Le recours à l'isolement des détenus dans les prisons ontariennes atteint des niveaux qui s'apparentent à de la torture, selon les critères des Nations-Unies, dénoncent plusieurs intervenants en matière de défense des droits de la personne. Le gouvernement provincial lui-même reconnaît que la situation actuelle est inacceptable.

Un texte d'Alex Boissonneault

Des chiffres obtenus grâce à la loi sur l'accès à l'information, publiés par le Globe and Mail, jettent un nouvel éclairage sur l'utilisation de l'isolement cellulaire dans les centres de détention ontariens. Le quotidien rapporte notamment qu'environ 40% des détenus isolés, certains pour des périodes de plusieurs mois, souffrent de problème de santé mentale.

Non seulement certains prisonniers ont été isolés pour plus de 500 jours, mais pour 360 détenus, la moyenne dépassait 3 mois. Un détenu aurait même été enfermé 37 jours après avoir reçu un résultat positif pour le dépistage de la tuberculose.

Une frange importante de ces prisonniers aurait souffert de troubles de santé mentale, dont plusieurs auraient développé leur problème en raison même de leur isolement prolongé.

Pratique controversée

Les « règles Nelson Mandela » sur le traitement des détenus, établies par l'organisation des Nations-Unies, stipulent que le confinement solitaire ne devrait jamais dépasser 15 jours sans quoi, il devient une pratique cruelle qui peut constituer de la torture.

La commissaire des droits de la personne de l'Ontario, Renu Mandhane, qui exige l'interdiction complète de ce type de pratique, n'est pas surprise.

Selon elle, le confinement fait déjà désormais partie du quotidien des centres de détention « souvent à court de personnel et avec peu de ressources pour s'occuper des prisonniers qui souffrent de problèmes de santé mentale ».

Elle craint par ailleurs que le gouvernement ne respecte pas ses propres engagements en la matière.

Selon l'avocat en droits de la personne Paul Champ, la province tarde à réagir pour une question de ressources et parce que les prisonniers ont souvent un faible capital de sympathie dans la population.

Par ailleurs, comme une frange importante de la population carcérale provinciale est composée de suspects en attente de leurs procès, « il a fort à parier que plusieurs personnes isolées pendant des mois sont, au sens de la loi, innocentes ».

Le gouvernement interpellé

Par voix de communiqué, le ministre de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels, Yasir Naqvi, a réagi en affirmant que le statu quo est impossible. Il reconnaît que les choses doivent changer.

Il s'engage à mener à bien un processus de révision de la pratique de l'isolement carcéral lancé en mars 2015. Cette initiative n'est cependant pas soumise à un échéancier contraignant.

Le ministre affirme aussi que 32 infirmières ont été engagées pour prêter main-forte aux personnels des centres de détention.

La porte-parole néo-démocrate en matière de services correctionnels, Jennifer French, croit quant à elle qu'il en faudra beaucoup plus pour corriger la situation.

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