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Itinérance Zéro : des citoyens de Gatineau s'attaquent à l'itinérance

Depuis environ trois ans, les bénévoles du groupe citoyen Itinérance Zéro patrouillent les rues de Gatineau quelques soirs par semaine à la recherche d'itinérants dans le besoin. Ils leur offrent un café, une tuque, des mitaines ou encore une oreille attentive. Même si elle compte son lot de partisans, l'initiative soulève quelques questions dans le milieu communautaire.

Un texte de Jean-Sébastien Marier

Le fondateur d'Itinérance Zéro affirme d'emblée que l'objectif de son groupe citoyen n'est pas de remplacer les organismes communautaires établis. Benoit Leblanc et son équipe de bénévoles cherchent plutôt à combler les besoins immédiats des personnes sans-abri.

« Que ce soit nourriture, vêtements. Que ce soit [...] de trouver un endroit temporaire pour se réchauffer, en fait, c'est là qu'on va essayer d'interagir, où est-ce qu'il y a une carence dans les services au moment présent », explique-t-il.

Cette semaine, ICI Ottawa-Gatineau a eu l'occasion d'accompagner M. Leblanc et ses collègues sur le terrain. Après une patrouille rapide des rues du Vieux-Hull en véhicule, le petit groupe s'est rassemblé derrière le Gîte Ami pour offrir du café et des beignes aux personnes sans-abri qui s'y trouvaient.

Les membres d'Itinérance Zéro ont aussi visité un boisé où quelques personnes passent l'hiver, faute de logis. Ils ont remis deux petites bouteilles de propane à l'une d'elles, en plus de discuter avec d'autres habitués du campement improvisé.

Patrick, qui préfère n'être identifié que par son prénom, aime bien cette attention particulière.

« J'avais besoin de parler avec du monde », raconte-t-il. « Y ont pris la peine de s'asseoir, parler avec moi. Tsé, les journées qu'il y a fait des gros froids, mais tsé Dan, puis Stéphane [d'Itinérance Zéro] sont venus, y ont amené un trailer chauffé qu'on puisse passer la nuit à l'intérieur. »

Des questionnements dans le milieu communautaire

La générosité des membres d'Itinérance Zéro en fait sourciller certains dans le milieu communautaire. À micro fermé, des intervenants nous ont confié avoir des doutes sur la capacité du groupe à aider les personnes sans-abri à plus long terme.

Ces sources ont affirmé ne pas vouloir condamner l'initiative citoyenne. Mais elles s'interrogent notamment sur la façon dont l'approche d'Itinérance Zéro s'intègre avec celle des organismes d'aide.

Le directeur général du Centre d'intervention et de prévention en toxicomanie de l'Outaouais (CIPTO), Yves Séguin, croit de son côté que le groupe de M. Leblanc gagnerait à travailler davantage de concert avec les intervenants du milieu.

Il explique que donner sans rien demander en retour, comme le font les membres d'Itinérance Zéro, peut aller à l'encontre des objectifs de responsabilisation des sans-abri prisés par les intervenants.

« Il y a des façons, une philosophie d'intervention qui ne fonctionne pas », lance-t-il, « dans le sens où, si eux disent ''nous autres on va leur donner des cafés''. Mais si, par exemple, un organisme travaille à la réinsertion de la personne, bien, il s'attend à ce que la personne fasse des pas par avant. [...] Itinérance Zéro ne demande rien aux personnes. »

M. Leblanc se dit prêt à discuter. Il se défend de travailler à contre-courant et reconnait que son groupe citoyen ne peut pas tout faire.

« On n'est pas des travailleurs sociaux », dit-il. « Si quelqu'un me parle, exemple : ''Bon, je file pas, tsé. J'ai des idées noires.'' On va le référer [à des professionnels]. »

Itinérance Zéro commence aussi à inspirer d'autres citoyens ailleurs au Québec. Des Sherbrookois, notamment, viennent de lancer une initiative similaire dans leur ville.

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