Le service de covoiturage commercial Uber ou comme la Ville d'Ottawa le définit officiellement, cette « entreprise privée de transport » est débarquée dans la municipalité, comme elle le fait un peu partout, sans faire d'excuses ni demander la permission à qui que ce soit.

Un texte de Stéphane Leclerc

Et Uber bouscule tout sur son passage : les habitudes, les règles, les acquis, sans trop s'en faire, rassuré dans le fait que l'entreprise représente une nouvelle génération, de nouvelles valeurs et façons de faire, qui remplaceront éventuellement celles en place depuis des années. Comme si la partie était gagnée d'avance...

Une guerre d'image

Pendant trois heures, jeudi, Chris Schafer, directeur des politiques chez Uber Canada, a défendu les positions de la jeune entreprise. Pour un jeune homme dans la trentaine, il a montré un flegme digne des politiciens d'expérience devant d'autres politiciens aguerris et furieux de le voir esquiver avec autant de calme et parfois de condescendance les boulets tirés sur lui. Chris Schafer, il faut dire, évitait souvent de répondre directement aux questions.

Devant les journalistes, ensuite, s'est présenté le directeur général d'Uber Canada, Ian Black, le grand patron. Un autre jeune homme qui paraît dans la trentaine, allure branchée, moderne, au verbe calme, s'exprimant avec aisance. M. Black, noyé dans la meute de journalistes, a respecté les lignes de communication, qui semblaient préétablies par son entreprise. Sans faire trop de vagues, il s'est dit satisfait de la proposition de règlement.

Calmement aussi, et c'est là que l'assurance frôle l'arrogance, Ian Black a déclaré qu'Uber n'avait pas encore décidé si elle allait suspendre ses activités, en attendant qu'une nouvelle réglementation soit adoptée et entre en vigueur. Uber opère dans l'illégalité, depuis un an et demi, et pourrait donc continuer son pied de nez aux autorités municipales.

La révolution Uber

Les révolutions à l'ère numérique se font comme cela. Devant Uber, l'industrie du taxi conventionnel donne l'impression d'appartenir à une autre époque. Elle paraît inadaptée dans ce nouveau monde de téléphones intelligents, en retard sur les tendances.

Elle commence à peine à réagir aux besoins de cette clientèle, qui cherche un moyen de transport efficace où tout se fait simplement, sans argent comptant, en poussant quelques boutons sur un téléphone, qui est infiniment plus qu'un simple téléphone.

Uber a une application pour faire le lien entre les clients et les chauffeurs. Coventry Connections, qui regroupe les compagnies de taxi d'Ottawa, a un centre de répartition avec des dizaines d'employés qui répondent au téléphone.

La fin du taxi conventionnel?

Un autre message était clair cette semaine : Uber et Coventry Connections affirment tous les deux qu'ils sont là pour rester.

En moins d'un an et demi d'opérations illégales à Ottawa, Uber aurait déjà près de 2000 chauffeurs à son compte. Selon la compagnie, près de 85 % travaillent 5 à 10 heures par semaine, cependant.

Ces 2000 chauffeurs, même à temps partiel, illustrent bien la progression d'Uber dans le marché et la demande pour ce type de service. Une réalité incontournable, surtout pour les quelque 2500 chauffeurs de taxis conventionnels. La plupart à temps plein. Mais est-ce que cela signifie la fin de leur carrière? Pas nécessairement.

Avantage concurrentiel

Le taxi conventionnel, si la proposition de règlement est adoptée au conseil cette semaine, conservera quelques avantages concurrentiels importants : les stations de taxi dans des secteurs achalandés et la capacité de prendre des clients au vol, sur la rue. Sans parler de la sécurité. Les bons vieux taxis continueront d'être soumis à plus de règles de sécurité, incluant l'obligation d'avoir des caméras à bord du véhicule.

Les véhicules d'Uber sont-ils sécuritaires?

Pour le moment, impossible de le dire. Bien que la question ait été posée à de nombreuses reprises durant les audiences de la semaine dernière, aucune donnée fiable n'existe ou n'a été rendue publique par la compagnie. Pour le moment, il n'y a que des cas anecdotiques dans les médias, provenant souvent d'autres pays, des États-Unis notamment, probablement trop loin en tout cas pour vraiment décourager qui que ce soit de se déplacer avec Uber.

Les caméras à bord

Les chauffeurs de taxis conventionnels voudraient que la Ville impose aux chauffeurs d'Uber l'installation de caméras dans leur véhicule. Plusieurs conseillers municipaux aussi. Uber refuse cette dépense importante, qui n'ajoutera rien de plus à la sécurité, selon la compagnie. Et le rapport de KPMG sur l'industrie n'en fait pas la recommandation non plus à la Ville.

Les caméras ne sont pas infaillibles. Elles filment l'intérieur du véhicule et ne fonctionnent généralement que lorsque le véhicule est en mouvement. Elles ont cependant été extrêmement utiles à la police, lors d'allégations d'agressions sexuelles, a noté Susan Jones, directrice adjointe intérimaire de la Ville, en citant elle-même le chef de police.

À vos risques et périls

Faute de données sur Uber et de cas spécifiques d'agressions ou de vols dans la région, la sécurité demeure pour le moment le principal argument de « vente », mis de l'avant par l'industrie du taxi conventionnel contre Uber et son discours rassurant.

C'est aussi le plus gros casse-tête des élus municipaux, qui tentent de réglementer et de responsabiliser Uber. Un règlement qui inclura l'avertissement « consommateurs avertis » (Buyer Beware), selon ce qui est proposé à la Ville.

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