Retour

Incursion dans un bureau de vote turc, à Ottawa

Dans une semaine, des millions de Turcs seront appelés aux urnes pour élire un ou une présidente. Au Canada, le vote de la diaspora a commencé samedi matin et se poursuivra jusqu'à lundi soir. Selon l'ambassade turque, 29 000 ressortissants sont attendus dans les bureaux de vote situés dans l'ambassade d'Ottawa et dans les consulats de Toronto, de Vancouver et de Montréal.

Un texte de Yasmine Mehdi

« Merhaba! », lance un employé de l'ambassade à un jeune homme venu voter à Ottawa. On lui désigne les bulletins sur lesquels sont imprimés les visages de six candidats, avant de lui tendre une étampe et une enveloppe.

Le jeune homme se fraie un chemin jusque dans l'isoloir, sous le regard attentif d'observateurs de différents partis venus assister au scrutin.

Dans ce bureau de vote improvisé, l'ambiance est cordiale, mais les enjeux sont énormes. Si le président sortant Recep Tayyip Erdoğan est reconduit au pouvoir le 24 juin, ses pouvoirs seront élargis et il pourra diriger le pays jusqu'en 2028.

Quelques minutes s'écoulent avant qu'Emir Demirkiran ne finisse de voter et qu'il ne quitte le sol de l'ambassade.

Devant l'édifice, il explique que voter est pour lui la « seule façon de contribuer à [son] pays de la meilleure façon possible ».

Comme plusieurs, il préfère ne pas parler politique. Lorsqu'on lui demande ce qu'il espère de cette élection, il répond : « Du changement, plus de liberté. Ce sont les indices que je peux donner, mais je ne veux pas en dire plus. »

Un autre jeune électeur, Pamir Eryolalan abonde dans le même sens.

« J'espère que les choses vont s'améliorer avec ce scrutin et j'espère que mon vote comptera et que le processus se déroulera comme dans toutes les démocraties », dit-il.

Un scrutin sous les projecteurs

Devancées d'un an et demi par le président Erdoğan, au pouvoir depuis 2003, les élections se tiennent alors que la Turquie est encore sous l'état d'urgence.

Le Conseil européen a déjà remis en question la légitimité du processus, évoquant « de graves questions sur la sécurité et la transparence des élections ».

L'ambassadeur de Turquie au Canada, Selçuk Ünal, se veut pour sa part rassurant.

Il souligne que des représentants de divers partis observent au scrutin et qu'ils seront présents lors du transport des urnes scellées, jusqu'en Turquie, où la commission électorale sera chargée du dépouillement.

« Tout est observé », souligne M. Ünal. « C'est pourquoi on peut parler d'un processus 100 % transparent. »

L'an dernier, les Turco-Canadiens ont voté en écrasante majorité contre la réforme constitutionnelle élargissant les pouvoirs du président, alors qu'en Allemagne, en France et aux Pays-Bas, la diaspora turque l'avait plutôt soutenue.

Plus d'articles