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L'histoire des universités en milieu minoritaire au Canada

Après des dizaines d'années de mobilisation et de revendications, l'Ontario aura son université francophone. Les premiers étudiants sont attendus au début des années 2020. Mais dans certaines provinces canadiennes, les minorités linguistiques francophones ou anglophones ont leur institution universitaire depuis beaucoup plus longtemps. C'est le cas au Manitoba, en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et au Québec.

Un texte de Vincent Wallon

Pour les francophones et anglophones en milieu minoritaire au Canada, l’accès à l’éducation et à l'alphabétisation s’est développé au courant du 19e siècle avec des groupes religieux, d’affaires ou communautaires.

Chaque institution a dû faire face dans son histoire aux contraintes législatives et à certaines difficultés structurelles, sociales, financières et démographiques.

Les religieux catholiques ont joué un rôle essentiel dans la création des universités francophones administrées par des francophones.

2011 - L'Université de Saint-Boniface au Manitoba

1818 au Manitoba, l’abbé Norbert Provencher fonde le Collège de Saint-Boniface destiné au début à l’enseignement du latin aux garçons de la colonie de la Rivière-Rouge.

Dans les années 1870, une immigration francophone venant d’Europe permet d’augmenter le nombre d’étudiants à 300 par an. L’expertise reconnue de l’établissement lui permet de participer à la fondation de l’Université du Manitoba avec des collèges anglophones confessionnels.

En 1916, le gouvernement du Manitoba interdit l’enseignement du français dans les écoles publiques. Le Collège de Saint-Boniface, établissement privé, peut poursuivre ses activités, mais demande aux écoles publiques de braver l’interdiction.

En 2011, le collège prend le nom officiel d’Université de Saint-Boniface.

Aujourd’hui affiliée à l’Université du Manitoba, elle compte 1250 étudiants réguliers et plus de 5000 inscrits à la division de l’éducation permanente incluant une École de langues.

1892 - L'Université Sainte-Anne en Nouvelle-Écosse

Dans les années 1870, dans le contexte troublé appelé le « réveil acadien », des francophones protestent et demandent un réseau d'écoles catholiques.

En 1890, un collège est fondé par les pères eudistes Blanche et Morin venus de France à la baie Sainte-Marie. Il prend le nom de Collège Sainte-Anne en 1891 et sera destiné principalement aux Acadiens et à l’enseignement en français.

Dès 1892, le Collège Sainte-Anne est incorporé et devient une université.

En décembre 1968, le gouvernement provincial souhaite déménager l’université dans la ville anglophone de Yarmouth. Les étudiants font la grève pendant une semaine avec des actions d’éclat. Ils obtiennent finalement gain de cause après une commission d’enquête du ministre de l’Éducation. L’établissement reste à Pointe-de-l’Église.

Signe des temps, la direction de l’université est confiée à une administration laïque en 1971.

Aujourd’hui, l'Université Sainte-Anne, avec ses cinq campus, est reconnue entre autres pour ses programmes d'immersion en langue française avec des volets de recherche et d'enseignement en langue, culture et histoire acadiennes.

1963 - L'Université de Moncton au Nouveau-Brunswick

Le projet de créer une université au Nouveau-Brunswick remonte également au 19e siècle.

En 1864, le Collège Saint-Joseph est créé à Memramcook, sous l’impulsion du père Camille Lefebvre de la congrégation des Frères de Sainte-Croix, un Québécois d’origine. Et rapidement, la charte provinciale lui permet de délivrer des diplômes universitaires.

Cet événement fondateur va permettre à d’autres établissements de voir le jour dans la province dans la deuxième partie du 19e siècle.

En 1962, le rapport de la Commission royale d’enquête sur l’enseignement supérieur au Nouveau-Brunswick recommande de corriger le sous-financement historique des collèges francophones par rapport aux institutions anglophones. Elle reconnaît le principe de création d’une véritable université de langue française.

En 1963, l’Université de Moncton est officiellement fondée en regroupant différents collèges. Elle adopte un modèle décentralisé avec trois campus dans les trois principales régions francophones du Nouveau-Brunswick.

La prise de conscience identitaire acadienne a permis à cette communauté de prendre le contrôle de ses institutions et de son développement socioéconomique. La création d'une université fait partie intégrante de cette émancipation.

L'Université McGill (1821), l’Université Bishop’s (1843) et l’Université Concordia (1974) au Québec

Pour les anglophones du Québec, les communautés religieuses et les milieux d’affaires ont été les principaux acteurs fondateurs des établissements d’enseignement postsecondaires.

L’Université McGill est l’une des plus anciennes institutions d’enseignement universitaire au Canada.

Elle est fondée à Montréal en 1821 par James McGill, un riche homme d’affaires. Ce dernier lègue une partie des ses biens à la Royal Institution for the Advancement of Learning dans le but de créer un collège.

Dès le milieu du 19e siècle, les administrateurs souhaitent en faire un établissement de réputation mondiale, avec l’aide de dons privés de riches mécènes. Car jusqu’au début des années 1960, McGill reçoit peu de financement public. Cette stratégie gagnante permet notamment de recruter de nombreux chercheurs dont Ernest Rutherford, prix Nobel de physique en 1908.

L’Université McGill devient publique dans les années 60 et reçoit du financement qui permet entre autres la construction de nouveaux édifices modernes.

En 1969, dans un contexte de montée nationaliste au Québec et de contestation étudiante, plusieurs milliers d’étudiants et de jeunes francophones manifestent et demandent que l’Université McGill offre des cours en français. Mais les revendications n'aboutissent pas. Seuls les examens et travaux peuvent désormais être rédigés par les étudiants en anglais ou en français.

Parallèlement à la création de l’Université McGill, George Jehoshaphat Mountain, évêque anglican du Québec, fonde l’Université Bishop's en 1843. Ses objectifs sont de répondre aux besoins des loyalistes anglophones établis dans les Cantons de l’Est et de former les membres du clergé anglican.

En 1947, l’Université Bishop's devient non confessionnelle et se développe grâce aux fonds publics.

Enfin, l’Université Concordia à Montréal est plus récente dans sa forme actuelle. Elle est issue de la fusion en 1974 de deux établissements d’enseignement : le Collège Loyola et l’Université Sir George Williams.

Les fondements de cette dernière sont la création du premier YMCA (Young Men's Christian Association) en Amérique au coeur de Montréal, en l'honneur de Sir George Williams, fondateur du premier YMCA à Londres.

L’objectif est de permettre à la classe ouvrière anglophone de travailler le jour et de s'instruire en suivant des cours du soir. D’autres écoles dans les YMCA seront créées jusqu’en 1926, année où elles fusionnent pour devenir Sir Georges Williams College.

Après la Seconde Guerre mondiale, sa reconnaissance comme université, par le gouvernement du Québec, va lui permettre de se développer rapidement jusqu’à la fusion avec le Collège Loyola.

Ce dernier est à l’origine la partie anglophone du Collège Sainte-Marie fondé par les Jésuites en 1848. Il devient un collège à part entière à la fin du 19e siècle.

Il n’a pas obtenu de charte universitaire avant sa fusion avec l’Université Sir George Williams, mais il a pu délivrer des diplômes en s’affiliant, en 1920, à l’Université de Montréal.

Un financement contesté

Depuis que le gouvernement québécois a commencé à financer les universités anglophones, le montant de ce financement n’a cessé d’être remis en question.

Il est jugé trop élevé par rapport à la population anglophone pour certains membres du milieu de l’éducation. Ils dénoncent régulièrement le sous-financement des établissements francophones.

Selon les données du ministère de l’Éducation, en 2011, les établissements anglophones recevaient environ 30 % de l'ensemble des subventions allouées aux universités. Pour information, les citoyens québécois anglophones représentent un peu plus de 8 % de la population du Québec.

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