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Inondations 2017 : un premier anniversaire la gorge nouée pour les sinistrés

C'est avec émotion que des sinistrés se rappellent l'inondation de leurs maisons il y a un an. Plusieurs d'entre eux ne sont pas au bout de leurs peines, attendant encore des réponses, des approbations pour reconstruire ou rénover et des chèques pour s'en sortir financièrement. Portraits de citoyens qui tentent de voir la lumière au bout du tunnel.

Un texte de Roxane Léouzon

Une attente interminable

Ce premier anniversaire est frustrant pour Gilbert Cordeau. Il ne sait toujours pas quand il pourra rénover sa résidence principale située à Pontiac, et encore moins quand il pourra y habiter.

« Je suis un éternel optimiste, alors quand l’inspecteur du gouvernement est venu [en mai] et qu’il m’a dit que ça devrait prendre deux semaines pour obtenir le rapport d’évaluation des travaux à faire, je l’ai cru », se rappelle-t-il devant sa petite maison bleue, complètement vide.

Son optimisme s’est effrité lorsque, sept mois plus tard, il a fait face à un refus de rénover. On lui a dit que les coûts de rénovation excédaient 50 % de la valeur de reconstruction de sa maison. Selon le décret du gouvernement du Québec, il devait donc la détruire.

Le gouvernement a évalué la valeur de sa maison à 146 000 $, alors que la banque l’évalue à 265 000 $, selon lui. Par ailleurs, le rapport indiquait que 101 000 $ seraient nécessaires pour la rénover, alors que M. Cordeau juge qu’il pourrait le faire avec 70 000 $.

« On me demandait des travaux inutiles comme de réisoler le plafond, qui n’a pas été touché, ou de changer les portes, qui sont encore très bonnes », souligne celui qui habite chez une amie depuis près d’un an.

Il a donc contesté ces conclusions. Ce n’est qu’au début avril que le gouvernement lui a finalement donné l’autorisation de la rénover, après avoir révisé son dossier. Mais pendant ce temps, les dommages à sa maison se sont accentués. Les moisissures se sont installées un peu partout.

M. Cordeau souhaiterait maintenant que le gouvernement l’aide à immuniser sa maison contre les prochaines inondations, en installant une fondation hydrofuge ou en la surélevant. Mais c’est sa Municipalité qui doit en faire la demande et celle-ci refuse de le faire, selon le sinistré.

« La Municipalité dit que, pour ça, il faut un dommage important à la fondation, mais je n’ai pas de fondation, j’ai une dalle de béton », dit-il.

Il attend que ce dossier soit réglé avant d’entreprendre les travaux.

Une année en dépression

Lorsque l’eau s’est mise à entourer sa maison de Masson-Angers et à envahir son sous-sol, Marie-Hélène Giguère a trouvé la scène incroyablement belle.

« J’ai pris un verre de bière sur ma terrasse, assise au milieu d’une rivière. Il y avait des poissons qui passaient, c’était très calme », se souvient cette amatrice d’art.

La retraitée a ensuite pris le chemin de l’hôtel pour une vingtaine de jours, loin de se douter de l’enfer qui l’attendait à son retour.

Les souvenirs de voyage, les photos de famille, les poupées de ses enfants et de nombreuses oeuvres d’art étaient irrécupérables. Tout était recouvert d’une boue tenace.

Après avoir frotté sans relâche, le nettoyage n’est toujours pas terminé. Et après avoir changé son système de traitement d’eau, fait installer un réservoir d’eau chaude, fait la vidange de sa fosse septique et remplacé un grand nombre d’outils et de meubles chez elle, Mme Giguère n’en a pas fini avec les réclamations. Elle attend toujours des approbations pour pouvoir réparer les fissures dans sa fondation.

Avant 2016, Mme Giguère ne se préoccupait pas de la montée des eaux. « On pensait être protégés par les barrages d’Hydro-Québec. C’était ancré en nous que les autorités ne nous laisseraient pas tomber. Maintenant, on n’a plus de certitudes », estime-t-elle.

Aujourd’hui, ses angoisses augmentent avec la crue printanière.

Une maison toute neuve

Le 3 mai 2017, Jeff Smith et sa femme Christine ont dû se résoudre à quitter leur maison de Constance Bay, menacée par les flots. Ils étaient loin de se douter que, un an plus tard, celle-ci aurait disparu et qu’ils emménageraient dans une toute nouvelle maison.

Au pire de la crue, 30 centimètres d’eau ont envahi leur salon. Lors de l’évaluation des dommages, un constat s’est imposé : la fondation s’était effondrée et il n’y avait rien à faire pour sauver la maison.

C’est la deuxième fois que le couple perdait tous ses biens et devait recommencer sa vie à zéro. La première fois, c’était dans un incendie en 2001.

« Les inondations, c’était bien pire que le feu. Au moins, nos assurances nous avaient remboursées », souligne le mécanicien de formation.

Cette fois-ci, ils n’avaient pas trouvé d’entreprise prête à les assurer contre les inondations, étant donné la situation géographique de la maison.

C’est alors que des membres de la communauté chrétienne mennonite sont venus à la rescousse. Ils avaient été mis au courant de la situation par le biais d’une femme ayant été bénévole pendant les inondations.

De janvier à avril, ils ont fourni gratuitement la main-d’œuvre pour la construction d’une toute nouvelle maison, dont les matériaux ont été payés par le couple.

Malgré tout, ce sinistre a été très dur financièrement pour M. Smith et sa femme. Ils ont dû, entre autres choses, payer toute l’année l’hypothèque d’une maison dans laquelle ils ne vivent plus, en plus de payer un loyer dans une autre maison.

« Nos économies sont parties en fumée. J’espérais pouvoir prendre ma retraite l’année prochaine, mais ça n’arrivera pas », constate M. Smith.

Une expérience humaine

Geneviève Landry est émue aux larmes lorsqu’elle repense à tous les bénévoles qui ont fourni leur aide lorsqu’elle et son mari vivaient un moment de détresse.

« On l’a vu, on l’a apprécié, on l’a toujours dans nos coeurs », témoigne-t-elle, assise face à la rivière dans la cour arrière de sa grande maison.

Elle a aussi pu voir le mauvais côté des êtres humains lorsqu’elle a dû courir après des voleurs qui profitaient du fait que les propriétés étaient inhabitées.

Quand l’eau s’est retirée, l’agente immobilière et son mari n’ont pas tardé à entamer les travaux de rénovation sur leur maison. Le 8 décembre, presque tout était déjà terminé.

« On a décidé de rénover avant de savoir le montant qu’on allait recevoir, pour pouvoir vivre ici [dès le mois de juillet] », indique-t-elle. « Si on avait attendu des réponses du gouvernement, la démolition ne serait pas faite encore. »

Mme Landry a maintenant hâte de passer à autre chose. « Il me manque de l’argent pour pouvoir en finir », soulève la mère de cinq enfants, maintenant adultes.

Récemment, elle et son voisin ont acquis de gigantesques tubes noirs de type Aqua Dam, au coût de 60 000 $.

« Ce sont de grands tunnels que tu remplis d’eau avec une pompe. Ça fait le tour de la maison, ça monte six pieds de haut et si l’inondation monte plus haut, on peut continuer de mettre des poches de sable sur le dessus », explique-t-elle.

Pas question pour Geneviève Landry de se faire avoir encore une fois par la rivière.

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