancienne élève d'un collège catholique

Devrait-on fusionner les deux systèmes?

La question de l’existence même des conseils scolaires catholiques et publics en Ontario demeure sensible, voire taboue. Poser la question suscite un certain malaise, et nombreux sont ceux qui ont hésité ou même refusé de prendre la parole à l'occasion de ce reportage.

Selon le président de l'Association des conseils scolaires des écoles publiques de l'Ontario (ACEPO), Denis Chartrand, il est grand temps d'aborder cette question en profondeur.

Il est temps d'en parler!

Denis Chartrand, président, Association des conseils scolaires des écoles publiques de l'Ontario

« Si on avait une vraie société inclusive, il y aurait un système où tout le monde se sentirait bien, où tout le monde pourrait travailler ensemble », soutient-il.

D'après M. Chartrand, il devrait y avoir un seul conseil scolaire francophone, sans appartenance religieuse, comme c’est le cas dans de nombreuses provinces canadiennes.

De son côté, le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est s’est engagé à réviser ses critères d'admission d'ici la fin de 2017, afin de s'adapter à la société canadienne en pleine transformation.

« L'administration a demandé au conseil de revoir les critères d'admission, de prendre un peu de recul et de regarder la réalité d'aujourd'hui et de demain », précise Réjean Sirois. « Nous devons nous adapter à ce qui s’en vient. »

Le CECCE n’envisage cependant pas d'abandonner ses valeurs religieuses.

La foi et la langue, ça fait partie de l'ADN des francophones.

Réjean Sirois, directeur de l'éducation, Conseil des écoles catholiques du Centre-Est

Dans le meilleur des scénarios, un élève qui n'est pas baptisé aura envie de procéder à ce rite après son passage dans une école catholique. « Notre responsabilité, c'est d'amener le jeune à cheminer, à nourrir sa foi », explique-t-il.

Près des trois quarts des francophones fréquentent le réseau des écoles catholiques en Ontario. C’est un message clair, selon M. Sirois, que l’éducation catholique a toujours sa raison d’être dans la province.

L'Ontario maintient le cap

Relancée sur le sujet lors de la rentrée parlementaire à Queen's Park, la ministre de l'Éducation, Mitzie Hunter, a confirmé que la province continuera d'investir dans les réseaux publics et catholiques, tant anglophones que francophones, qui « répondent aux besoins des étudiants ontariens ».

« Il n'y a aucun plan pour changer ça », a-t-elle souligné en anglais. « Notre système d'éducation est basé sur l'équité et l'inclusion. C'est important que toutes nos écoles soient accueillantes envers les étudiants de différents milieux, tant les étudiants internationaux que ceux qui cheminent dans notre système d'éducation. »

Nous avons des classes très diversifiées, qui sont inclusives, et nous allons continuer à encourager ça.

Mitzie Hunter, ministre de l'Éducation de l'Ontario

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