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L'histoire des Franco-Ontariens absente des manuels scolaires anglophones

Les colons de la Nouvelle-France, la déportation des Acadiens, même la popularité de la Floride auprès des Québécois : le programme d'histoire des écoles anglaises en Ontario fait référence aux francophones en général, mais ne dit à peu près rien sur la communauté franco-ontarienne, qui a pourtant plus de 400 ans.

Un texte de Michel Bolduc et d’Annie Poulin

Deux solitudes sont enseignées actuellement à l’intérieur de la même province, raconte le professeur d’histoire Serge Miville de l’Université Laurentienne de Sudbury.

Les écoles anglaises, y compris celles d'immersion française, ont leur programme, alors que le curriculum des écoles françaises a été bonifié au fil des années pour mettre en valeur la culture et l'histoire franco-ontariennes.

Radio-Canada a toutefois appris qu'une réévaluation du curriculum anglophone était en cours, après les excuses publiques présentées par la première ministre l’an dernier au sujet du Règlement 17, qui a banni le français des écoles en Ontario de 1912 à 1927.

Le ministère n’a pas d’échéancier pour l’instant.

La ministre ontarienne des Affaires francophones, Marie-France Lalonde, a évoqué la question récemment auprès de sa collègue à l'Éducation, Mitzie Hunter. Cette dernière assure que les libéraux se sont « engagés » auprès des francophones.

Ce qui est enseigné dans les écoles franco-ontariennes :

En 9e et 10e année, par exemple, le mot-clé « franco » apparaît à 182 reprises dans le curriculum en français, comparativement à 2 mentions (dont le drapeau franco-ontarien) dans le programme en anglais, qui fait pourtant 188 pages.

Ce manuel scolaire utilisé en immersion française parle de la Saint-Jean-Baptiste uniquement comme étant la fête des Québécois, alors qu'elle est aussi célébrée par les francophones de l'Ontario et d'ailleurs au pays :

« Méconnaissance »

Atticus Arsenault est en immersion française dans une école anglaise à Hamilton, qui suit le programme anglophone. Quand on demande à l'élève de 11e année qui sont les francophones au Canada, la première chose qui lui vient en tête, c'est « le Québec », pas les Franco-Ontariens.

Son père, Jason, qui a lui aussi fréquenté une école d’immersion ontarienne, ne connaissait pas lui non plus l’existence du Règlement 17. À son époque, les cours d’histoire sur le Canada français se limitaient « aux bûcherons et aux trappeurs », raconte-t-il.

Tous deux aimeraient qu'on parle plus de l'histoire des Franco-Ontariens.

Selon le professeur d’histoire Serge Miville de l’Université Laurentienne, la « méconnaissance » des Franco-Ontariens est telle actuellement que la simple « reconnaissance de leur existence » serait un pas dans la bonne direction.

Cette reconnaissance est aussi cruciale pour que les Franco-Ontariens aient plus de poids politique, ajoute M. Miville, et obtiennent plus de services dans leur langue : « Si on ne sait pas [qu'une minorité] existe, on dit : "Pourquoi elle chiale?" »

Avant les élections?

Les prochaines élections provinciales auront lieu en juin 2018 et le gouvernement libéral a multiplié les annonces au cours des derniers mois à l'endroit des francophones, que les partis d'opposition courtisent eux aussi.

Carol Jolin, président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO) et ex-dirigeant de l'Association des enseignants franco-ontariens (AEFO), espère que la refonte du programme d'histoire des écoles anglaises sera faite avant les élections.

Au détriment des Autochtones?

Pour M. Jolin, l'histoire franco-ontarienne peut être intégrée dans le curriculum anglophone, sans amputer les éléments ajoutés au cours des dernières années sur les Premières Nations.

Il faudra aussi, selon lui, fournir plus de ressources aux enseignants anglophones.

Leur formation devrait aussi être bonifiée, pense l'historien Serge Miville. Il souligne qu'à l'heure actuelle les futurs enseignants qui étudient à l'Université Laurentienne doivent obtenir six crédits en études autochtones, alors qu'il n'y a aucune obligation du genre en matière d'histoire franco-ontarienne.

« Ce qui est valorisé en ce moment, c'est notamment les études autochtones, avec raison, dit-il. Mais on a encore ce déficit de connaissances chez les anglophones sur l'Ontario français. » Pour lui aussi, l'histoire franco-ontarienne peut être incluse dans le programme anglophone, sans que cela se fasse au détriment de celle des Autochtones.

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