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L'équitation thérapeutique : « Ça fait un loisir pour quelqu’un qui n’en a pas »

Alors que la thérapie par l'équitation fait de plus en plus d'adeptes au Québec, un centre vient d'ouvrir ses portes dans le secteur de L'Ange-Gardien au début du mois de juin. Ce dernier est géré par deux amies passionnées par les chevaux depuis leur plus tendre enfance.

Son diplôme d’infirmière tout juste en poche, Arianne Dulac aurait pu se contenter de son poste au Centre hospitalier Pierre-Janet.

« Il fallait être deux folles avec nos idées. Probablement que, toute seule, j’y serais arrivée, mais jamais aussi vite ou aussi fort », explique la jeune femme de 23 ans. « On a bâti notre projet au fur et à mesure. Puis on s’est dit que lorsqu’on terminerait nos études, on ouvrirait notre place. C’est ce qu’on a fait. »

L’autre « folle », c’est Catherine Clément, 24 ans. Toutes deux se connaissent depuis l’âge de cinq ans, puis elles ont fréquenté la même école secondaire.

Si les choses sont allées aussi vite, c’est aussi grâce à ses parents, deux vétérinaires de professions. Ils ont aidé les deux jeunes femmes à financer l’acquisition de la propriété en novembre 2017, puis à la rénover. Ils ont aussi donné un coup de main pour la construction d’un manège.

Donner du bonheur

Depuis quelques jours, le centre accueille donc ses premiers cavaliers, surtout pour des leçons privées. Mais il y a eu aussi ce groupe scolaire, avec des enfants ayant des besoins spéciaux.

Après une initiation, les jeunes participants ont pu soigner les chevaux. Une collation leur a été offerte, puis est venue l’heure de se mettre en selle, avec l'aide de bénévoles.

Très vite, les chevaux s’habituent aux enfants et la magie opère.

« [Les chevaux] savent que c’est un enfant et que la personne n’est pas stable. Ça fait qu’ils sont super calmes, bien concentrés. Le même cheval, tu vas lui mettre un cavalier avancé, il ne réagira pas pareil, parce qu’il sait que son travail va être différent », chuchote Arianne en suivant la leçon des yeux.

« Chaque cheval a une personnalité, un caractère propre à lui [...] il y a certains chevaux qui ne s’entendront pas bien avec certains cavaliers », ajoute-t-elle.

Des bénéfices physiques

Les bienfaits pour les petits cavaliers sont d’abord physiques, parce que le fait de monter à cheval fait travailler plusieurs groupes musculaires qui ont peu l’habitude d’être sollicités.

« Un participant en fauteuil roulant, il ne travaille jamais ses muscles. À cheval, il va les travailler. On voit une force musculaire qui arrive, de la souplesse, de la détente. Au niveau affectif, social, le cheval devient un ami, quelqu’un qui ne juge pas », indique Arianne Dulac.

Elle raconte qu’elle a vu des jeunes à mobilité réduite s’allumer littéralement en étant en selle, avec une étincelle dans les yeux.

« Ça fait un loisir pour quelqu’un qui dans la vie n’a pas de loisir, ne peut pas jouer au soccer, au hockey. Au moins, il vient à l’écurie puis il monte à cheval », souligne la jeune femme.

Selon elle, monter à cheval renforce la confiance des enfants. Ils se sentent valorisés avec les rênes en main, ce qui se voit dans leur posture.

Une démarche sérieuse

Pour devenir instructrice en équitation thérapeutique, Arianne a étudié une fin de semaine sur trois pendant deux ans, tout en faisant son cursus d’infirmière.

« Je suis tombée sur le site du Cégep de Sorel-Tracy, qui partait une première cohorte en instruction et entrepreneuriat en équitation thérapeutique. Je me suis inscrite à ça et j’ai fait partie de la première cohorte », souligne-t-elle.

Après son cégep, elle a dû passer un examen de l'Association canadienne d’équitation thérapeutique et elle a obtenu son diplôme à l’été 2017.

« On enseigne l’équitation à des personnes qui ont des déficiences physiques, intellectuelles, des problématiques de santé mentale. Ça nous prend un diagnostic », poursuit Arianne Dulac.

Avant de se lancer dans le manège, une évaluation doit être faite au préalable par l’instructrice. Il faut aussi obtenir une autorisation écrite de son médecin.

Le parcours thérapeutique se définit à travers des objectifs à atteindre, que ce soit dans le domaine cognitif ou affectif.

Arianne Dulac envisage de compléter sa formation avec un diplôme de psychothérapeute, en vue de proposer à ses patients de se mettre en selle au lieu de s’étendre sur le traditionnel divan d'un psy.

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