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L'avocat Christian Deslauriers suspendu trois mois en Ontario

Le Tribunal du Barreau a suspendu l'avocat-criminaliste ottavien Christian Deslauriers pour une durée de trois mois pour faute professionnelle.

Un texte d'Antoine Trépanier

Me Deslauriers, qui a notamment représenté le sénateur Patrick Brazeau en 2016, n'aurait pas assumé « l'entière responsabilité de sa pratique d'aide juridique » en omettant de s'assurer que sa stagiaire était effectivement autorisée à pratiquer le droit.

Les faits se seraient produits de 2010 à 2011 et la décision du Tribunal du Barreau est entrée en vigueur le 23 février dernier. Me Deslauriers devra également payer la somme de 12 500 $ au Barreau de l'Ontario.

Selon des documents du Barreau obtenus par Radio-Canada, Me Deslauriers a embauché une stagiaire en juin 2010, un mois après avoir ouvert son bureau d'avocat. Cette étudiante, qui avait été journaliste auparavant, était respectée et très connue au palais de justice d'Ottawa. L'avocat connaissait l'étudiante à l'époque où elle était journaliste.

Ce dernier « comptait beaucoup sur [la stagiaire] pour s'occuper du bureau », alors qu'il défendait Jacques Mungwarere, un Rwandais accusé de génocide par le gouvernement canadien.

Me Deslauriers aurait tenu des registres précis de ses heures facturées, mais n'a pas examiné et confirmé « l'exactitude des comptes » soumis par la stagiaire.

« En raison de ce manque de supervision, [la stagiaire] a pu traiter et envoyer des factures d'aide juridique fausses et inexactes [...] À compter de septembre 2011, [Me Deslauriers] a omis d'empêcher la pratique non autorisée de la [stagiaire] », peut-on lire.

Par exemple, la stagiaire a représenté des clients dans des dossiers d'actes criminels passibles d'une peine d'emprisonnement n'excédant pas 18 mois, alors que les stagiaires n'ont pas le droit.

Dans plusieurs causes, de juin 2010 à mai 2011, la personne n'a pas déclaré être étudiante, alors que Me Deslauriers lui avait dit de s'identifier de la sorte. Or, il n'a pas vérifié si elle se présentait ainsi en cour.

« Dans plusieurs causes, des clients n'étaient pas au courant qu'ils étaient représentés par un étudiant en droit, et non un avocat », lit-on dans l'exposé conjoint des faits, signé par Me Deslauriers le 1er février dernier.

Dans les documents du Tribunal, Me Deslauriers admet avoir donné « carte blanche » à sa stagiaire pour qu'elle gère ses dossiers. Il affirme avoir communiqué régulièrement avec la personne. Lorsqu'il était au pays, ils communiquaient par téléphone ou en personne une à deux fois par semaine. Lorsqu'il était à l'extérieur du pays, ils communiquaient une fois par semaine via Skype, a indiqué Me Deslauriers dans les documents.

Radio-Canada a tenté de joindre Me Deslauriers à plusieurs reprises lundi, en vain.

L'avocat originaire de Québec a été admis au Barreau de l'Ontario en 2004, lui qui pratique également au Québec. Outre Patrick Brazeau, l'avocat-criminaliste représente présentement Guillaume Donovan, l'un des deux anciens joueurs de hockey des Gee-Gees de l'Université d'Ottawa accusés d'agression sexuelle.

Du 4 au 16 février 2018, M. Donovan et David Foucher ont subi leur procès au palais de justice de Thunder Bay. La juge Chantal M. Brochu rendra sa décision le 25 juin 2018 dans cette cause.

L'affaire avait fait grand bruit en 2014 et l'Université d'Ottawa avait renvoyé l'entraîneur-chef de l'équipe, Réal Paiement, et avait suspendu son programme de hockey masculin pour une durée de deux ans.

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