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L’autoroute 50 « n'est pas du tout dans les plus dangereuses », selon une experte

C'est une nouvelle qui en surprendra plusieurs, mais les experts s'entendent pour dire que l'autoroute 50 ne serait pas si dangereuse, du moins pas davantage que d'autres routes semblables. Vérification des faits.

Un texte de Jérémie Bergeron et de Jérôme Bergeron

Radio-Canada a obtenu les indicateurs de sécurité utilisés par le ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l'Électrification des transports du Québec (MTMDET), pour déterminer si un tronçon nécessite des travaux d’amélioration. Ces chiffres sont obtenus avec une formule mathématique complexe, qui redonnent à l’autoroute 50 ses lettres de noblesse, aux dires du MTMDET.

« Le bilan routier s'est amélioré dans la région [depuis l’arrivée de la 50] », confirme le porte-parole du ministère Guillaume Paradis.

Si on prend des données des deux routes, on a de meilleures statistiques [dans la région] que lorsqu'on avait que la 148 pour se déplacer.

Guillaume Paradis, porte-parole du MTMDET

Depuis 2010, une vingtaine de vies ont pourtant été fauchées sur l’autoroute 50.

Chaque fois, ces graves accidents soulèvent des débats quant à la sécurité de cette autoroute de l’Outaouais, reliant Gatineau à Mirabel, qui en effraie plusieurs.

De son côté, l'ingénieure Ilham Benyahia, directrice du département d'ingénierie de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) et spécialiste en aménagement routier, elle n’a jamais remis en doute le faible niveau de dangerosité de l’autoroute 50.

« Lorsqu'on compare avec les autres routes comparables, la 50 n'est pas du tout dans les plus dangereuses ou les plus risquées », affirme-t-elle.

Des accidents moins graves

Lorsque les voies sont séparées, les calculs du MTMDET démontrent que l'autoroute 50 est le théâtre d'accidents moins graves que des routes similaires, comme la 20, la 30 et la 55.

Le taux d'accidents mortels et graves y est également moins élevé, mais ces résultats ne sont que pour des voies divisées.

« C'est évident que sur les routes contiguës, il y a un facteur de risque supplémentaire », admet Guillaume Paradis.

Ainsi, lorsque les voies de la 50 ne sont pas divisées, un automobiliste a six fois plus de risque d’être victime d’un accident mortel.

C'est mieux d'avoir une autoroute à deux voies contiguës que de ne pas en avoir du tout [d’autoroute].

Guillaume Paradis, porte-parole, MTMDET

L'autoroute de l’Outaouais serait cependant dans la norme, sur le plan du nombre d'accidents et de la gravité de ceux-ci, selon les données provinciales.

Ilham Benyahia refuse de montrer du doigt uniquement l'infrastructure et la configuration de la route pour justifier tous les accidents survenus sur la 50.

« Il y a beaucoup de dépendance à cause du facteur humain », rappelle-t-elle. « La fatigue, la distraction et d'autres éléments. »

Des ajustements proposés

Radio-Canada a obtenu sept rapports de coroners au sujet des accidents sur la 50 et dans un seul cas, l'infrastructure a été blâmée.

Certes, des ajustements pourraient être effectués pour améliorer le bilan routier.

« Une des premières solutions, c'est de mettre quelque chose qui appartient à l'infrastructure. Les terre-pleins, ça va ralentir [les automobilistes] », croit Mme Benyahia.

Le premier ministre Philippe Couillard s’est engagé à élargir des tronçons dangereux de l’autoroute 50. D’ici là, des murets de béton seront prochainement installés sur les portions contiguës, mais seulement dans la section des Laurentides…

Il n’y a pour l’instant rien de prévu pour la zone située en Outaouais.

Une question de perception?

Les experts consultés rappellent que les routes rurales à numéros - comme la 116, la 132 ou la 148 - sont les endroits les plus accidentogènes au Québec. Pourquoi l’autoroute 50 a-t-elle alors une si mauvaise réputation?

L'émotion semble l'emporter sur la raison et c’est peut-être la faute des médias, estime la préfète de la MRC de Papineau, qui a attendu « son autoroute » pendant 50 ans.

« À force de dire et de répéter qu’il y a des accidents, qu'elle est dangereuse et qu'il faudrait faire-ci, qu’il faudrait faire ça, des gens ne prennent pas la 50 », dénonce Paulette Lalande.

[Certains] prennent encore la 417. Dans ce temps-là, je deviens bleue!

Paulette Lalande, préfète de la MRC de Papineau

« Il y a peut-être une mauvaise perception et ça nous fait du tort », poursuit-elle.

Si la configuration de l’autoroute 50 ne serait pas à blâmer, les autorités et le MTMDET rappellent que d’adapter sa conduite en fonction de celle-ci pourrait permettre d'éviter le pire.

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