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Intercepteurs d'IMSI : « Cessez d'espionner nos téléphones »

Des organismes de défense des droits civils mènent une campagne qui réclame du gouvernement fédéral qu'il cesse d'espionner les téléphones cellulaires de simples citoyens. En avril dernier, une enquête de Radio-Canada a révélé la présence d'appareils capables d'intercepter les données des téléphones mobiles dans la capitale fédérale et à l'aéroport Trudeau, à Montréal.

Un texte de Brigitte Bureau

Difficile de manquer ces panneaux publicitaires près de la colline du Parlement, à Ottawa. Ils interpellent directement le ministre fédéral de la Sécurité publique. « Ralph Goodale : cessez d'espionner nos téléphones cellulaires », peut-on y lire.

L'organisme OpenMedia est le principal organisateur de cette campagne. Il demande au gouvernement fédéral de suspendre l'utilisation des intercepteurs d'IMSI, ces appareils capables de capter les données des téléphones mobiles.

En entrevue avec Radio-Canada, la directrice générale de OpenMedia, Laura Tribe, a affirmé que ces appareils ne devraient plus être utilisés tant et aussi longtemps que des mesures pour mieux protéger la vie privée des citoyens n'auront pas été mises en place.

« Certains appareils peuvent accéder à vos textos, à vos appels téléphoniques, à des détails intimes de votre vie privée qui se trouvent sur votre téléphone mobile », déplore Mme Tribe. « Mais en plus, il n'y a pas vraiment d'imputabilité à savoir comment ces informations sont utilisées. »

Une enquête de Radio-Canada, en avril, a révélé la présence d'intercepteurs d'IMSI au centre-ville d'Ottawa et à l'aéroport Trudeau, à Montréal.

Depuis la diffusion de notre reportage, la GRC et plusieurs autres corps policiers au pays ont reconnu qu'ils utilisent des intercepteurs d'IMSI lors d'enquêtes. La GRC affirme que le type d'appareil qu'elle utilise n'intercepte pas les communications comme les courriels et les textos.

Les intercepteurs d'IMSI sont « très envahissants », affirme Laura Tribe. « Ils captent tous les téléphones mobiles d'une même région, pas uniquement celui de la personne qui fait l'objet d'une enquête. »  Selon elle, les Canadiens ont le droit de savoir si leurs renseignements personnels sont interceptés, s'ils sont conservés, pour combien de temps et à quelle fin.

OpenMedia est aussi l’un des organismes derrière une pétition internationale contre l’utilisation des intercepteurs d’IMSI. La pétition a recueilli jusqu’à maintenant plus de 52 000 signatures, dont plus de 10 000 proviennent de Canadiens.

Réaction du ministre

Le ministre de la Sécurité publique, Ralph Goodale, répond que l'utilisation des intercepteurs d'IMSI est déjà bien encadrée. Dans un courriel, son bureau écrit : « Il existe déjà des lois fédérales qui interdisent l'utilisation illégale de [...] technologies servant à intercepter ou à perturber des communications. »

Il explique que seules les agences policières et les agences de renseignement ont le droit de s'en servir et qu'elles sont soumises à des contrôles judiciaires.

Or, en avril, la GRC a reconnu avoir déjà utilisé des intercepteurs d'IMSI sans mandat judiciaire.

Il faudra attendre la réforme du gouvernement Trudeau en matière de sécurité nationale pour voir s'il en fera davantage pour protéger la vie privée des Canadiens.

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