La mission économique de Jim Watson en Inde, qui vient de se terminer, n'a pas soulevé beaucoup d'enthousiasme. Le maire lui-même n'a pas profité de l'occasion pour convoquer la presse avant son départ, afin de vanter les nombreux contrats qu'il allait y signer cette semaine. Il a d'ailleurs annulé à la dernière minute l'entrevue que nous avions planifiée avec lui. Un imprévu nous a dit son personnel...

Il faut dire que les journalistes jouent souvent les « trouble-fête », à juste titre, cherchant surtout des nombres : combien de contrats espérez-vous signer? Quel seront les répercussions de cette mission sur les entreprises d'ici? Combien de millions? Combien d'emplois? Est-ce que tout ça vaut la peine, finalement?

Mission marketing

Il faut dire que ces missions sont surtout des exercices de marketing, davantage que l'occasion d'ouvrir de nouveaux marchés. Généralement, les entreprises qui obtiennent des contrats lors de ces missions économiques ont déjà une présence commerciale et travaillent déjà avec des partenaires pour l'obtention de contrats.

Graphite Software, par exemple, a participé à la mission économique du maire Jim Watson en Chine, en novembre dernier. La jeune compagnie d'Ottawa développe des logiciels pour le système Androïd, qui permettent d'avoir deux numéros de téléphone sur le même appareil mobile. Autrement dit, un logiciel qui permet d'avoir deux lignes téléphoniques sur un seul appareil.

Graphite Software a décroché un contrat de 5 millions de dollars lors de la mission en Chine. Sauf que l'entreprise y travaillait depuis longtemps. Le directeur général de l'entreprise, Alec Main, explique que le momentum créé par la présence des politiciens chinois et de la Ville d'Ottawa a accéléré la négociation d'ententes déjà en cours. Tout le monde veut bien paraître et veut avoir quelques succès à montrer à la presse.

C'est d'ailleurs pourquoi M. Main n'a pas participé à la présente mission en Inde. Graphite Software commence à s'établir en Inde aussi, mais la compagnie n'a pas encore d'entente prête à être finalisée dans ce marché. Si la mission avait eu lieu dans six mois ou un an, dit Alec Main, ils auraient participé à cette mission en Inde aussi. Une mission économique n'est donc pas nécessairement le moyen privilégié pour commencer à faire des affaires dans un nouveau marché.

Mission suivie

Les belles annonces d'ententes avec des entreprises signées outremer ne signifient pas que l'argent est dans le compte en banque des entreprises le lendemain. Graphite Software a reçu une partie des 5 millions promis par son partenaire chinois. Mais pas tout encore... Alec Main s'attend toutefois à ce que le tout soit finalisé sous peu., soit presque six mois après la signature officielle à Pékin, en novembre dernier.

Investir Ottawa, qui coorganise ces missions économiques et aide au développement de jeunes entreprises, insiste aussi sur la nécessité de faire le suivi de ces ententes signées. Comme le dit le PDG d'Investir Ottawa, Bruce Lazenby, « encore plus important, c'est le follow up! » Il faut clore l'entente et cela peut prendre des mois - parfois des années.

Mission techno

Durant la période des compressions fédérales dans la fonction publique, Jim Watson n'a cessé de marteler la nécessité de diversifier l'économie de la capitale nationale. Le secteur des hautes technologies n'est plus ce qu'il était à la fin des années 1990, mais il est toujours vibrant, selon lui, et un vecteur d'emplois bien rémunérés toujours important.

Pas surprenant de voir que les entreprises, qui semblent s'associer et bénéficier le plus de ces missions, proviennent de ces secteurs. L'entreprise iNano Medical aurait ainsi décroché des investissements d'un million de dollars de sa visite en Chine, en 2013. Graphite Software compte maintenant 24 et bientôt 25 employés à Ottawa et quelques-uns à ses nouveaux locaux à Pékin.

La présente mission en Inde devrait également renforcer le partenariat déjà établi entre EION et Adino, une entreprise indienne qui oeuvre dans le développement de réseaux sans fil pour les villes et les régions éloignées, selon le dernier communiqué du maire Watson. On y trouve aussi quelques surprises, comme la promesse du tournage d'un film indien à Ottawa l'an prochain!

Mission politique

Alors finalement, est-ce que ces missions valent la peine? Les villes sont limitées dans leur capacité d'aider le développement économique directement. Le principal argument de vente de la Ville d'Ottawa pour attirer des investisseurs étrangers n'a rien à voir avec la Municipalité, mais dépend de décisions du gouvernement fédéral.

Le Canada a l'un des taux d'imposition les plus faibles des pays occidentaux pour les entreprises, soit 15 %. Et Ottawa peut encore attirer l'attention autour de son secteur technologique, ce qui la démarque des autres grandes villes canadiennes. La stabilité politique et sociale du pays un certainement un atout aussi, mais pas spécifique à la Ville.

Donc, il semble que ces missions profitent à certaines entreprises, qui ont déjà des liens établis avec le pays visité. Elles accélèrent généralement la conclusion d'ententes, qui surviendraient quand même, mais qui prendraient plus de temps.

Celui qui profite peut-être le plus de ces missions est probablement le maire lui-même. Jim Watson pourra dire que ses missions économiques en Chine et en Inde ont contribué à la diversification de l'économie de la capitale.

Plus d'articles

Commentaires

Vidéo du jour


Une caméra de sécurité montre quelque chose d'extraordinaire





Rabais de la semaine