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L'Ontario, le terrorisme et 10 000 réfugiés

BILLET - Kathleen Wynne terminait sa mission commerciale en Chine quand elle a appris ce qui s'est passé à Paris. La première ministre s'imaginait revenir de Hong Kong et vanter les retombées de sa visite (2,5 milliards de dollars d'investissements selon son gouvernement), elle s'est plutôt retrouvée en pleine onde de choc des attentats terroristes. Douze heures de décalage horaire qui ont sûrement pesé très lourd.

Un texte d'Alex Boissonneault

La question des réfugiés s'est tout de suite posée pour la première ministre. Faut-il s'en étonner? La province de l'Ontario s'est engagée à recevoir à elle seule autant de réfugiés syriens que les États-Unis d'Amérique : 10 000 en tout, dont la moitié d'ici la fin de l'année, le même nombre l'année suivante.

Le gouvernement a promis de consacrer 10,5 millions de dollars à la crise, dont 8 millions pour aider les réfugiés à se faire une vie en Ontario. Ce plan ambitieux s'inscrit dans celui d'Ottawa, qui veut accueillir 25 000 personnes d'ici la fin de l'année.

Entre l'entêtement et la détermination

C'est d'abord la sécurité qui a été invoquée pour s'opposer à l'entrée aussi rapide des migrants. C'est pour cette raison que l'État du Michigan a suspendu son plan d'accueil et que le premier ministre de la Saskatchewan, Brad Wall, a demandé à Justin Trudeau de revenir sur ses engagements.

Courage ou insouciance, là-dessus, la première ministre est demeurée intraitable : « Nous avons un devoir d'humanité », a répété Kathleen Wynne, faisant échos aux discours du président de la France, François Hollande. À ceux qui s'inquiètent, elle répond que rien ne sera laissé au hasard pour s'assurer que les réfugiés ne représentent aucune menace.

Mais rapidement, les questions logistiques ont pris le pas sur les considérations sécuritaires. Comment accueillir des milliers de personnes, leur offrir un gîte, un peu d'argent, de l'aide pour s'intégrer dans un pays étranger et apprendre une nouvelle langue? Surtout, comment faire tout ça en moins de six semaines. Voilà le grand défi que les attentats de Paris nous ont rappelé.

De la parole aux actes

Le réveil a été brutal pour bien des politiciens. À Québec, Philippe Couillard a reconnu l'ampleur de la tâche et demandé à Ottawa de préciser son plan de match.

Le maire de Toronto, John Tory, a demandé aux différents paliers de gouvernement de ne pas « s'enfermer dans des promesses politiques » et de plutôt s'assurer de « faire les choses correctement ».

Le ministre de la Santé, Eric Hoskins, nous a rappelé cette semaine qu'il est capable d'être aussi clair que précis. « Rien du tout » a été sa réponse à ceux qui lui demandaient ce que les attentats de Paris ont changé à son plan d'accueil.

Par contre, il est beaucoup plus vague lorsqu'il s'agit de préciser la façon dont il compte procéder pour mettre le projet en oeuvre.

Il a fallu attendre la formation d'un comité ministériel spécial concernant les réfugiés pour avoir quelques pistes de solutions. Parmi celles-ci, une qui a fait couler beaucoup d'encre : l'utilisation d'hôpitaux désaffectés pour accueillir temporairement les nouveaux venus.

La province jure qu'avec l'aide d'Ottawa, elle pourra tenir sa promesse. Mais à quel prix? La crise des réfugiés made in Canada est loin d'être terminée.

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