À deux jours du début des consultations publiques sur les deux projets de réaménagement des plaines LeBreton, ICI Radio-Canada vous présente l'histoire méconnue de cet ancien quartier industriel.

Les plaines LeBreton ont été malmenées à travers les années, selon l'historien et archiviste Michel Prévost, de l'Université d'Ottawa. Deux fois complètement rasé, puis abandonné pendant une cinquantaine d'années, le quartier, qui était jadis le cœur économique d'Ottawa, est devenu un véritable cimetière de belles promesses et de bonnes intentions.

« C'était un quartier qui s'était développé à la deuxième moitié du 19e siècle, avec l'arrivée de J.R. Booth, qui va construire des scieries. Il était le concurrent de E.B. Eddy, qui était du côté de Hull », explique M. Prévost. « Les deux hommes s'installent dans le secteur des chutes de la Chaudière et les ouvriers s'installent juste à côté. »

Selon l'ancien conseiller en urbanisme de la Ville d'Ottawa, Robert Smythe, à l'époque, plusieurs personnes croient à tort que le canal Rideau traversera le quartier.

Un violent incendie en 1900

Le matin du 26 avril 1900, des milliers d'ouvriers habitent et travaillent dans le secteur des plaines LeBreton, lorsqu'un incendie se déclare dans la cheminée d'une résidence à Hull.

Avec le vent qui souffle à plus de 50 km/h, des tonnes de bois cordé, une fabrique d'allumettes et de grands rouleaux de papier, l'incendie se propage rapidement.

« On parle toujours du grand feu de Hull de 1900, mais on oublie que le feu a rapidement traversé du côté d'Ottawa », rappelle M Prévost. « Il y a eu plus de maisons brûlées, plus de morts du côté d'Ottawa. »

Renaissance du quartier

Le quartier renaît rapidement de ses cendres et la vie industrielle reprend. Les ouvriers reviennent s'établir et des commerces s'y installent.

« Il y a à peu près un tiers de la population qui est francophone et qui est bien implantée dans ce secteur-là », explique M. Prévost.

Robert Smythe admet que ce n'est pas le plus beau des quartiers, d'autant que les plaines LeBreton étaient bruyantes et polluées à l'époque, mais il affirme que plusieurs citoyens s'y sont installés pendant près de trois générations.

Expropriation en 1962

Le 18 avril 1962, le gouvernement Diefenbaker décide d'exproprier les résidents du quartier. Ils ont deux ans pour quitter les lieux.

« On estime qu'il y a entre 3000 et 5000 personnes qui ont été expropriées, à peu près 2800 maisons », selon M. Prévost.

Pour une deuxième fois, ce quartier ouvrier est rayé de la carte. Le gouvernement fédéral veut moderniser la capitale du Canada.

« Je pense que le plus choquant, c'est qu'on exproprie ces gens-là pour embellir la belle capitale du Canada et on n'a pas de projet précis », fait valoir l'historien. « Au départ, on avait exproprié pour que la Défense nationale vienne s'installer là, mais ça ne s'est pas réalisé. »

Cette fois, les plaines LeBreton ne renaîtront pas. À partir de l'expropriation de 1962, elles restent à peu près les mêmes, pendant plusieurs décennies.

Des projets qui peinent à se concrétiser

Certains politiciens ont tenté de réaménager les plaines LeBreton. Durant les années 1970, le gouvernement libéral planifie d'y construire un quartier de logements subventionnés. Une seule phase du projet sera réalisée.

Il y aura aussi un projet d'incinérateur, dans les années 1980. Toutefois, les citoyens du centre-ville s'y opposent.

Faute d'idées, les plaines LeBreton deviennent un dépotoir à neige. En 1984, elles accueillent aussi le pape Jean-Paul II. 

Il faudra attendre plus de 50 ans, avant que certains projets se concrétisent, comme le Musée canadien de la guerre et un développement résidentiel.

Et maintenant?

Deux projets de réaménagement sont en lice.

Le groupe DCDLS veut notamment construire un aréna, un musée de la bière et une bibliothèque de plus de 18 000 m2.

Rendez Vous LeBreton, un groupe formé par les propriétaires des Sénateurs d'Ottawa et le promoteur Windmill, propose la construction d'un nouvel aréna pour l'équipe professionnelle de hockey et pour la présentation de spectacles.

La Commission de la capitale nationale (CCN) présentera au public les projets des deux promoteurs les 26 et 27 janvier prochains, au Musée canadien de la guerre. Une période de consultation suivra.

D'après le reportage de Stéphane Leclerc

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