Après cette première visite de l'histoire de l'Union des municipalités du Québec (UMQ) aux États-Unis, il est évident que les villes des deux côtés de la frontière ont les mêmes défis à relever. Et elles n'ont pas le choix de s'adapter.

Un texte de Louka Jacques

C'est difficile à croire, mais en 97 ans d'existence, l'UMQ n'avait jamais mené une mission économique aux États-Unis, le premier partenaire économique du Québec et du pays. Jamais.

C'est un peu par défaut que l'organisme s'est retrouvé à visiter des villes au pays de l'oncle Sam. La disparition des structures économiques, imposée par le gouvernement Couillard, a forcé les villes du Québec à aller voir ce qui se fait ailleurs.

Habituées de composer avec des structures gouvernementales qui encadraient leurs activités pour la plupart, elles ne ressentaient pas nécessairement le besoin de prendre le leadership de développement économique - parce qu'elles étaient capables de vivre avec ces structures.

Devant cette réalité, les Villes et l'UMQ ont réalisé qu'il fallait se retrousser les manches et ne plus attendre l'aide de personne. Briser la glace, débroussailler, ce n'est pas toujours évident... mais j'ai l'impression que les élus et les gens d'affaires ont bien apprécié cette mission, qui les a amenés à visiter trois villes du nord de l'État de New York.

Les maires de Shawinigan, Alma, Magog, Drummondville et Gatineau, accompagnés de leurs experts en développement économique et d'une vingtaine de gens d'affaires, ont visité des municipalités qui leur ressemblent : Rochester, Rome et Syracuse.

Toutes font face au même défi

Ces villes ont connu à un moment ou un autre de leur histoire des difficultés économiques. Mis à part Gatineau, qui tente de diversifier son économie en grande partie dépendante du gouvernement fédéral, ces municipalités étaient mono-industrielles.

Or, comme c'est le cas dans plusieurs villes nord-américaines, la réalité du marché a mené au déménagement des industries ailleurs sur la planète.

Il y a un parallèle intéressant à faire avec le hockey.

Au lieu de tenter d'attirer de gros joueurs pour remplacer ceux partis par l'entremise du marché des agents libres (lire ici l'Asie), Syracuse, Rochester et Rome ont compris que leur prospérité passait par le repêchage. Elles ont décidé de miser sur des entreprises en démarrage, principalement dans le milieu de la haute technologie (des start-ups) et de les soutenir jusqu'à temps qu'elles puissent voler de leurs propres ailes.

Trois cas, trois solutions

À Syracuse, c'est l'industrie du textile qui s'est effondrée. Devant une situation économique difficile, la Ville a acheté un stationnement étagé au centre-ville, désaffecté depuis 20 ans parce qu'il s'était effondré.

Elle l'a transformé en édifice à bureaux pour ensuite le vendre à la Chambre de commerce de Syracuse, pour la somme symbolique de 1 $. Le Tech Garden était né - un incubateur d'entreprises de hautes technologies, qui connaît du succès.

À Rome, la fermeture d'un aéroport militaire a mené à son redéveloppement, en se concentrant sur les drones. La NASA et l'armée américaine soutiennent la recherche et le développement de ce créneau, qui permet encore une fois à de petites entreprises d'approfondir leur expertise.

À Rochester, trois multinationales étaient le moteur économique de cette ville : Kodak, Zérox et Bausch & Lomb. Elles ont été confrontées à la réalité de la mondialisation.

Les trois sièges sociaux ont fermé ou déménagé au cours de la dernière décennie, menant à la disparition de plus de 70 000 emplois. Un vrai tsunami. En dégringolant de plus de 60 000 à 3000 emplois, Kodak a permis à d'autres entreprises de s'installer dans son immense parc industriel désaffecté, le Eastman Business Park.

Avec une main-d'œuvre compétente et spécialisée en technologie de pointe, qui a écopé lors des mises à pied du géant de la photo, de petites entreprises se sont créées, donnant l'espoir qu'une nouvelle structure économique allait permettre de relancer une ville ayant un genou à terre.

Des sources d'inspiration

Cette réalité des villes américaines visitées a permis à la délégation de l'UMQ de valider ce qui se faisait déjà et de rêver à des solutions à implanter dans les communautés d'ici.

Les gens d'affaires ont établi des contacts, qui leur permettent déjà d'espérer de nouveaux contrats et des partenariats. Mais comme les Américains l'ont mentionné, il y a un écosystème économique à mettre en place et ils sont prêts à collaborer avec les villes de la délégation canadienne.

Ceci passe notamment par une participation importante des universités dans le développement d'une main-d'œuvre qualifiée, en partenariat avec les municipalités.

Mon petit doigt me dit que le maire de Gatineau ne tardera pas à rencontrer le recteur de l'Université du Québec en Outaouais (UQO), pour voir ce qui peut se faire. Il devrait aussi continuer à marteler au conseil municipal l'importance de développer des partenariats avec l'université gatinoise.

Le gouvernement du Québec devra aussi faire sa part

Si la province donne la possibilité aux Villes et aux MRC de développer leur propre structure économique, elle devra continuer à soutenir financièrement ces initiatives. C'est ce qui se fait aux États-Unis et ça marche.

Cette première mission de l'histoire de l'UMQ aura donc permis de signer des ententes entre les différentes Villes québécoises et américaines.

C'est un signe d'espoir. On devra y donner suite, pour s'assurer que Gatineau et les autres villes du Québec puissent en arriver à des résultats concrets pour les entreprises, qui veulent développer d'autres marchés dans le contexte de mondialisation.

Il faudra des résultats : notre économie en dépendra.

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