Le maire d'Ottawa, Jim Watson, est reconnu comme un politicien parfois redoutable, certainement aguerri, qui évite la controverse et qui a du flair. Mais depuis quelque temps, il se retrouve un peu forcé à effectuer quelques virages à 180 degrés.

Ce fut d'abord le cas récemment au sujet des radars photo. Jim Watson était contre l'idée au départ, considérant que cela allait être perçu comme une façon détournée de fouiller dans les poches des contribuables sous des prétextes de sécurité.

Finalement, le maire a voté en faveur d'un compromis dont il est en partie l'auteur : il y aura un projet pilote de radar photo, mais dans les zones scolaires seulement.

Contre puis pour Uber

Jim Watson s'est aussi opposé à la présence d'Uber dans la capitale nationale. Mais à la fin, devant la popularité du service et le nombre de chauffeurs déjà implantés (2500 à temps partiel), le maire s'est rendu à l'évidence. Il a opté pour un règlement taillé sur mesure pour Uber.

Il faut toutefois reconnaître que Jim Watson a toujours été d'accord avec la révision des règles encadrant l'industrie du taxi, qui a mené à ce nouveau règlement, lequel entrera en vigueur le 30 septembre.

Pour puis contre les dons des entreprises et des syndicats

Le plus récent de ces virages à 180 degrés est survenu cette semaine, lorsque la province à amendé le projet de loi pour interdire les dons des entreprises et des syndicats lors des campagnes électorales dans toutes les Municipalités ontariennes.

M. Watson a défendu sa capacité à recevoir ces dons à maintes reprises, durant sa dernière campagne électorale en 2014. Et la question lui a été posée souvent.

La Ville de Toronto interdisait déjà les dons des compagnies et des organisations syndicales.

Et plusieurs candidats aux postes de conseillers à Ottawa - comme Catherine McKenney, Tobi Nussbaum et Mathieu Fleury - n'ont pas accepté de tels dons durant leur campagne, pour éviter toute perception d'être liés ou de devoir quelque chose aux grands promoteurs immobiliers... ce qui ne les a pas empêchés de gagner.

Les entrepreneurs ont le droit de participer au processus démocratique, selon Watson. C'était là l'un de ses principaux arguments en faveur des contributions politiques des gens d'affaires.

Un entrepreneur qui se démarque

Plusieurs grandes familles d'entrepreneurs d'Ottawa n'ont d'ailleurs pas manqué de participer à la campagne de Jim Watson.

Selon les états financiers de la dernière campagne du maire, un cas plutôt remarquable est celui de la famille Taggart.

Cette entreprise est l'un des plus importants propriétaires de terrains et de bâtiments commerciaux de la capitale. Seize personnes identifiées par le nom de famille Taggart ont chacune donné le maximum permis par la loi, c'est-à-dire 750 $, dont le président Paul Taggart et la vice-présidente aux opérations, Julie Taggart.

Qui plus est, les cadres supérieurs de Taggart, le vice-président à la planification, Jeff Parkes, et le directeur général, Pierre Bergeron, ainsi que des membres de leur famille, ont contribué au maximum permis à la campagne de Jim Watson.

À noter que Taggart n'a pas contribué comme entreprise, ce qui n'est pas le cas des Claridge Homes, Windmill, Brigil, Devcore et Minto, qui ont toutes donné à la campagne du maire, à titre d'entreprises.

Changement de cap

Pas plus tard que le mois dernier, Jim Watson vantait encore les mérites du système actuel, qui inclut les dons des entreprises et des syndicats.

Il soulignait que ce système était plus transparent que celui mis de l'avant par le projet de loi provincial, car le nom de chaque entreprise donatrice est clairement identifié.

En effet, qui connaît le nom des hauts dirigeants d'une compagnie? De leurs employés? Qui pourra vraiment vérifier si l'argent d'une entreprise n'est pas versé à la campagne d'un candidat, parmi toutes ces personnes inconnues du grand public? Jim Watson tient là un bon point.

Dans le cadre de la nouvelle loi provinciale, si elle est adoptée, la famille Taggart et les cadres de l'entreprise pourront donner exactement le même montant en 2018, soit 16 500 $.

Donc, que la réforme soit adoptée ou pas, Jim Watson continuera de recevoir des dons substantiels d'individus, qui représentent certainement des entreprises, même si cela pourrait représenter une baisse d'environ 25 % des contributions à sa campagne.

Le maire était pour les dons des entreprises. Il est maintenant pour la loi qui les interdit, car au fond, sa future campagne ne sera pas trop affectée par ces changements.

 

Prochains virages à 180 degrés?

Il est permis à tout le monde de changer d'idée. C'est même parfois un signe d'intelligence et d'ouverture.

Cependant, pour un leader politique, cela peut parfois être perçu comme une faiblesse, un manque de conviction, de leadership, surtout sur des enjeux très polarisants.

Est-ce que Jim Watson changera d'idée au sujet des centres d'injections supervisées, par exemple, auxquels il s'oppose farouchement? Ou reconnaîtra-t-il un statut officiellement bilingue à la Ville d'Ottawa? C'est à suivre!

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